Pour que tu sois mienne, Sara Farizan

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« Pour que tu sois mienne » est un livre précieux dans la mesure où il véhicule des messages si forts qu’il en prend une valeur considérable. Il nous entraîne au cœur d’un amour interdit qui ne pourra jamais se concrétiser par une union conjugale. Sahar et Nasrin s’aiment depuis l’enfance et ont échangé autant de baisers volés que de promesses d’amour éternel. Seulement, l’Iran est un pays dangereux pour les personnes du même sexe qui affichent leurs sentiments et les deux jeunes filles seraient probablement condamnées à mort si leur secret était révélé. A 17 ans, il est encore temps de jouir du peu de temps qu’il leur reste avant d’entrer dans le monde adulte mais elles seront bientôt en âge de se marier et de fonder une famille. Sahar n’a toutefois pas envisagé de consacrer sa vie à l’entretien du foyer. Fille unique, elle veille sur son père qui n’est plus vraiment lui-même depuis la mort de sa femme et s’investit pleinement dans ses études pour espérer réussir le concours d’entrée à l’université de Téhéran. En embrassant la carrière de médecin, elle pourra enfin combler le fossé social qui existe entre elle et Nasrin.

Pourtant, les deux jeunes filles ne considèrent pas leur situation avec le même regard. Sahar se projette dans l’avenir et cherche une solution pour vivre aux côtés de celle qu’elle aime tandis que Nasrin profite du moment présent sans penser au lendemain. Quand les parents de cette dernière décident de la marier, Sahar s’effondre à l’idée de voir tous ses rêves partir en fumée. Les raisons qui poussent la jeune fille à accepter le mariage sont tellement personnelles qu’il sera difficile au lecteur de blâmer sa décision. En Iran, amour et union conjugale ne font pas souvent bon ménage et les femmes ne choisissent pas l’homme avec qui elles partageront leur vie. Sahar n’a plus de temps à perdre car les noces sont prévues trois mois après l’annonce qui l’a tant ébranlée. Entrer dans la communauté homosexuelle ne sera pas un problème pour la jeune fille puisque son cousin qui y est très apprécié, fréquente le milieu depuis longtemps. Sahar intègre alors un monde qu’elle ne connaît pas, entraperçoit une lueur d’espoir à travers les témoignages des personnes qu’elle rencontre mais est-il encore possible de sauver leur amour ?

En accompagnant Sahar dans son combat pour vivre aux côtés de Nasrin, le lecteur mesurera l’ampleur des paradoxes de ce pays qui met tout en œuvre pour préserver ses tabous et ses secrets. Si l’homosexualité est prohibée en Iran, le gouvernement finance en partie les opérations de changement de sexe. Sauver les apparences n’a pas de prix. Ses échanges avec la communauté transsexuelle l’amènent à s’interroger sur ce qu’elle est et ce qu’elle ressent, en sachant pertinemment qu’aucun retour en arrière ne sera possible. D’autres questions se bousculent dans sa tête : Nasrin apprécierait-elle ce changement pour le moins radical ? Aimerait-elle Sahar pour ce qu’elle est devenue ? Le lecteur tourne les pages avec appréhension car il a conscience que la jeune fille n’envisage de devenir un homme que pour empêcher le mariage de Nasrin et lui demander sa main. Sahar lui voue un amour inconditionnel alors que sa meilleure amie fait preuve de plus de retenue. Ne serait-elle d’ailleurs pas plus amoureuse de l’admiration que lui porte Sahar que de la personne elle-même ? Le doute s’immisce dans l’esprit du lecteur avant que la fin ne lui révèle une vérité plus nuancée.

« Pour que tu sois mienne » est bouleversant car Sara Farizan nous emporte sans surenchère dans un pays pétri de paradoxes et de censures, d’apparences et de coutumes où l’État se réserve le droit de décider de ce qui est moral. Il rappelle aussi à quel point il est important de défendre le droit d’aimer pour qu’aucune religion ou prétendue éthique ne vienne condamner cette liberté fondamentale. Le roman est un hymne vibrant à l’amour libre, un voyage dans la quête d’une jeune fille prête à renier son identité pour ne pas perdre celle qu’elle aime et acquérir les mêmes droits qu’un homme.

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Petits secrets, grands mensonges (Big Little Lies), Liane Moriarty

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Liane Moriarty donne vie à des gens ordinaires dans une banlieue de Sidney qui, située au bord de la mer, revêt des allures paradisiaques. A l’exception de Jane Chapman, tous les protagonistes sont riches, beaux et vivent dans de somptueuses villas jouxtant l’Océan Pacifique. Ils incarnent chacun à leur manière, une certaine idée de la perfection mais les apparences ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Un bal costumé destiné à récolter des fonds pour l’école du quartier huppé de Pirriwee tourne au drame à cause d’un incident survenu lors de la journée d’intégration des élèves de maternelle. Ce triste événement rapproche certaines mères de famille tandis que d’autres entrent dans un conflit d’une rare virulence.

Le lecteur pourrait penser qu’il ne s’agit que d’un simple thriller domestique. Seulement, Liane Moriarty qui oscille constamment entre drame et comédie sociale, s’avère virtuose dans l’art de décrire le quotidien de parents qui, en apparence épargnés de toutes problématiques graves et sérieuses, vouent un culte démesuré à leur progéniture. La grande leçon de son roman repose sur le fait que les enfants échappent tôt ou tard à leurs parents et peuvent emprunter une direction qui ne correspond pas à leurs attentes. Ces derniers ont beau essayer de les modeler à une certaine image, ils n’en demeurent pas moins des êtres indépendants. Ils sont parfois auréolés d’une zone d’ombre qui peut être le fruit de névroses familiales. Quand la fille de Renata ne cache pas sa déception en constatant que tous ses camarades ne viendront pas à sa fête d’anniversaire, le lecteur y décrypte l’anxiété de ses parents qui avaient dépensé tant d’énergie pour lui offrir un moment mémorable. Nul n’ignore pourtant que la perfection est un leurre.

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Liane Moriarty ne brosse pas un portait idyllique de ses protagonistes et le vernis craque progressivement sous le poids de secrets inavouables ne faisant que raviver une douleur que le temps n’avait pas encore apaisé. Les conflits ne cessent de se multiplier entre Madeline et sa fille aînée, au point de la rendre envieuse du couple formé par son ex-mari et une jeune professeur de yoga. Céleste s’enferme dans une relation rendue toxique par la violence d’un compagnon qui profite de son haut statut social pour assouvir ses pulsions. Son comportement de prédateur fait écho de manière encore plus dramatique à l’expérience sexuelle malheureuse de Jane. L’auteure n’est pas tendre avec la gente masculine qui a tendance à tirer profit de la seule sphère domestique de leur épouse pour mieux asseoir leur domination. Les femmes ne peuvent donc compter que sur le soutien qu’elles s’apportent mutuellement, même si leurs relations ne sont pas toujours au beau fixe. Les amitiés d’aujourd’hui ne sont pas systématiquement celles de demain mais elles continuent de faire bloc face à la violence masculine. Et si la guerre des clans de l’école n’était qu’un artifice cachant des vérités encore plus dérangeantes que le présupposé harcèlement subi par la fille de Renata Klein ?

Liane Moriarty met en valeur les états d’âme de ses protagonistes féminins au bord de la crise de nerfs en couchant sur le papier, une kyrielle de dialogues et monologues intérieurs percutants. Les préoccupations de Madeline semblent d’ailleurs bien superficielles au regard du vécu de ses amies. Qui peut être insensible au sort de Jane et Céleste qui, malmenées par les hommes, sont désormais aussi fragiles que les ailes d’un papillon ? L’auteure maîtrise avec brio le suspense jusqu’au dénouement final qui marque les esprits par son caractère précipité et violent. Ne vous fiez pas à l’apparente légèreté de ce roman qui aborde des sujets bien plus sensibles et complexes qu’il n’y paraît. Les masques tombent pour révéler des vérités qui ne sont pas belles à voir et même si les lecteurs ont pleinement conscience que les apparences sont souvent trompeuses, le récit parvient sans mal à surprendre et susciter de vives émotions.

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Il était un secret, Kathryn Hugues

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Le premier livre de Kathryn Hugues m’avait tellement ému que je me suis empressée de plonger dans son nouveau récit. J’éprouve généralement un vif intérêt pour les romans qui alternent les époques et l’auteure se fait encore le plaisir de nous immerger dans des parcours de vie renfermant des secrets inavouables. Imaginez que vous deviez passer sous silence des événements d’une telle gravité qu’ils pourraient chambouler votre vie à jamais et vous faire perdre la confiance de ceux que vous sont chers. Or, l’information que vous avez maintenue confidentielle pendant près de 40 ans s’est révélée vitale pour une personne qui méritait d’être protégée et ignore tout de ce qui a été fait pour la préserver. Nul n’ignore que le poids des années et des drames du passé peut s’avérer lourd de conséquences pour les générations suivantes qui exigeront alors des réponses.

A la mort de sa mère, Beth découvre une coupure de presse relatant d’un tragique accident de la route survenu l’année de sa naissance. Pour quelle raison la gardait-elle à l’abri des regards ? Beth qui ignore tout de son père, désespère aussi de connaître un jour son identité puisque Mary a quitté ce monde en emportant son plus grand secret. L’orpheline va néanmoins remuer ciel et terre pour trouver des réponses à ses questions et peut-être, insuffler de l’espoir à sa vie récemment marquée par la perte d’un être cher.

Le roman s’articule notamment autour d’une escapade entre amis ayant tourné au drame. Si peu connaissent l’intégralité de l’histoire qui s’est précisément déroulée en 1976, tout le monde se souvient parfaitement du jour où les habitués du Taverners ne sont pas sortis indemnes de l’accident. Une jeune femme marquée par le chagrin a également eu la surprise de trouver un nouveau né devant sa porte. Quel lien pouvons-nous établir avec le présent ? A vous de le découvrir. Je n’ai nullement l’intention de vous gâcher le plaisir d’apprendre page après page les secrets qui unissent les rescapés du drame et leurs conséquences sur les générations qui ont suivi.

Kathryn Hugues parvient à dépeindre des comportements répréhensibles sans pour autant y porter le moindre jugement. Le lecteur peut ainsi laisser libre cours à sa subjectivité et interpréter les réactions des protagonistes en se fiant à sa sensibilité et ses valeurs. L’auteure n’a pas accordé un soin particulier à la psychologie de ses personnages mais le but étant de se laisser porter par les rebondissements de l’intrigue, nous lui pardonnerons volontiers de ne pas avoir mis davantage l’accent sur leur évolution. Le lecteur ne cachera certainement pas sa joie de constater qu’il n’y trouvera ni rédemption miraculeuse ni guérisons précipitées de blessures émotionnelles profondes. Le récit respire l’authenticité pour la simple raison que les protagonistes avancent tant bien que mal en portant le poids du passé sur leurs épaules. Tous se révèlent indispensables, qu’ils émeuvent aux larmes ou agacent au plus haut point, pour nous guider progressivement vers le secret qui pourrait bien chambouler la vie de bon nombre d’entre eux.

Le premier roman de Kathryn Hugues m’a touché en plein cœur, au point que je n’avais de cesse de graver chaque moment de lecture dans ma mémoire. Une fois la dernière page tournée, je n’ai pu m’empêcher de comparer « Il était un secret » avec son prédécesseur et même si le plaisir de redécouvrir la plume de l’auteure et de me laisser porter par des parcours de vie tourmentés s’est révélé intact, il m’a paru évident que je n’avais pas éprouvé la même fébrilité que plusieurs mois auparavant. Les secrets ne demandaient qu’à être révélés mais je ne saurais expliquer les raisons pour lesquelles je n’ai pas revécu la même expérience de lecture.

« Il était un secret » nous emporte toutefois dans une valse d’émotions où des protagonistes touchants d’authenticité mènent la danse. Le choix de révéler ou de taire à jamais un secret vieux de 40 ans est délicat dans la mesure où il donne  lieu à des conséquences irréversibles. Les personnages sont amenés à traverser des épreuves déchirantes, sans se douter qu’ils rencontreront amour et espoir au bout du chemin. Existe t’il hymne à la vie plus vibrant ?

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Positive, Paige Rawl et Ali Benjamin

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Paige Rawl est une jeune fille que rien ne différencie des autres, si ce n’est le secret qu’elle garde enfouie au plus profond d’elle-même depuis l’enfance. Sa mère lui a transmis le VIH à la naissance et Paige cache donc sa séropositivité à son entourage. Elle a néanmoins pris l’initiative de se confier à sa meilleure amie Yasmine qui s’est alors empressée de renier sa promesse. La rumeur se répand comme une traînée de poudre dans le lycée de Clarkstone et Paige subit de plein fouet les brimades et insultes de ses camarades de classe. L’adolescente rayonnante et épanouie sombre progressivement dans la dépression et son désespoir est si grand qu’elle tente de mettre fin à ses jours en avalant des somnifères. Les élèves de Clarkstone témoignent d’une cruauté susceptible de donner lieu à des conséquences irréversibles mais l’ignorance et le manque d’ouverture d’esprit du corps enseignant et de l’administration scolaire se révèlent encore plus choquantes.

Paige tente à sa manière de bousculer les mentalités, en insistant à plusieurs reprises (et à raison) sur la différence entre le VIH qui affaiblit le système immunitaire en le rendant vulnérable aux maladies, et le Sida, qui reste le stade le plus avancé du VIH. Une personne ayant contracté le virus ne présente d’abord aucun symptôme car le VIH met généralement plusieurs années pour détruire les défenses immunitaires. Tous les individus infectés par le virus ne développent pas de maladies opportunistes car les traitements actuels renforcent le système immunitaire pour que le VIH n’évolue pas vers son stade terminal. En revanche, aucun vaccin n’est à ce jour en mesure de guérir les personnes qui en sont atteintes.

L’auteur adopte le point de vue de Paige qui est séropositive depuis la naissance. Sa mère ignorait qu’elle était infectée par le virus et la jeune fille n’a montré aucun signe avant-coureur avant d’être diagnostiquée à l’âge de trois ans. Elle nous explique alors comment les traitements pris quotidiennement à heures fixes lui permettent de rester en bonne santé. En grandissant, Paige va aussi lutter contre les idées reçues avec une force et une détermination qui nous donneraient envie de soulever des montagnes.

Ce roman est un témoignage qui fait l’effet d’un uppercut dans la mesure où Paige Rawl a bel et bien été victime de discrimination  à cause de sa séropositivité. L’auteur a aidé la jeune femme à coucher ses ressentis et son expérience sur le papier pour montrer à quel point le harcèlement peut se révéler destructeur. Paige a subi les moqueries en raison de sa maladie mais combien d’enfants et adolescents sont harcelés pour leur poids, leur sexualité ou leur couleur de peau ?

Le harcèlement scolaire est un sujet qui n’est pas à prendre à la légère mais certains établissements préfèrent minimiser ce qui se déroule sous leurs yeux pour ne pas avoir à gérer des « enfantillages ». Son parcours jalonné d’embûches et d’expériences enrichissantes a défini ce qu’elle est devenue en tant qu’adulte : une jeune femme courageuse, brillante et tolérante qui cherche à enseigner l’acceptation et le pardon. Je conseille le roman à tous les lecteurs qui souhaitent comprendre le VIH et ressentir ce que vivent les personnes séropositives au quotidien. Son style d’écriture est plutôt simpliste mais on ne peut reprocher à l’auteur d’avoir retranscris avec justesse les pensées d’une adolescente de quatorze ans. Les photos personnelles de Paige apportent aussi davantage de relief à un récit poignant et illustrent à quel point la jeune fille aime sourire à la vie.

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Risk, Fleur Ferris

Taylor et Sierra sont des amies inséparables dotées d’un tempéramment diamétralement opposé. La première est extravertie, consciente que son physique avantageux ne laisse pas indifférent les garçons du lycée tandis que la seconde est plus réservée et manque de confiance en elle. Les deux jeunes filles ont pris l’habitude de discuter avec des inconnus sur un site de rencontres mais jettent leur dévolu sur le séduisant Jacob Jones. Ce dernier propose rapidement un rendez-vous à Sierra et même si son amie est vexée de ne pas avoir été choisie par le bel inconnu, elle accepte néanmoins de couvrir la jeune fille pour la soirée. Le week-end touche à sa fin et Sierra ne donne toujours pas signe de vie. Taylor décide alors d’alerter sa mère et la police. Qu’est-il arrivée à la jeune fille ? Qui est réellement Jacob Jones ?

Le lecteur se retrouve confronté à la colère et l’incompréhension d’une adolescente de 15 ans qui a brutalement pris conscience que le Net est le terrain de chasse privilégié des prédateurs sexuels. Elle se reproche aussi de ne pas avoir trouvé le courage d’informer immédiatement les parents de Sierra que leur fille courrait un grave danger en honorant l’invitation d’un parfait inconnu. Seulement, Taylor était loin de se douter que derrière l’apparence inoffensive de Jacob Jones se cachait un homme plus mûr qui attendait le moment propice pour satisfaire ses intentions perverses. La jeune fille qui a effectivement manqué de tomber dans le piège tendu par l’assassin de Sierra, doit désormais affronter la culpabilité d’avoir échappé au pire. Le roman de Fleur Ferris m’a profondément bouleversé dans la mesure où je me suis glissée dans la peau d’une mère de famille qui peut apprendre du jour au lendemain que sa fille de 15 ans a été la cible d’actes pervers. Je n’ai cessé d’avoir des pincements au cœur en imaginant combien de jeunes filles pourraient se retrouver dans la même situation que Sierra. Elles se mettent en danger pour vivre le grand Amour en étant totalement inconscientes des menaces qui planent sur la Toile.

Je ne parviens pas à trouver les mots justes pour expliquer à quel point j’ai été touchée par le récit. J’ai pensé à toutes les adolescentes en quête d’attention qui exposent leur vie sur le Net sans réfléchir aux conséquences. Ma part de jeune femme qui envisage de devenir mère dans quelques années a crié, souffert de se rappeler à quel point des individus mal intentionnés peuvent se servir de l’innocence afin de mener à bien leurs sinistres projets. Fleur Ferris ne se montre jamais moralisatrice pour dénoncer les dangers d’Internet. Elle ne tombe pas non plus dans l’excès puisque son récit démontre qu’il est tout à fait possible de faire de belles rencontres sur la Toile. Elle ouvre plutôt les yeux sur les dérives, la facilité dont témoigne la nouvelle génération pour se lier à des inconnus. Les jeunes semblent dépourvus d’instinct de méfiance, de volonté de se cultiver un jardin secret mais l’auteure ne s’en sert pas pour faire basculer son récit dans la morale facile. Je regrette néanmoins que Fleur Ferris n’ait fait que survoler la rencontre entre Sierra et Jacob. Le lecteur aurait sûrement apprécié qu’elle se focalise davantage sur les moyens utilisés par les prédateurs sexuels pour approcher les jeunes filles et gagner leur confiance.

Je ne suis pas adepte de littérature Young Adult pour plusieurs raisons mais je reproche surtout au genre de donner souvent naissance à des protagonistes stéréotypés. Or, Fleur Ferris a joué la carte de la subtilité en faisant en sorte à ce que ses personnages, pourtant très jeunes, avouent rapidement les faits pour permettre à la police d’enquêter sur la disparition de Sierra. Le roman met ainsi une claque aux clichés du roman jeunesse en mettant en scène des adolescents matures qui ne perdent pas de temps à délibérer et mentir à leurs proches pour minimiser leur part de responsabilité. Le sujet est traité avec tellement d’intelligence que la lecture du roman serait justement l’occasion d’échanger entre générations sur les dangers du Net et de permettre aux détracteurs de relativiser sur les méfaits. Je ne peux donc que vous recommander de plonger dans cette histoire poignante qui est d’autant plus terrifiante qu’elle pourrait concerner n’importe qui. Toute jeune fille ne prenant pas ses précautions sur la Toile est susceptible de se mettre en danger et cette lecture nous amène alors à se remettre en question, que ce soit sur sa manière d’utiliser Internet ou sur la nécessité de sensibiliser les personnes qui nous entourent.

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Wild Fell, Mickaël Rowe

La première de couverture de « Wild Fell » promet monts et merveilles aux amateurs de récits paranormaux mais je n’en demeurais pas moins dubitative face à tant d’éloges (« Une superbe ghost story », « Un roman fantastique de première classe »). Une histoire de fantôme n’étant pas le sujet le plus original qui soit, je ne m’attendais donc pas à un miracle. Je dirais même que je me suis plongée dans ce roman à reculons pour la simple raison que je reconnais être assez exigeante sur le sujet. J’étais seulement âgée de 13 ans quand je me suis procurée des frayeurs mémorables avec « Simetierre » de Stephen King et j’ai également eu l’occasion de regarder pléthore de films d’épouvante pendant les soirées d’orages.

« Wild Fell » était censé me réserver des moments de frisson inoubliables mais je ne peux que constater qu’il n’a pas rempli sa part de contrat. La force de son récit réside plutôt dans sa capacité à distiller les éléments de l’intrigue, de façon à maintenir le suspens. Je sentais qu’une entité malveillante tapie dans l’ombre attendait le moment propice pour révéler au grand jour son machiavélique dessein. Le roman commence fort puisqu’il nous immerge dans le destin tragique d’un couple d’adolescents qui, après avoir passé sa première soirée en tête-à-tête au bord de Devil’s Lake, est retrouvé mort le lendemain matin dans des circonstances troublantes. Les rumeurs selon lesquelles l’île de Blackmore Island et la demeure de Wild Fell seraient hantées s’amplifient lorsque ses habitants prennent connaissance du drame.

L’histoire ne se poursuit pas avec l’acquisition de Wild Fell, laissant ainsi de côté la trame linéaire classique des œuvres les plus illustres du genre. L’auteur préfère commencer son récit par les mésaventures de son personnage principal. Réservé et solitaire, Jameson Browning souffre en silence des brimades de ses camarades de classe. Il a aussi endossé son rôle de souffre-douleur pendant les vacances d’été, période pendant laquelle il est devenu la risée du camp Manitou. Je me suis pris d’affection pour ce petit garçon dont l’existence sonne singulièrement vraie. Il se montre courageux face aux obstacles et à l’indifférence qui lui témoigne sa mère. Sa vie bascule le soir où il voit apparaître la silhouette d’une fillette dans le miroir de sa chambre. Jameson la considère rapidement comme sa plus fidèle confidente mais cette dernière semble plutôt mal intentionnée. Des phénomènes violents ne cessent d’ailleurs de se multiplier dans l’entourage du petit garçon.

Plusieurs décennies se sont écoulées et Jameson se voit contraint de confier son père aux soins d’une clinique spécialisée pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Un agent immobilier ne tarde pas à le contacter pour lui proposer une offre qu’il estime ne pas pouvoir refuser. Il fait alors l’acquisition de la demeure de Wild Fell sans avoir pris le temps de l’avoir visitée auparavant. Après avoir pris possession des lieux, Jameson se rend compte que la situation ne cesse de se dégrader et sera amené bien trop tôt à regretter son choix. Je n’ai pas été dans mon assiette en découvrant que la fillette qui hante le miroir s’exprimait avec la voix de Jameson parce que le lecteur n’est pas encore en mesure de déterminer si elle est réelle ou issue de l’imagination débordante d’un petit garçon qui souffre de solitude.

L’intrigue avait le potentiel nécessaire pour me donner envie de me réfugier sous ma couette mais il aurait fallu que la plume de Mickael Rowe soit plus mature. Il excelle néanmoins dans l’art de la description puisqu’il parvient avec fluidité à nous faire visualiser la magnificence de cette demeure victorienne qui surprend par son parfait état de conservation. Le final, l’apothéose devrais-je dire, est un feu d’artifices de révélations qui m’a tenu davantage en haleine que le reste du récit. J’ai surtout été séduite par son atmosphère gothique mais je reste convaincue que le roman aurait été un coup de cœur si l’auteur avait fait preuve de plus d’audace.

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Horrorstör, Grady Hendrix

Orsk, la grande chaîne de meubles en kit qui donne bien du fil à retordre à son concurrent suédois, est subitement devenue le théâtre de phénomènes inexpliqués. A l’ouverture du magasin, les employés ne font que constater jour après jour qu’il y règne un chaos indescriptible. Les meubles sont renversés, fracassés et les murs recouverts d’une substance gluante que personne n’est en mesure d’identifier. La situation ne peut durer plus longtemps sans mettre en péril le fonctionnement de cette entreprise florissante.

Basil, le responsable de magasin perfectionniste et soucieux de représenter au mieux l’image de l’enseigne, décide alors de mener l’enquête. Il convoque en toute discrétion Amy et Ruth Ann, une caissière qui travaille depuis plus de vingt ans pour Orsk, afin de leur confier une mission de la plus haute importance. Les deux salariées devront passer la nuit dans le magasin afin de découvrir qui est à l’origine de toutes ces dégradations. Elles sont soutenues par deux autres collégues qui, pris dans un élan de solidarité, se proposent de les accompagner dans leur enquête. Cette dernière ne se déroulant pas comme prévu, les protagonistes se retrouveront rapidement plongés au cœur de l’horreur.

Les lecteurs qui n’osent pas se lancer dans les récits horrifiques par crainte qu’ils ne soient à l’origine d’une succession de nuit blanches, peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Je n’aurais toutefois pas aimé arpenter les allées désertes et obscures d’un magasin qui est à lui seul l’incarnation d’un cauchemar. Je déteste flâner à Ikea pour plusieurs raisons. Je ne supporte pas de piétiner dans ses allées bondées et surchauffées (si tu veux mourir de déshydratation, la destination est toute trouvée) mais il m’est surtout difficile de devoir faire tout le tour du magasin pour être délivrée de ce calvaire. Je n’aurais pas eu besoin d’être témoin de phénomènes surnaturels pour que mes nerfs ne sortent pas indemnes de cette nuit passée dans les allées labyrinthiques d’un magasin conçu sur le modèle d’Ikea. Le récit ne m’a malheureusement pas procuré le moindre frisson mais je n’ai pas pu m’empêcher de saluer l’audace de l’auteur qui dénonce explicitement la façon dont les grandes enseignes déshumanisent leurs employés et conditionnent l’esprit du client (il n’a pas l’intention d’acheter mais ressort rarement du magasin les mains vides).

Quel est l’autre point fort de « Horrorstör » ? Il est difficile de passer à côté du caractère bien trempé du personnage principal. Amy est une jeune femme désabusée qui n’a d’autre choix que de travailler chez Orsk après avoir arrêté ses études. Elle ne porte pas un regard optimiste sur son avenir professionnel mais sa priorité absolue reste de pouvoir payer son loyer si elle ne veut pas retourner vivre dans le mobil-home de sa mère. A travers son parcours chaotique, l’auteur aborde les désillusions et les conditions de travail de la jeune génération mais le personnage d’Amy aurait mérité d’être davantage exploité. Le lecteur en apprend aussi si peu sur les autres protagonistes qu’il lui est difficile de compatir à leur sort.

Je reconnais que la première partie du roman m’a séduite pour son atmosphère anxiogène. Mon imagination tournait à plein régime jusqu’à ce que l’intrigue prenne un autre tournant et bascule subitement dans l’horreur et le fantastique. La peur amenée de façon suggestive est celle qui me procure le plus d’effets et en accumulant les descriptions glauques, l’auteur a fait retomber la tension comme un soufflet. Les explications fantaisistes qui nous ont été fournies pour éclaircir le mystère ont contribué à confirmer mon ressenti mitigé. On peut difficilement reprocher à Grady Hendrix de manquer de créativité et le format très original du roman (il fait explicitement référence au traditionnel catalogue Ikea) constitue la cerise sur le gâteau. En revanche, les aventures cauchemardesques d’Amy et de ses collégues ne laisseront pas un souvenir impérissable dans ma mémoire de lectrice.

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