Ça, Andrés Muschietti

La nouvelle adaptation du roman le plus abouti de Stephen King revisite l’œuvre culte avec panache et s’avère plus sombre et mature que le téléfilm réalisé par Tommy Lee Curtis au début des années 90. Elle ne réveillera pas l’enfant terrorisé qui sommeille en vous mais le roman n’a jamais eu pour vocation à donner des sueurs froides. Le cinéaste a donc respecté l’esprit de Stephen King en centrant ses efforts sur la peur elle-même. L’ambiance du livre si fidèlement retranscrite sur grand écran ne pourra néanmoins être appréciée à sa juste valeur que par les spectateurs qui se sont préalablement plongés dans l’œuvre originale. Les autres auront peut-être l’impression de regarder un film d’épouvante visuellement réussi mais dotée d’une intrigue somme toute classique. Or, ceux qui se sont déjà familiarisés avec la mythologie de « Ça » savent à quel point l’intrigue est dense et métaphorique. L’horreur ne gravite pas seulement autour des manifestations de l’entité surnaturelle qui aime tant prendre l’apparence d’un clown. Elle se nourrit de la peur des enfants en matérialisant leurs angoisses les plus tenaces, que ce soient de simples terreurs issues de leur imagination ou le reflet de profonds traumatismes. Son unique faiblesse repose sur le fait qu’elle n’existe qu’à travers le prisme de l’imaginaire, la contraignant à tuer pour continuer à exister.

Les amateurs des péripéties du Club des Ratés constatent avec enthousiasme que Andrés Muschietti a respecté l’œuvre de King en ne se focalisant pas uniquement sur la dimension horrifique de l’histoire. Les différences entre le roman et son adaptation leur sauteront aux yeux mais il est délicat de reprocher au cinéaste d’avoir insufflé une nouvelle dynamique à un récit qui continue de marquer des générations de lecteurs. La plus importante est liée à la période dans laquelle se déroulent les événements. Le cinéaste a préféré situer l’action dans les années 1980 afin que le public puisse plus facilement s’imprégner de l’ambiance et s’identifier aux frayeurs des jeunes protagonistes. Cette génération ne partage pas les mêmes angoisses que celle retranscrite dans le roman de Stephen King. Elle n’est plus terrorisée par les momies, les sorcières et les loups-garous mais par des monstres qui trouvent un écho auprès de nos peurs actuelles. Andrés Muschietti a beau avoir défini l’essence horrifique du film autour de ses expériences personnelles, il n’en aborde pas moins les thèmes chers à l’écrivain en mettant en avant la force du lien, de l’imagination et la perte de l’innocence engendrée par des événements que nous vivons tous en grandissant. Il s’est également éloigné de la structure du récit reposant sur les allers-retours incessants entre les lieux, les époques, les situations et les personnages pour se concentrer sur l’enfance mouvementée du Club des Ratés.

Les apparitions et métamorphoses du clown étaient très attendues par les spectateurs qui ne voulaient plus que cette Chose hantant les égouts, les maisons abandonnées et les terrains vagues soit définitivement associée au double maléfique de Ronald McDonald. La version de Tim Curty ayant mal vieilli, il était temps pour elle d’adopter une apparence et des mimiques plus sinistres. Le jeu de l’acteur suédois ayant prêté ses traits à Pennywise se révèle remarquable, même s’il aurait été préférable que son personnage ne se déplace pas de manière aussi frénétique. Andrés Muschietti a relevé le pari de concilier horreur et tension psychologique. Il a su s’affranchir d’une séquence d’ouverture glaçante pour signer, tout au long du film, la fin d’une période marquée par l’insouciance de ses protagonistes. Ils sont encore trop jeunes pour faire la part des choses entre cauchemar et réalité mais se révèlent suffisamment matures pour mesurer la gravité des situations.

Mike a conscience que sa couleur de peau laisse libre cours aux pulsions xénophobes des citoyens de Derry. Beverly sait aussi que son physique de jeune fille en fleur suscite des réactions malsaines. Il ne s’agit pas simplement de jeter des enfants en pâture mais de retranscrire aussi fidèlement que possible le contexte d’un récit particulièrement dense. L’approche d’Andrés Muschietti remet aussi au goût du jour une intrigue qui n’avait rien perdu de sa superbe. La nouvelle adaptation se relève moins politiquement correcte que son prédécesseur, même si les passages les plus sanglants et les plus explicitement sexuels ont été volontairement omis pour des raisons évidentes.  La concurrence n’est pas rude mais le dernier né d’Andrés Muschietti pourrait bien se hisser au rang de meilleur film d’épouvante de l’année. A quand la suite ?

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Atomic Blonde, David Leitch

« Atomic Blonde » s’apparente trait pour trait à un long-métrage survitaminé, dont la sortie sur grand écran est propice à la période estivale caractérisée par la prolifération de films d’action dans lesquels le héros sans peur et sans reproche déjoue avec brio les plans de ses ennemis. « Atomic Blonde » est marqué par une mise en scène parfaitement maîtrisée mais en y regardant de plus près, il est surtout desservi par un scénario complexe qui aboutit à une certaine lassitude, malgré le caractère explosif de sa réalisation et de son héroïne. Il rassemble les caractéristiques d’un film d’espionnage classique puisque le spectateur suit la mission hautement périlleuse de Lorraine Broughton qui est envoyée à Berlin afin de mettre la main sur un document dont la divulgation risquerait fortement de prolonger la Guerre Froide. David Leitch ne présente pas clairement les enjeux de son film et égare le public dans un scénario emberlificoté qui possédait pourtant les bases d’une trame efficace.

Si la première partie d’ « Atomic Blonde » retient l’intérêt, la singularité du long-métrage s’émousse au fil de l’intrigue. Il nous plonge dans un monde où l’excès de méfiance peut mener à la paranoïa, empêchant le spectateur de s’attacher aux personnages. Le scénario ne cesse de se complexifier au point que le public, perdu entre les intérêts et les enjeux réels des protagonistes, abandonne toute tentative de compréhension pour attendre avec frénésie la prochaine scène d’action susceptible de réveiller ses neurones anesthésiés. L’ennui est d’autant plus profond que les personnages se livrent à des bavardages inutiles. Les dialogues sont fades et même s’il est divertissant pour la gente masculine de voir Charlize Theron défiler dans des tenues affriolantes et jubilatoire de constater qu’elle maîtrise autant les techniques de combat qu’un soldat surentraîné, il aurait été encore plus judicieux d’apporter de l’humanité au personnage. L’athlétique espionne du MI6 est tellement inexpressive qu’elle ne dégage aucune émotion. Quant à Sofia Boutella, elle se voit attribuer un rôle trop stéréotypé et superficiel pour un film qui se veut subversif en affichant une dimension prétendument féministe. Le spectateur s’offre alors une maigre consolation en appréciant la photographie très travaillée. En projetant son histoire dans l’Allemagne de la fin des années 80, David Leitch s’appuie sur ses choix esthétiques pour s’affranchir de la réalité historique en recréant Berlin sous un jour plus sombre et anarchiste. Il offre un contraste saisissant entre des décors portant les stigmates du conflit et des couleurs vives pouvant symboliser le vent de rébellion qui souffle sur la capitale.

« Atomic Blonde » s’enlise toutefois dans une valse de protagonistes manipulateurs, à peine rehaussée par une tentative de sous-intrigue machiavélique et un zeste d’érotisme lesbien qui dissimule mal ses intentions de vouloir faire frétiller d’excitation la catégorie de spectateurs qui aurait oublié de planifier sa séance de vidéos pornographiques quotidienne. Le long-métrage a beau être sauvé du naufrage grâce à des scènes de combat à couper le souffle, le cadre soigné du film contraste avec le caractère insolent de son scénario, servi par une espionne qui n’a pas froid aux yeux. Les chorégraphies sont si maîtrisées que le spectateur se demanderait presque si le cinéaste n’a pas eu recours à un métronome pour les orchestrer. Il nous en met effectivement plein la vue mais que retenons-nous de son dernier film ? A force de brouiller les pistes, il ne parvient qu’à renforcer la perplexité de ses spectateurs qui ne manquent pas de faire le point sur ce qu’ils ont compris. David Leitch se rapproche dangereusement de l’esbroufe en tournant longtemps autour du pot avant d’accélérer le mouvement à coups de morceaux de bravoure sauvages et magistraux. En simplifiant l’intrigue, « Atomic Blonde » se serait incontestablement montré plus efficace et percutant mais les choix du cinéaste ont donné naissance à un long-métrage à la beauté glaciale. Quel dommage …

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Seven Sisters, Tommy Wirkola

Seven Sisters : Affiche

La croissance démographique mondiale a atteint des sommets inégalés. Les réserves de nourriture s’amenuisent et la situation économique et sociale de la planète est si alarmante que le gouvernement décrète que la population ne dispose plus des ressources nécessaires pour subvenir à ses besoins. Il instaure alors une politique de l’enfant unique pour enrayer son expansion fulgurante. Chaque famille en infraction avec le règlement est contrainte de se séparer des enfants qui ne rentrent pas dans le cadre de la loi. Quand sa fille accouche de septuplées avant de s’éteindre, Terrence Settman prend l’initiative d’élever seul ses petites-filles en les cachant du reste du monde. D’abord recluses dans un appartement, elles se voient ensuite attribuer chacune un prénom correspondant au jour de la semaine où elles pourront sortir et se faire une place dans la société. Elles devront néanmoins endosser une seule et même identité en veillant à ne jamais déroger à la règle. Le stratagème fonctionne pendant trente ans avant que l’une d’entre elles ne disparaisse mystérieusement.

Dynamisée par une promotion qui mettait en avant un scénario prétendument imprévisible et la performance de Noomi Rapace qui y incarne sept sœurs hors la loi, le dernier né de Tommy Wirkola avait revêtu ses plus beaux atours pour attiser la curiosité. La question consiste à savoir si le long-métrage a tenu ses promesses et il s’avère que le résultat dépasse aisément nos attentes. La planète a épuisé ses ressources naturelles et la population en proie à la misère est représentée par un gouvernement qui, dénué de scrupules, cherche à dissimuler son impuissance en appliquant une loi la privant d’une liberté fondamentale. Tommy Wirkola qui, rappelons-le, n’est pas connu pour sa finesse en ayant réalisé « Hansel et Gretel » et « Dead Snow », livre toutefois une dystopie coup de poings qui surprend à plus d’un titre par la violence de son discours et de sa mise en scène. Le cinéaste évite aussi les stéréotypes les plus criants pour ne pas donner naissance à un long-métrage bancal qui pourrait être le fruit d’un croisement hasardeux entre film d’action à l’état pur et dystopie à vocation philosophique.

« Seven Sisters » n’a pas pour ambition d’amener ses spectateurs à se poser des questions existentielles car son approche rappelle à ceux qui l’auraient oublié qu’il vise avant tout à divertir à travers une mise en scène survoltée. Tommy Wirkola offre une place de choix aux scènes d’action pure et dure, Karen Settman sachant se servir de ses poings à la perfection, mais l’ambiance quelque peu sauvage du film reflète aussi un univers sombre et chaotique, marqué par la misère et la répression. Le scénario rassemble toutes les caractéristiques d’une dystopie intelligente mais il ne serait certainement pas aussi solaire sans le talent de son actrice principale. Noomi Rapace a effectivement trouvé un défi à la hauteur de sa performance. Elle excelle dans sa capacité à endosser sept rôles bien distincts, même si le spectateur peut regretter que ces différentes personnalités ne se manifestent que sous des traits un brin caricaturaux (la geek, la bimbo, la fêtarde, la dure à cuire …). Charismatique, tour à tour forte et fragile, la prouesse de Noomi Rapace constitue la pierre angulaire du long-métrage. Elle se révèle brillante dans tous les registres mais c’est dans l’action que « Seven Sisters » démontre l’étendue de son potentiel. Le dernier film de Tommy Wirkola est un divertissement de choc, qui à défaut de pousser son public à la réflexion, lui fait vivre l’intensité à l’état brut.

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Stranger Things [Saison 1], Matt et Ross Duffer

L'affiche de la saison 1 de

Le spectateur n’a nullement besoin de consulter la biographie de Matt et Ross Duffer pour deviner qu’ils sont nés quelque part au début des années 80, leur série « Stranger Things » étant un pur produit de la cinéphilie de cette époque révolue. Les frères Duffer ont ainsi reconstitué avec minutie un certain cinéma des années 1980 en s’inspirant largement des auteurs et cinéastes qui ont marqué cette période de leur empreinte. Que des artistes rendent hommage aux longs-métrages ayant confirmé leur amour pour le Septième Art n’a en soi rien de novateur mais le plaisir de renouer avec cette époque reste inchangé.

Matt et Ross Duffer ont brillamment retranscrit le style rétro des années 80 en rendant hommage à sa pop-culture à travers des références cinématographiques et littéraires pleinement revendiquées. La série multiplie les clins d’œil aux films et romans d’épouvante de l’époque ( Les Goonies, E.T L’Extraterrestre, Poltergeist, Ça, Charlie, Alien, Star Wars …) en saupoudrant chaque épisode d’accents geek et savoureusement old school, notamment illustrés par un groupe d’amis qui mentionnent « Le Seigneur des Anneaux » et planifient des parties interminables de « Donjons & Dragons », le jeu de rôle qui faisait fureur à la sortie de l’école. « Stranger Things » ne se contente pas d’afficher les références qui ont tant marqué la jeunesse de ses créateurs puisqu’elle pioche aussi allégrement dans l’esthétique, les ressorts narratifs et l’esprit caractéristiques des films fantastiques des eighties. Matt et Ross Duffer mélangent savamment les registres, oscillant entre comédie, aventures et intrigue policière mais c’est le mystère entourant la disparition de Will qui occupe une place centrale dans le scénario. Entre expériences interdites et complots, les réalisateurs ont donné naissance à une intrigue riche en rebondissements qui a aussi de de la nostalgie à revendre.

La reconstitution de cette époque constitue indéniablement la principale force de la série mais au delà de sa dimension old school, les frères Duffer nous livrent un scénario fluide et bien ficelé qui n’embrouille pas l’esprit du spectateur dans des sous-intrigues superficielles. En 1983, Will Beyers, un petit garçon amateur de jeux de rôle, disparaît sans laisser de traces. En partant à sa recherche, ses amis font la connaissance d’une fillette dotée d’étranges pouvoirs, échappée d’un centre de recherches scientifiques qui demeure fort discrète sur ses activités. La mère de Will est persuadée qu’elle peut communiquer avec lui grâce à des signaux lumineux pendant que son fils aîné et le shérif de la bourgade mènent parallèlement leur enquête. Le scénario est simple mais en ne se déroulant que sur huit épisodes, Matt et Ross Duffer avaient plutôt intérêt à se montrer concis pour poser les bases et développer l’intrigue. Il est servi par un jeu d’acteurs honorable, à l’exception de Wimona Ryder qui en fait un peu trop dans le registre hystérique et larmoyant. Au milieu de ce casting plutôt convaincant se démarque Millie Bobby Brown, dont le talent peut être comparé à celui de Natalie Portman au même âge. Seulement, le scénario aussi clair et efficace soit-il, manque d’originalité. Il fonctionne comme une machine parfaitement huilée tant les frères Duffer maîtrisent les codes des films de genre. Les cinéastes se sont tellement imprégnés des longs-métrages de l’époque qu’ils en ont oublié d’ajouter leur touche personnelle.

« Stranger Things » dévoile néanmoins une première saison très prometteuse dans la mesure où en s’appuyant sur une intrigue simple, Matt et Ross Duffer sont parvenus à tisser et entretenir le suspense. Seulement, les péripéties de Mike, Dustin et Lucas ne sont pas exemptes de défauts. Les protagonistes sont identifiables au premier coup d’œil mais plus gênant encore, l’épisode final n’apporte que peu d’éclaircissements sur les nombreuses zones d’ombre qui planent encore sur le scénario. Le spectateur espère alors de tout cœur que la suite lèvera le voile sur tous ces mystères, sous peine de se sentir terriblement frustré.

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Glow [Saison 1], Liz Flahive et Carly Mensch

Glow netflix

Dans l’Amérique des années 80, les actrices se confrontent à la dure loi des castings hollywoodiens. Ruth Wilder, en quête du rôle qui bouleversera sa carrière, décline ceux qui lui sont proposés en raison de leur caractère sexiste tandis que sa meilleure amie, Debbie Eagan, n’a toujours pas encaissé d’avoir été évincée du soap opera dont elle était la vedette. Elle ne s’épanouit pas non plus dans sa vie de mère au foyer. Par un concours de circonstances, Ruth et Debbie décrochent les premiers rôles d’une émission de catch féminin, Glow, lancée par un réalisateur opportuniste qui n’a cessé d’accumuler les échecs. Le spectateur comprend d’emblée qu’il a affaire à un scénario léger et l’enchaînement des épisodes lui donnera entièrement raison.

Au cours de la première saison, la série se focalise sur la galerie de portraits de ces jeunes femmes prêtes à tous les sacrifices pour donner vie au pari un peu fou de mettre en scène des participantes qui n’ont jamais fait de catch. Les réalisatrices cherchent à nous convaincre que ces apprenties catcheuses ont beaucoup de points communs et qu’elles sont surtout des héroïnes attachantes dont la détermination et la naïveté donneront naissance à une kyrielle de situations cocasses. Solaire et divertissante, « Glow » n’a pas d’autre ambition que celle d’embarquer le public dans une aventure rocambolesque et rythmée par de savoureuses références aux années 80 mais elle véhicule aussi un message de tolérance et d’altruisme se révélant plus profond qu’il n’y paraît. La série nous présente un groupe de filles issues d’origines et de milieux variés qui lutteront main dans la main contre les stéréotypes et le sexisme ambiant. A cette époque, le catch était l’apanage des hommes et les années 80 ne sont pas encore prêtes à accueillir la gente féminine sur le ring.

L’enjeu majeur de la saison consiste à former une bande de bras cassés aux méthodes rigoureuses et théâtrales du catch. En sachant que l’immense majorité des participantes n’y connaisse strictement rien et que Debbie Eagan est plus habituée à endosser des rôles de femme fatale qu’à castagner, le spectateur s’attend à savourer des séquences burlesques dans lesquelles ces débutantes vont être amenées à goûter aux joies du tapis. Seulement, les réalisatrices ont concentré tous leurs efforts sur la construction des personnages au détriment des séances d’entraînement qui sont censées occuper une place de choix dans la série. Le format court des épisodes explique certainement les raisons pour lesquelles elles ont choisi de se focaliser sur leurs protagonistes. Elles ont plutôt intérêt à ce que le public s’attache rapidement aux apprenties catcheuses si elles veulent que la série ait un avenir.

Seulement, certains personnages sont trop peu développés pour qu’on s’y intéresse vraiment et la mise en place précipitée du contexte crée une cohésion d’équipe qui est trop belle pour être vrai. « Glow » baigne dans un optimisme permanent qui exclut toute tentative de donner lieu à des événements plus réalistes. Son énergie positive est rafraîchissante mais les obstacles et conflits sont désamorcés avec une telle facilité que le spectateur se demande s’il n’a pas atterri dans un imaginaire utopique. La saison s’achève sur un épisode magistral où Ruth et Debbie s’en donnent à cœur joie pour apporter du piment à un spectacle longuement préparé. Leur sens de l’improvisation est remarquable. « Glow » n’est pas exempt de défauts mais comporte suffisamment d’atouts pour se perfectionner. Sa plus grande qualité est de donner du sens au sport féminin en construisant des protagonistes qui s’emparent des idées reçues pour démontrer qu’elles peuvent aussi exceller sur le ring. En revanche, « Glow » ne peut être estampillée de série féministe car sa volonté de mettre les clichés au tapis se retrouve parfois réduite à néant par un certain conformisme. Les catcheuses arborant un physique avantageux sont sublimées sous l’œil de la caméra et la casquette féministe de la série prend inévitablement un coup dans l’aile. Elle n’aborde pas non plus les sujets ayant trait à la féminité avec une totale décontraction.

Toutes les participantes méritent qu’on leur accorde de l’attention, même si les projecteurs sont tournés vers le duo formé par Ruth et Debbie. Leur amitié vole en éclats le jour où l’ancienne vedette de soap opera découvre que sa meilleure amie fornique allégrement avec son mari. Elles devront néanmoins laisser leurs différends de côté pour assurer le show susceptible de donner un nouveau souffle à leur carrière. Elles évoluent aussi l’une au contact de l’autre, même si les événements prennent une tournure plus favorable pour Debbie qui, dans un contexte résolument sexiste, se libère progressivement de ses chaînes de mère au foyer et d’épouse victime d’adultère. Sans être un chef d’œuvre incontesté, « Glow » reste une série de bonne facture, une invitation à la détente et à la bonne humeur qui réhabilite l’âge d’or du catch, les tenues vestimentaires ultra colorées et les exploits capillaires de l’époque. Elle détient aussi les ingrédients nécessaires pour préserver son caractère jubilatoire et renforcer sa singularité au cours de la prochaine saison.

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Annabelle 2 : La création du Mal, David F.Sandberg

La saga « Conjuring » n’en finit plus d’inspirer la machine hollywoodienne. Après avoir donné naissance à un premier opus très réussi, « Les Dossiers Warren », James Wan s’est hâté de produire un spin-off centré sur la poupée qui avait tant intrigué Ed et Lorraine Warren, pour livrer un produit mercantile expéditif et sauvé in extremis du désastre par une unique scène marquante. Le long-métrage de John R. Leonetti reposait sur une intrigue largement inspirée de « Rosemary’s Baby » et desservie par une mise en scène maladroite. Le premier opus s’était avéré si décevant que David F. Sandberg avait du pain sur la planche pour redorer le blason de la poupée diabolique.

La question consiste à savoir s’il a relevé le pari et quelle fut ma surprise de constater que son dernier long-métrage est plutôt réussi. Le cinéaste a pris le temps de construire une intrigue racontée du point de vue de jeunes orphelines. Le film se nourrit de peurs enfantines qui limitent considérablement le risque de ridiculiser des événements censés être terrifiants. En mettant en scène des orphelines recueillies par un couple bienveillant et assujetties à une éducation très pieuse, « Annabelle 2 : La création du Mal » instaure un cadre idéal pour diffuser la frayeur, au point que le spectateur y retrouve tous les ingrédients qui ont le fait le succès des films traitant de possession démoniaque. La recette est facile et peu risquée avant que le cinéaste n’emprunte un chemin plus sombre où il prend un malin plaisir à répandre le chaos autour de ses jeunes protagonistes.

Il a fait de réels efforts pour créer une ambiance horrifique plus mature, même si la tension n’est pas encore à son comble. La faute revient à une première partie qui abuse d’artifices trop attendus. David F. Sandberg a posé les bases de son intrigue avec un tel manque de subtilité que le spectateur en vient à imaginer le pire. Le film prend rapidement une tournure plus intéressante mais s’enferme tout du long dans des mécanismes de peur convenue, rythmés par les sempiternels claquements de portes. L’horreur revêt systématiquement une apparence maléfique pendant que le spectateur attend patiemment que le thriller surnaturel cède sa place à des formes d’angoisses plus élaborées. David F. Sandberg a reproduit la même erreur que son prédécesseur en reléguant le jouet maudit au rang de pantin qui inquiète davantage par son apparence et sa réputation que par ses actes. Il cultive encore le paradoxe d’avoir placé la poupée au centre de l’histoire tout en lui offrant un rôle secondaire. Le démon prend alors la forme d’une créature aux doigts crochus et démesurés, perpétuant la filiation des monstres produits par James Wan.

L’ombre du réalisateur malaisien semble planer sur le cinéma d’épouvante destiné au grand public, privant ainsi ceux qui ont repris le flambeau de se constituer leur propre identité. Le spectateur n’est toutefois pas dupe puisqu’il sait pertinemment que Hollywood a souhaité renouveler la recette du succès à des fins mercantiles. Il ne pourra pas non plus s’empêcher de penser que David F. Sandberg aurait pu mieux exploiter ses idées. Explorer le point de vue des enfants dans un contexte si malsain réserve d’agréables surprises mais l’omniprésence de jeunes protagonistes freine aussi le scénario dans ses réelles intentions. Le premier volet retraçant les origines de la poupée aurait pu sans mal décrocher la palme de la médiocrité. La suite se démarque heureusement par une intrigue mieux construite, même si David F. Sandberg se contente d’appliquer sagement une recette qui semble déjà avoir bien vécu. « Annabelle 2 : La création du Mal » remplit honorablement ses promesses : certains défauts sont encore présents mais le spectateur ne ressort pas de la salle avec le sentiment d’avoir perdu son temps.

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La planète des singes : Suprématie, Matt Reeves

Matt Reeves touche du doigt la perfection en clôturant une saga qui a marqué le Septième Art pendant six ans. Le cinéaste a littéralement réalisé une prouesse technique et scénaristique en mêlant des scènes d’action époustouflantes à une intrigue qui se démarque des opus précédents par son parti pris. A mi-chemin entre le blockbuster et le cinéma d’auteur, « La planète des singes : Suprématie » est sans nul doute l’épisode le plus intimiste de la saga dans la mesure où le point de vue des singes transcende largement celui des hommes en laissant transparaître des émotions plus complexes et subtiles sans pour autant renoncer à leur animalité.

Matt Reeves clôture cette saga mythique en construisant son film sur le point de vue des singes avec au centre, un chef de clan plus combattif que jamais. Alors que le film précédent avait réduit à néant l’espoir d’un avenir meilleur entre humains et primates, « La planète des singes : Suprématie » s’éloigne des hommes sans pour autant faire abstraction des émotions ressenties par les deux clans, partagées entre la peur et la volonté de survivre dans un monde hostile. L’Homme est définitivement relégué au rang d’ennemi et pourtant, jamais un opus de la saga n’a autant mis l’accent sur ce qu’englobe la notion d’humanité. A travers les yeux de César, Matt Reeves signe un long-métrage puissant, engagé sur le plan écologique et surtout animé par une tension palpable qui ne fait que s’intensifier au fil des rebondissements. Mêlant le caractère explosif du blockbuster à la noirceur du drame psychologique, « La planète des singes : Suprématie » se caractérise par une violence impétueuse et viscérale pour la simple raison qu’une seule et unique espèce sortira vainqueur de l’affrontement final. Le conflit ne peut donc être que radical tant les hommes portent en eux le poids d’un passé peu glorieux. Matt Reeves nous plonge dans l’intimité d’une population simienne qui n’a jamais autant ressemblé à son ennemi et pourtant, il n’a pas la maladresse de dépeindre les humains comme des monstres. Ces derniers ont plutôt intérêt à avoir le dernier mot s’ils veulent anéantir le virus qui décime leur espèce.

Le spectateur pouvait s’attendre à un film riche en affrontements bruyants et titanesques mais le cinéaste parvient à surprendre en misant sur une intrigue psychologique qui cristallise les derniers moments du genre humain sur la planète. « La planète des singes : Suprématie » recompose le futur de la saga en adoptant un point de vue nuancé sur la fin de l’humanité. Le long-métrage de Franklin J. Schaffner (1968) mettait en scène une prise de pouvoir dictatoriale tandis que le dernier opus de la trilogie retraçant ses origines pointe du doigt les erreurs commises par l’homme sur une nature déterminée à reprendre ses droits, délivrant ainsi un message alarmant sur une société en déclin et néanmoins prête à tout pour régner en maître. Matt Reeves propose un drame intimiste et bouleversant qui souligne à quel point l’espèce humaine cultive un certain penchant pour l’autodestruction. « La planète des singes : Suprématie » clôture une saga épique avec une puissance émotionnelle rarement rencontrée dans un blockbuster hollywoodien. César tire sa révérence avec grâce et les derniers moments de son règne pourraient bien avoir donné naissance à un des plus beaux films de l’année.

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