Alex, Pierre Lemaître

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Le roman s’enorgueillit du titre de meilleur polar de l’année 2012. Seulement, cet article ne rejoindra pas les avis dithyrambiques qui envahissent la Toile depuis sa parution. Ce thriller jouit des bénéfices d’un bouche à oreille chantant les louanges d’un récit qui serait totalement atypique. Son originalité réside surtout dans le fait que l’auteur a bousculé les rôles classiques de la victime et du bourreau et réorienté l’intrigue de manière à nous éloigner des sentiers battus. La première partie du récit est somme toute classique, démontrant que Pierre Lemaître n’a que partiellement réussi le pari de nous proposer une trame narrative atypique. Le roman commence pourtant sur les chapeaux de roue avec l’enlèvement d’Alex, une jeune femme d’une beauté renversante qui change souvent d’apparence. Les policiers ont pour mission de la retrouver, en sachant qu’ils devront se contenter de la vague déposition d’un unique témoin. Personne n’a signalé sa disparition, compliquant encore davantage le travail des enquêteurs qui ne savent déjà pas comment s’y prendre pour identifier une victime qui semble s’être évanouie dans la nature.

La police est loin de s’imaginer que la jeune femme est enfermée dans une cave envahie par les rats et tributaire du bon vouloir d’un déséquilibré cultivant un certain goût pour les méthodes de tortures pratiquées au Moyen-Âge. A bout de forces, Alex ne manquera toutefois pas d’ingéniosité pour échapper à son bourreau. L’auteur fait en sorte à ce que nous connaissions rapidement l’identité du ravisseur, préférant ainsi concentrer ses efforts sur la personnalité nébuleuse d’Alex et son amour du risque qui la conduit à vivre des situations embarrassantes. La jeune femme promet de nous réserver des surprises pour la simple raison que Pierre Lemaître ne nous livre pas toutes les facettes du personnage. Elle attendait de mourir percluse de douleur avant de se reprendre en main et déployer des trésors d’ingéniosité pour s’extraire de la cage qui la retenait prisonnière. Alex se révèle sous un jour nouveau devant le regard décontenancé du lecteur qui lui découvre un aspect insoupçonnable de sa personnalité. Il n’aura pas d’autre choix que de remettre en question ses convictions, en essayant d’identifier plus clairement la victime et le bourreau.

Le lecteur garde néanmoins l’avantage d’avoir une longueur d’avance sur les enquêteurs en suivant les agissements du coupable bien avant qu’ils n’arrivent sur les lieux des crimes. Pierre Lemaître excelle dans l’art de multiplier les fausses pistes mais aussi jouissive soit-elle dans sa construction, l’intrigue souffre de défauts qui remettent sérieusement en cause son intérêt et sa cohérence. Pierre Lemaître tourne en rond, jusque dans les plus noires intentions de son protagoniste. Le coupable suit inlassablement le même modus operandi, laissant à croire qu’il n’a plus de secrets pour le lecteur. Il nous embarque aussi dans une cascade de l’horreur qui ne tient pas la route. La police met le point final à l’enquête à travers un interrogatoire rondement mené par le commissaire Verhoeven. Le lecteur se retrouve alors face à un dénouement totalement rocambolesque. Il apprend que la victime a mis en œuvre une vengeance mûrement réfléchie et que la police soutient ses agissements pour servir la justice au profit de la vérité. La vie réelle démontre tous les jours que les autorités ne bénéficient pas d’une telle marge de manœuvre et le fait que la victime ait subi des atrocités ne constitue en aucun cas une raison valable pour redéfinir à sa manière la notion de justice. Il méritait naturellement d’être condamné pour ses actes mais certainement pas pour ce qu’il n’a pas commis.

Les points faibles ne se limitent malheureusement pas au parti pris de l’auteur. Il est difficile de s’attacher à des enquêteurs aussi caricaturaux mais éprouver de l’empathie pour Camille Verhoeven nécessite de réels efforts. Le commissaire est profondément marqué par la disparition de son épouse et ne parvient naturellement pas à surmonter le drame. Le personnage fait souvent preuve d’un cynisme qui prête à sourire mais son tempérament irascible empêche le lecteur de lui accorder sa sympathie. « Alex » de Pierre Lemaître dresse le portrait d’une femme hors du commun, tiraillée entre fragilité et force de caractère. L’auteur a semble t’il passé tellement de temps à façonner les multiples facettes de sa personnalité qu’il en a négligé de renforcer la cohérence de l’intrigue. Le récit est fluide, parfaitement structuré mais ses qualités ne suffisent pas pour le hisser au rang de meilleur polar de l’année.

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