Annabelle 2 : La création du Mal, David F.Sandberg

La saga « Conjuring » n’en finit plus d’inspirer la machine hollywoodienne. Après avoir donné naissance à un premier opus très réussi, « Les Dossiers Warren », James Wan s’est hâté de produire un spin-off centré sur la poupée qui avait tant intrigué Ed et Lorraine Warren, pour livrer un produit mercantile expéditif et sauvé in extremis du désastre par une unique scène marquante. Le long-métrage de John R. Leonetti reposait sur une intrigue largement inspirée de « Rosemary’s Baby » et desservie par une mise en scène maladroite. Le premier opus s’était avéré si décevant que David F. Sandberg avait du pain sur la planche pour redorer le blason de la poupée diabolique.

La question consiste à savoir s’il a relevé le pari et quelle fut ma surprise de constater que son dernier long-métrage est plutôt réussi. Le cinéaste a pris le temps de construire une intrigue racontée du point de vue de jeunes orphelines. Le film se nourrit de peurs enfantines qui limitent considérablement le risque de ridiculiser des événements censés être terrifiants. En mettant en scène des orphelines recueillies par un couple bienveillant et assujetties à une éducation très pieuse, « Annabelle 2 : La création du Mal » instaure un cadre idéal pour diffuser la frayeur, au point que le spectateur y retrouve tous les ingrédients qui ont le fait le succès des films traitant de possession démoniaque. La recette est facile et peu risquée avant que le cinéaste n’emprunte un chemin plus sombre où il prend un malin plaisir à répandre le chaos autour de ses jeunes protagonistes.

Il a fait de réels efforts pour créer une ambiance horrifique plus mature, même si la tension n’est pas encore à son comble. La faute revient à une première partie qui abuse d’artifices trop attendus. David F. Sandberg a posé les bases de son intrigue avec un tel manque de subtilité que le spectateur en vient à imaginer le pire. Le film prend rapidement une tournure plus intéressante mais s’enferme tout du long dans des mécanismes de peur convenue, rythmés par les sempiternels claquements de portes. L’horreur revêt systématiquement une apparence maléfique pendant que le spectateur attend patiemment que le thriller surnaturel cède sa place à des formes d’angoisses plus élaborées. David F. Sandberg a reproduit la même erreur que son prédécesseur en reléguant le jouet maudit au rang de pantin qui inquiète davantage par son apparence et sa réputation que par ses actes. Il cultive encore le paradoxe d’avoir placé la poupée au centre de l’histoire tout en lui offrant un rôle secondaire. Le démon prend alors la forme d’une créature aux doigts crochus et démesurés, perpétuant la filiation des monstres produits par James Wan.

L’ombre du réalisateur malaisien semble planer sur le cinéma d’épouvante destiné au grand public, privant ainsi ceux qui ont repris le flambeau de se constituer leur propre identité. Le spectateur n’est toutefois pas dupe puisqu’il sait pertinemment que Hollywood a souhaité renouveler la recette du succès à des fins mercantiles. Il ne pourra pas non plus s’empêcher de penser que David F. Sandberg aurait pu mieux exploiter ses idées. Explorer le point de vue des enfants dans un contexte si malsain réserve d’agréables surprises mais l’omniprésence de jeunes protagonistes freine aussi le scénario dans ses réelles intentions. Le premier volet retraçant les origines de la poupée aurait pu sans mal décrocher la palme de la médiocrité. La suite se démarque heureusement par une intrigue mieux construite, même si David F. Sandberg se contente d’appliquer sagement une recette qui semble déjà avoir bien vécu. « Annabelle 2 : La création du Mal » remplit honorablement ses promesses : certains défauts sont encore présents mais le spectateur ne ressort pas de la salle avec le sentiment d’avoir perdu son temps.

Threestars1

 

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2 réflexions sur “Annabelle 2 : La création du Mal, David F.Sandberg

    • mangoandshamallow dit :

      N’hésite pas à me donner ton avis sur le film, si tu y penses 🙂
      Je te conseille par contre de bien choisir ta séance car suivant les cinémas, les films d’horreur grand public attirent parfois des jeunes spectateurs un peu agités. Je l’ai déjà vécu deux fois et c’est franchement désagréable. Pour Annabelle 2, j’avais choisi la séance de 11 h en VOST … aucun risque ! 😉
      J’espère aussi qu’il te plaira.

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