Serre-moi fort, Claire Favan

« Serre-moi fort » mérite pleinement sa réputation de page turner tant le lecteur prend part à la lutte acharnée que se livrent l’inspecteur Adam Gibson et un serial killer prêt à commettre toutes les atrocités possibles pour avoir le dernier mot. Seulement, aussi brillant et surprenant soit-il, le résultat ne s’est pas tout à fait montré à la hauteur de mes espérances. Nick Hoffman a 15 ans lorsque sa sœur aînée disparaît sans laisser de traces. Les parents du jeune homme n’ont toujours juré que par Lana et l’événement tragique qui frappe de plein fouet cette famille sans histoire ne va rien arranger. Nick devient alors totalement transparent aux yeux de ses parents. Sa mère sombre dans la dépression tandis que son père noie son chagrin dans l’alcool. L’apathie cède du jour au lendemain à un besoin obsessionnel de connaître la vérité. Ils sont plus déterminés que jamais à savoir ce qu’est devenue leur fille et rejoignent un groupe de soutien aux familles de personnes portées disparues. Nick ne supporte plus de vivre dans l’ombre de sa sœur et souhaite partir loin d’ici pour s’assurer un avenir plus souriant.

Le lecteur se retrouve ensuite aux côtés du lieutenant Adam Gibson qui enquête sur un charnier découvert dans une grotte dissimulant les corps étrangement momifiés d’une vingtaine de victimes. Son travail consiste à rendre l’identité de toutes ces jeunes femmes mais la pièce centrale de cette macabre mise en scène semble indiquer que l’affaire s’avère plus périlleuse qu’il ne l’avait imaginé. Fragilisé par la disparition brutale de son épouse et le dédain que lui porte sa fille, Adam n’est pas au bout de ses peines en subissant une terrible épreuve qui l’entraîne dans les griffes du tueur qu’il traquait sans jamais l’avoir démasqué. La dernière partie du récit prend une tournure si violente qu’elle plonge le lecteur dans un profond malaise. Il s’interroge d’ailleurs sur la nécessité de faire basculer l’intrigue dans une atmosphère aussi glauque pour justifier la rencontre entre le lieutenant et le tueur en série qui sévit en toute impunité depuis tant d’années.

Claire Favan tombe dans le piège de la surenchère au moment où on ne s’y attendait pas mais fort heureusement, l’intérêt du récit ne repose pas uniquement sur ce retournement de situation discutable. Ce n’est pas tous les jours que le lecteur se plonge dans des intrigues aussi sombres. Outre les événements sinistres qui se succèdent, les protagonistes cachent tant bien que mal leur côté obscur. Chacun porte le fardeau d’un sort qu’ils n’estiment pas avoir mérité et le duel psychologique confrontant Adam et le tueur est d’une violence inouïe. Rarement un auteur n’a concentré autant de perversité et de supplices autour d’une relation entre deux individus que tout oppose.

La plume est à l’image du roman, incisive et oppressante. La dureté des mots n’a d’égal que l’acharnement du destin puisqu’il égratigne sans relâche un adolescent en quête d’identité et de l’amour de ses parents, un couple dévasté et obnubilé par la disparition de leur fille et un inspecteur de police, qui en dépit d’une carrière prometteuse, peine à faire face aux épreuves de la vie. Pourtant, Claire Favan ne fait rien pour rendre ses personnages attachants, à l’exception d’Adam pour qui le lecteur ressent une forte empathie. La vie ne lui épargne rien au point que ce dernier se demande d’ailleurs si l’auteure ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières. Le dénouement s’avère sans surprise, aussi sombre que l’enquête elle-même puisqu’il ne laisse aucune place à l’espoir. Adam est instrumentalisé par son bourreau et tout un chacun sait qu’un jouet ne se rebelle pas. Claire Favan a néanmoins fait en sorte à ce que la justice soit rétablie, même si elle ne peut avoir lieu qu’au prix de nombreux sacrifices.

Le roman vaut surtout le détour pour le jeu de piste intense et éprouvant qui s’exerce entre Adam Gibson et le meurtrier ayant échappé aux plus fins limiers. Le parcours de l’inspecteur fend le cœur, même si l’auteure se réfugie parfois dans la facilité en s’appuyant sur les bases des romans noirs qui font l’actualité. Le policier qui promène son désarroi, brisé par une tragédie familiale et ses relations conflictuelles avec ses enfants, n’a rien de novateur. Seulement, malgré certains stéréotypes, Adam parvient à émouvoir. Claire Favan signe un thriller psychologique vertigineux et dérangeant dans sa frontalité. Autant de surenchère n’était pas nécessaire pour décrire l’horreur dans laquelle bascule son personnage principal mais on ne peut lui reprocher d’exprimer l’intensité avec un talent remarquable.

fourstars1

 

 

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6 réflexions sur “Serre-moi fort, Claire Favan

  1. unfilalapage dit :

    Je suis actuellement en quête de thrillers originaux ! J’ai l’impression d’avoir trop lu de romans noirs similaires, utilisant les mêmes ficelles ! Je ne pense pas que celui-ci pourrait me convenir, même s’il me paraît efficace dans son genre.
    Si tu as des idées je suis preneuse !!!

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      La première partie du roman est assez classique mais le reste l’est moins. Un twist résumé en une phrase et un événement pour le moins surprenant et glauque (un peu trop même …) viennent tout chambouler. Ma dernière claque dans le genre thrillers s’appelle « L’enfant aux cailloux » (j’y ai dédié une chronique au début du mois) et il pourra peut-être davantage combler tes attentes. J’ai lu aussi trop de romans policiers pour supporter des récits qui se ressemblent les uns les autres mais dans un style très différent, « Serre-moi fort » et « L’enfant aux cailloux » se démarquent du lot. Après, ce n’est que mon point de vue … 🙂
      Sinon, tu peux toujours te lancer dans les romans de Stephen King. Il a un genre bien à lui et reste une valeur sûre.
      A bientôt ! 😉

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      • unfilalapage dit :

        Ha Stephen King, il revient régulièrement en ce moment. Je crois qu’il est temps pour moi de le redécouvrir (après avoir moyennement accroché avec Simetierre) !

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      • mangoandshamallow dit :

        Sacrilège … ce roman est culte ! 😀 il m’a fait découvrir et aimer Stephen King. Il y en a un de lui que je n’ai toujours pas lu, il s’est écoulé un siècle depuis le temps que j’en parle et il s’agit de ‘Ça ». J’ai vu et beaucoup aimé le film de Tommy Lee Wallace, même si je reconnais qu’il a bien vieilli. Une nouvelle adaptation sort en septembre et je me suis donnée pour résolution de lire le premier tome avant qu’il ne débarque sur grand écran (cet été, tout simplement).
        Sinon, je te conseille Carrie, Shining et Salem si tu ne les as pas lus.

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      • unfilalapage dit :

        J’ai vu Ça et effectivement il a beaucoup vieilli ^^ J’ai trouvé ça kitsch à souhaite ! J’ai aussi vu une adaptation de Carrie (la plus récente) et la fin est juste too much ! Donc pour l’instant, mis à part La ligne verte qui demeure l’un de mes films préférés (et dont je n’ai pas lu le livre), je n’ai pas eu de très bonnes expériences avec l’univers de King !

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      • mangoandshamallow dit :

        Je n’ai pas non plus aimé la dernière adaptation de Carrie. Par contre, Stephen King a écrit suffisamment de romans pour que tu puisses changer d’avis (ou pas) 😉

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