L’enfant aux cailloux, Sophie Loubière

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Elsa Préau est une ancienne directrice d’école maternelle qui a consacré sa vie aux enfants mais rien ne peut égaler l’amour inconditionnel qu’elle voue à son petit-fils Bastien. La septuagénaire se définit comme une râleuse invétérée qui se révolte contre les grandes injustices et les désagréments du monde moderne à coups de lettres bien senties envoyées aux ministères. Elsa n’en reste pas moins une « douce dingue », une de celles qui s’intéressent à tous et à qui la fantaisie fait rarement défaut. Elle est aussi une de ces vieilles dames qui inquiètent son entourage à force de se montrer incontrôlables, de glisser un marteau dans son sac à main et de confondre rêve et réalité. Toutes ces raisons expliquent pourquoi Elsa n’est pas crédible aux yeux des autorités et de son propre fils quand elle leur signale que le couple vivant en face de chez elle maltraite un enfant qui pourrait avoir l’âge de Bastien.

Mal fagoté, malingre et replié sur lui-même, le petit garçon n’est pas traité de la même façon que son frère et sa sœur. Elsa Préau en fait alors une affaire personnelle car selon elle, cette famille en apparence sans histoire aurait des choses à se reprocher. Qui est cet enfant ? Que lui font-ils subir ? Elle décide de porter secours à ce petit garçon ignoré de tous avant qu’il ne soit trop tard. Seulement, comment croire une vieille dame dont tout le monde reste persuadé qu’elle n’a plus toute sa tête et qui porte le poids d’un passé qui ne plaide guère en sa faveur ? Le lecteur n’accorde pas plus de crédit au témoignage d’Elsa que son entourage tant elle est capable de réfléchir et d’agir de façon totalement irrationnelle. Au premier abord, il a même l’impression de suivre la vie ordinaire d’une retraitée qui trompe l’ennui en se réfugiant dans des histoires fantaisistes. Pourtant, ce serait mal connaître Sophie Loubière qui, au contraire, construit minutieusement une intrigue à plusieurs niveaux diffusant une tension psychologique de plus en plus palpable. Outre une intrigue policière glaçante gravitant autour de l’éventuelle maltraitance d’un enfant qui n’est connu ni des autorités ni des services sociaux, l’auteure a su dépeindre avec justesse le portrait aigre-doux d’une femme esseulée et en proie à ses nombreux démons.

« L’enfant aux cailloux » reflète le regard que pose la société sur le devoir de solidarité qui nous incombe envers les plus vulnérables. L’intrigue se déroule exclusivement sous le regard d’Elsa et les rebondissements ne sont jamais là où on les attendait. Elle est presque reléguée au second plan tant le récit se focalise sur la façon dont nous considérons les personnes âgées (plus elles vieillissent et plus nous doutons de la véracité de leurs propos), l’absence d’entraide et le sentiment de défiance que nous éprouvons à l’égard des personnes qui nous sont chères mais que nous ne comprenons pas toujours. Derrière l’intrigue policière se dresse un tableau social portant à réfléchir sur les convictions et préjugés qui en étant trop tenaces, rendent aveugles. Au-delà de l’histoire qui touche au plus profond de soi-même, « L’enfant aux cailloux » a été une claque pour la simple raison que les différents niveaux de lecture permettent à chacun de s’approprier le roman à sa manière. Il est aussi difficile pour le lecteur de démêler le vrai du faux et de rester insensible à ce récit qui aborde la solitude, la vieillesse et la maltraitance avec une authenticité troublante.

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