The Last Girl : celle qui a tous les dons, Colm McCarthy

Après 28 jours plus tard, l’Angleterre nous propose un nouveau film de zombies revisitant le genre avec brio, en imaginant des enfants infectés qui n’ont rien perdu de leurs facultés intellectuelles et se retrouvent réduits à l’état de cobaye pour des expériences scientifiques se déroulant dans une base militaire. Colm McCarthy parvient à imaginer un univers suffisamment vaste pour y bâtir une intrigue plus originale que la plupart des films mettant en scène des morts-vivants et apporter de la consistance à des personnages qui dépassent largement les archétypes du genre. Le spectateur découvre donc Mélanie, une petite fille qui, comme ses camarades, se fait déplacer immobilisée dans un fauteuil roulant pour suivre les cours de Mademoiselle Justineau. Les scientifiques et militaires ont mis au point une procédure très stricte pour les empêcher de nuire car ces petits écoliers sont pour le moins particuliers : enfants dont la mère a été contaminée par une spore détruisant les cellules du cerveau, ils ne vieillissent pas, peuvent sentir l’odeur de la peau humaine sans entrer dans une transe frénétique et dévastatrice, mais sont par ailleurs dotés d’une intelligence et d’une sensibilité hors du commun.

Seulement, leurs particularités seraient trompeuses puisque le docteur Caroline Caldwell ne voient en eux qu’un simulacre d’humanité. Selon la scientifique, la raison d’être de ces enfants n’est que de fournir matière à faire progresser ses recherches en vue de mettre au point un remède à cette maladie qui cause progressivement l’extinction de l’espèce humaine. Loin de réduire les « Voraces » à un danger justifiant une réorganisation de la société, le cinéaste les présente sous un jour inédit, comme une nouvelle donnée qui conduirait les survivants à repenser le monde. En effet, le groupe d’enfants retenu prisonnier dans la base militaire, mi-humain mi-créature sanguinaire, divise la scientifique et l’institutrice, dont la vision est valable, à défaut d’être moralement similaire. Mademoiselle Justineau s’efforce d’oublier le danger qu’ils représentent pour tenter de leur apporter l’affection et l’instruction auxquelles elle est convaincue qu’ils ont droit quand le docteur Caldwell les considère comme une espèce à éradiquer qui n’en demeure pas moins la seule solution de sauver l’humanité. Il est délicat de donner raison à l’une ou à l’autre tant le comportement ambigu de Mélanie, tantôt dangereux, tantôt attachant, suscite le doute et la méfiance.

L’originalité du film puise aussi dans la force de ses personnages. Colm McCarthy dévoile progressivement une profondeur à priori insoupçonnable, qu’il s’agisse du médecin ambitieux ou du militaire désabusé qui saura outrepasser la caricature du baroudeur brutal et obéissant aveuglément aux ordres. Tous les personnages s’humanisent au contact de Mélanie qui en dépit de ses pulsions bestiales, parvient à leur démontrer que les apparences sont parfois trompeuses. « The Last Girl » se démarque de la plupart des films de zombies mais n’en oublie pas pour autant d’avoir recours aux ressorts classiques du genre. En revanche, l’origine de l’épidémie ayant transformé la majeure partie de l’humanité en prédateurs avides de chair humaine n’est ni virale ni chimique. La décomposition des chairs est ainsi remplacée par une colonisation végétale tout aussi dérangeante, transformant peu à peu les individus contaminés en arbres gigantesques susceptibles de libérer au moindre bouleversement climatique, une substance extrêmement nocive. La nature semble vouloir reprendre ses droits.

« The Last Girl » porte une réflexion qui va plus loin que la simple démonstration de prédateurs se repaissant de chair humaine. En outre, si le film est assez sérieux, sa fin se révèle totalement absurde. Elle apporte une touche décalée proposant une fin libre d’interprétation. Certains y verront un dénouement métaphorique rempli d’espoir, osant délivrer un message à connotation anarchiste où la destruction et la barbarie seraient la clé d’une renaissance ; d’autres, une conclusion glaçante faisant référence aux classiques de la littérature post-apocalyptique.

fourstars1

 

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