Nocturnal Animals, Tom Ford

nocturnalanimals

Le dernier film de Tom Ford nous entraîne dans un thriller maîtrisé et dérangeant, où les amours déchues deviennent source d’inspiration pour un auteur qui a traîné son mal de vivre pendant plus d’une décennie. « Nocturnal Animals », à la fois polar et tragédie familiale, portrait de femme assaillie de doutes et chronique acide d’une vengeance finement élaborée, se révèle furieusement ambitieux sur le papier. Le défi ne manque pas d’audace et le résultat est brillant. Il raconte deux histoires intimement imbriquées. La première suit Susan, directrice d’une galerie d’art de Los Angeles, en proie à des questionnements existentiels et conjugaux. Elle s’ennuie ferme aux côtés de son deuxième mari, un homme d’affaires froid et distant qui brille par son absence. Elle ne s’épanouit pas non plus autant qu’elle l’aurait souhaité dans le milieu artistique. Elle reçoit un jour un mystérieux manuscrit, signé d’Edward Sheffield, son premier mari dont elle est sans nouvelles depuis des années. Ce dernier s’y met en scène dans le rôle de Tony Hastings, un père de famille qui se retrouve confronté à l’horreur sur les routes désertes du Texas. Les parallèles entre la fiction et sa propre vie avec Edward sont si troublants pour Susan qu’ils réveillent en elle des sentiments qu’elle croyait enfouis à jamais.

Après avoir brillé sur les podiums auprès des couturiers les plus renommés, Tom Ford a rapporté de son expérience un classicisme esthétique et épuré qu’il ne manque pas de sublimer dans son dernier film. A la perfection glacée des œuvres de maîtres, au confort feutré des restaurants de Los Angeles, le cinéaste renvoie les routes infinies du Texas, la chaleur écrasante du désert, sa poussière qui en s’infiltrant partout, ne fait que renforcer l’oppression ambiante. Le passé artistique de Tom Ford y est très prégnant, au point de marquer les esprits dès les premières minutes. Il entraîne aussi le spectateur dans un monde d’apparences, qui sous ses allures flamboyantes et inébranlables, peut s’effondrer au moindre souffle. Susan, aussi sophistiquée et pragmatique qu’elle puisse paraître, reflète parfaitement la fragilité du monde dans lequel elle évolue. Tom Ford parvient habilement à imbriquer les deux histoires alors que les liens entre le premier mariage de Susan et le récit sordide issu de l’imagination de son ancien conjoint ne sont pas évidents au premier abord. Le réalisateur livre une intrigue complexe et étonnamment fluide, dans laquelle l’histoire d’un père de famille assistant impuissant à l’enlèvement de sa femme et sa fille fait écho à celle de Susan et Edward qui ne s’est pas terminée sous les meilleurs auspices. Tom Ford s’appuie sur la lecture du manuscrit pour montrer à quel point elle s’ennuie dans son confort bourgeois et se retrouve assaillie par le doute d’avoir fait les bons choix vingt ans plus tôt.

« Nocturnal Animals » oscille remarquablement d’un monde à l’autre. Il s’installe dans une morosité glaçante quand il s’agit de dépeindre le quotidien de Susan. La partie fictive du film se révèle nettement plus prenante, grâce à son contexte nauséeux et ses personnages qui basculent progressivement dans l’immoralité. Au fil du déroulement des deux intrigues, « Nocturnal Animals » se montre parfois moins astucieux qu’il n’en a l’air. Le spectateur pourra facilement fermer les yeux sur les effets factices utilisés pour basculer entre fiction et « réalité » mais que dire du rôle joué par la fille de Susan ? Après avoir été brièvement évoquée dans le premier tiers du film, elle disparaît brutalement, son existence ayant même été remise en question. Reflète t’elle le fantasme de Susan d’avoir eu un enfant de son premier mariage ? Le mystère restera hélas insoluble. Le film attise la curiosité pour la simple raison que les deux histoires ne semblent pas avoir de lien entre elles. Il faudra attendre le dénouement final pour que le sens du long-métrage s’impose comme une évidence et nous explose au visage, même si la morale semble quelque peu bancale. La vengeance est un plat qui se mange froid et rien de telle que la fiction pour régler ses comptes. La scène finale se révèle quant à elle magistrale puisque derrière le visage consterné de Susan se reflète l’amertume des promesses non tenues et le regret tenace d’une histoire d’amour inaboutie.

fourstars1

 

Publicités

4 réflexions sur “Nocturnal Animals, Tom Ford

    • mangoandshamallow dit :

      Merci pour ton retour sur ma chronique. Tu ne peux pas savoir à quel point ça me fait plaisir 😉 J’ai découvert le cinéma de Tom Ford avec « Nocturnal Animals » mais maintenant que tu m’as dit qu’il en a réalisé un autre, je ne manquerai pas de le regarder à l’occasion. Celui-ci m’a plu à tous niveaux : le scénario, l’ambiance, le jeu d’acteurs … Le générique de début m’a pourtant fait douter. Seulement, il ne faut pas s’en arrêter là. Il est très spécial mais reste un joli pied de nez à l’univers de Tom Ford.

      J'aime

    • mangoandshamallow dit :

      Il ne m’attirait pas particulièrement et il a été finalement une très bonne surprise. A part une criante incohérence scénaristique, le dernier film de Tom Ford est un sans faute. On a frôlé le coup de cœur 😀

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s