Chute, Christophe Nicolas

Chaque rentrée littéraire réserve son lot de pépites et la consécration appartient cette année au dernier roman de Thomas Cahin qui a suscité un réel engouement de la part du public et des critiques. Il peut ainsi donner corps à ses projets les plus fous et obtenir l’admiration et la reconnaissance de son épouse. Seulement, « Chute » n’est pas issu de son imagination puisque le manuscrit envoyé à une prestigieuse maison d’édition se révèle être le fruit du travail de son ami d’enfance qui, comme pris de fièvre, a couché ses mots sur le papier avant de mettre fin à ses jours. Il se retrouve alors en mauvaise posture, au bord d’un précipite qui l’entraîne vers de sérieux ennuis. Se posent aussi des problèmes de conscience et même si son éditeur affirme que « ceux qui aboient ne sont pas ceux qui mordent », Thomas n’ignore pas que la vérité est susceptible d’éclater au grand jour à tout moment, menaçant ainsi de réduire à néant son couple et sa réputation. L’auteur adopte un comportement si troublant qu’il s’interroge lui-même sur sa santé mentale. Le lecteur remet aussi en cause toutes ses affirmations en se demandant quelle est cette voix qui trotte dans sa tête. Souffre t’il d’amnésie, de dédoublement de personnalité ou est-il devenu la cible d’individus qui ne lui veulent pas que du bien ?

Le lecteur peut craindre de se retrouver confronté à une impression de déjà-vu mais c’était sans compter sur le talent de Christophe Nicolas qui nous entraîne dans une intrigue haletante. Elle ne contient pas pléthore de rebondissements puisque l’auteur s’est surtout focalisé sur la psychologie du personnage principal qui semble perdre pied, obnubilé par les mensonges qui risquent d’anéantir sa notoriété. Thomas savoure son récent succès après avoir publié plusieurs romans qui sont passés totalement inaperçus dans le paysage littéraire. Les mauvaises langues ne se sont d’ailleurs pas fait prier pour dire qu’ils étaient de piètre qualité. Thomas est rongé par la culpabilité de récolter les lauriers d’un travail qui n’est pas le sien tout en refusant catégoriquement d’avouer son délit, de peur de retrouver une vie ordinaire qui ne lui correspond plus.

« Chute » ne brille pas pour son originalité mais la plume et l’enchaînement des événements, plus ou moins trépidants, parviennent à capter et maintenir l’intérêt tout au long du récit. La vie de Thomas n’est plus aussi simple depuis qu’il est devenu célèbre. Sa mère qui vient de mourir pourrait avoir été assassinée. Un policier à la retraite découvre dans son dernier roman pléthore d’éléments troublants en rapport avec une affaire sur laquelle il a enquêté des années auparavant. Son expérience le conduit à croire qu’il ne peut s’agir d’une simple coïncidence. L’existence de Thomas prend la tournure d’un cauchemar éveillé dans lequel il est harcelé par des lecteurs déséquilibrés et ce même commissaire chevronné qui reste persuadé que l’auteur a patiemment attendu la date de prescription pour publier le récit de son propre crime et libérer sa conscience.

Christophe Nicolas a adopté les codes du thriller destiné au grand public. La plume est simple, utilitaire et son objectif n’est autre que de raconter une histoire sans user d’artifices susceptibles de rebuter le lectorat qui supporte mal les flots de péripéties vouées à combler un vide narratif. Excepté Thomas Cahin qui est doté d’une réelle profondeur, les protagonistes se contentent d’un rôle figuratif ayant pour seule ambition de faire progresser l’intrigue. Le récit est classique, la psychologie des personnages conventionnelle mais Christophe Nicolas prouve que se plier astucieusement aux normes du thriller peut être gage de qualité, même si l’envie de surprendre n’est pas une priorité. En accumulant les fausses pistes et en apportant constamment de nouveaux éléments à l’intrigue, l’auteur rend la seconde partie de son roman plus dense. Il n’hésite effectivement pas à redistribuer les cartes au moment où le lecteur est convaincu que tous les mystères sont résolus.

Christophe Nicolas sème habilement le trouble dans les esprits en se payant même le luxe de compliquer la tâche de tout amateur chevronné de voir venir le dénouement. La fin peut sembler extravagante pour la simple raison que le coupable, aveuglé par sa soif de vengeance, adopte un comportement si caricatural qu’il est difficile de ne pas porter un regard moqueur sur les choix de l’auteur. Le dernier roman de Christophe Nicolas ne laissera probablement pas son empreinte mais son intrigue reste atypique dans la mesure où elle ne parle pas que d’un meurtre. Le criminel confesse plutôt des actes odieux qui comblent le voyeurisme des lecteurs portant aux nues les récits empreints de violence extrême. Comment les gens peuvent prendre plaisir à lire des histoires aussi malsaines ? Il n’y a malheureusement pas que le roman en lui-même qui fait froid dans le dos …

Threestars1

 

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