Dernier train pour Busan, Yeon Sang-Ho

Affiche du Dernier Train pour Busan !

Le cinéma sud-coréen a frappé très fort en nous entraînant dans un monde infecté par un mystérieux virus qui transforme tout citoyen contaminé en insatiable mangeur de chair. « Dernier train pour Busan » a l’effet détonnant d’une bombe qui se charge de balayer sur son passage tous les préjugés accumulés au fil des ans sur les films de zombies. Vous pouvez donc ranger vos à priori dans le compartiment à bagages car ce thriller tout droit venu du Pays du Matin Calme est un bijou du genre. Le point de départ du scénario semble déjà vu mais la réalisation parvient à se démarquer en proposant un huis clos anxiogène caractérisé par un audacieux mélange de réalisme et de fantastique. Les corps écumants et désarticulés, pris de convulsions incontrôlables, ne renouvellent pas le genre tout en conservant leur dimension spectaculaire. Seulement, le paroxysme de l’horreur ne réside pas dans les effets irréversibles de la contamination. Elle trouve plutôt dans l’instinct de survie son plus haut degré de perfection.

A partir d’une situation irréaliste, le cinéaste décrit les travers réels de la société en détournant les wagons d’un train en laboratoire d’études sociologiques. Il semble s’être inspiré du propos social typique du cinéma de Romero pour tenter de questionner le spectateur sur son rapport au monde. La population du train est ouvertement représentée comme un échantillon global de la société coréenne avec des personnages de tous âges et toutes origines sociales. Le long-métrage pêche toutefois en subtilité en opposant l’individualisme des capitalistes à la solidarité des stigmatisés. Le parcours de Seok-Woo a beau être synonyme d’espoir pour le genre humain, la conception du réalisateur n’en demeure pas moins pétrie de stéréotypes. Néanmoins, l’intérêt du film se trouve ailleurs. Il puise sa force dans le rythme haletant de son scénario et  la manière de déplacer l’action d’un wagon à l’autre, en évitant de s’enliser dans un schéma répétitif . En mettant en scène une invasion de zombies dans un train lancé à toute vitesse, Yeon Sang-Ho prenait le risque considérable de tourner en rond dans des espaces aussi confinés alors qu’il a su finalement faire preuve d’ingéniosité en offrant sans cesse de nouveaux enjeux à ses personnages.

La force du long-métrage réside aussi dans sa puissance émotionnelle. Le cinéaste se révèle à la fois bourreau de nos cœurs essoufflés de ce périple horrifique et conteur dramatique. Une parcelle d’humanité se détache de l’abomination, celle d’une relation père/fille qui, après avoir été sérieusement mise à l’épreuve, renaîtra de ses centres dans ce que le monde abrite désormais de plus monstrueux. Leur histoire émeut d’autant plus que rien ne nous garantit qu’ils pourront un jour se retrouver en toute sérénité. « Dernier train pour Busan » rayonne parmi ses semblables hollywoodiens qui se caractérisent depuis de nombreuses années par leur médiocrité et leur vocation exclusivement mercantile. Yeon Sang-Ho prouve que le Septième Art est encore capable de produire des divertissements d’excellente facture pour lesquels réalisation sophistiquée et scénario intelligent ne sont guère incompatibles. Les cinéastes sud-coréens ne se seraient-il pas donnés pour mission de redorer le blason d’un genre totalement sinistré ? S’ils inscrivent leurs productions dans la même lignée que le dernier long-métrage de Yeon Sang-Ho, Hollywood n’aura qu’à bien se tenir.

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