Personal Shopper, Olivier Assayas

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Olivier Assayas signe un long-métrage singulier, expérimentant le mélange des genres à travers une histoire portée sur le deuil et la quête d’un dialogue avec l’au-delà. En ne tentant absolument pas de se conformer aux normes, il n’a peur ni du silence ni des longueurs, en mettant en exergue le contraste entre l’essence de la haute couture (« exister pour être vu ») et le monde invisible. Maureen consacre son temps à arpenter les boutiques de luxe de la capitale française pour entretenir la garde-robe d’une célébrité capricieuse qu’elle ne croise que très rarement. La jeune femme se résigne à travailler dans un milieu qui ne lui ressemble guère, dans l’espoir de communiquer avec l’esprit de Lewis, décédé quelques mois plus tôt. Le film gravite alors autour de l’absence déchirante d’un frère avec qui Maureen partageait la même malformation cardiaque et le même don d’entrer en contact avec les défunts. Oppressée par un flot ininterrompu de souvenirs, elle s’obstine à errer dans la maison de son frère, traquant une manifestation paranormale, un signe adressé par son double depuis l’au-delà qui lui apporterait la preuve ultime de l’existence d’un autre monde.

S’aventurant pour la première fois dans le genre fantastique, Olivier Assayas donne corps à son attrait pour l’invisible mais le film est avant tout là pour interroger son personnage sur ses propres craintes qui se manifestent à travers la peur de la mort, la douleur procurée par la perte d’un être cher et le sentiment d’être insignifiant. Le réalisateur fait planer une atmosphère hypnotique parvenant à retranscrire avec justesse le fardeau qui pèse sur les épaules de Maureen. Elle n’arrive pas à faire le deuil de son frère et n’assume ni son corps ni ses désirs. Sous ses allures d’histoire de fantômes, « Personal Shopper » se révèle plus profond qu’il n’y paraît. Il confronte l’être et le paraître dans un éternel duel pour la simple raison que ces deux notions sont à fois contraires et indissociables. Olivier Assayas a ainsi recours à tous les artifices possibles pour apporter de la consistance à son propos. Seulement, le résultat escompté s’avère plutôt inégal dans la mesure où il se montre parfois maladroit dans sa manière d’aborder le surnaturel tout en se révélant excellent quand il en reste au drame intimiste.

De tous ces ingrédients en résultent un long-métrage atypique qui ne remportera certainement pas l’unanimité. Certains lui reprocheront de traîner en longueur et d’offrir des séquences dénuées d’intérêt. Le spectateur ne comptera pas les fois où Maureen circule en scooter dans les rues de Paris pour récupérer les affaires de son employeur et celles où elle échange des textos intrigants avec un inconnu. Ces mêmes personnes auront probablement la désagréable impression d’avoir été pris à témoin du fantasme filmé du réalisateur sur la plastique de Kristen Stewart. D’autres considéreront que le cinéma n’avait pas traité le deuil et l’acceptation de soi avec une telle sensibilité depuis bien longtemps. Il n’est effectivement pas question de demi-mesure pour le dernier né d’Olivier Assayas : on aime ou on déteste.

A moins de vouer une haine indéfectible à Kristen Stewart, elle ne devrait pas influencer votre perception du film. L’actrice américaine, alors en quête de reconnaissance artistique, a attiré l’attention du cinéaste français qui l’a pour ainsi dire, élevée au rang de muse en lui confiant le premier rôle dans « Personal Shopper ». Le pari était risqué d’accorder autant de place à une actrice controversée mais Olivier Assayas prouve qu’il a bien plus à raconter que la simple envie d’offrir un rôle sur mesure à Kristen Stewart, même si aucun réalisateur ne l’avait encore aussi magnifiquement mise en valeur. Elle ne s’est jamais révélée aussi mature qu’en incarnant des protagonistes torturés, laissant ainsi supposer que rien ne lui sied mieux que la tristesse et la mélancolie. « Personal Shopper » n’évite pas certaines maladresses de mise en scène ( mérite t’il le prix qu’on lui a attribué au festival de Cannes ? A chacun son avis. Pour ma part, j’ai été davantage séduite par le fond que par la forme) mais l’osmose qui règne entre la densité thématique et la justesse de l’interprétation en fait une belle réussite.

fourstars1

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2 réflexions sur “Personal Shopper, Olivier Assayas

    • mangoandshamallow dit :

      Cela vaut le coup de s’en faire une idée, sans perdre de vue qu’il n’y aura pas de juste milieu. En tout cas, n’hésitez pas à me donner votre avis.

      J'aime

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