The Strain [Saisons 1 & 2]

Ne vous attendez pas à recevoir une claque magistrale en découvrant le dernier né de Guillermo del Toro qui n’a malheureusement pas suscité grand enthousiasme dans l’Hexagone. Les critiques n’ont pas été tendres à l’égard de cette série qui sans être un chef d’œuvre, ne mérite pas d’être considérée avec autant de mépris. Nous connaissons l’amour voué par Guillermo del Toro à la figure du vampire mais la thématique si chère au cinéaste espagnol fait désormais peau neuve en offrant une double particularité aux créatures de la nuit ; d’une part, une apparence si singulière associant la silhouette famélique du zombie à d’autres caractéristiques physiques pensées sur le modèle d’Alien ; d’autre part, la faculté inédite de tuer en priorité les personnes dont elles étaient proches de leur vivant. Guillermo del Toro et Chuck Hogan surfent sur la vague du succès de The Walking Dead  pour démontrer qu’une épidémie surgie de nulle part se révèle bien plus dévastatrice et incontrôlable que les fugaces apparitions d’une créature aux canines proéminentes. Vous estimerez probablement que la série ne renouvelle pas le genre et les faits prouvent malheureusement qu’il est délicat de contrarier les plus sceptiques d’entre vous.

Les cinéphiles ne se risqueront pas à hisser The Strain au rang de chef d’œuvre pour la simple raison qu’elle respecte à la lettre les codes de la série B horrifique. Rien ne lui échappe. Le scénario est truffé d’incohérences et accumule parfois les clichés de façon outrancière. En revanche, le spectateur averti ne dissimulera pas son enthousiasme de se replonger dans un genre si souvent dénigré, même si l’hémoglobine coule à flots et que le Maître ressemble à s’y méprendre au monstre pourchassé par la plus illustre tueuse de vampires du petit écran. L’engrenage se met rapidement en place et les premières séquences de la série posent les bases d’une intrigue qui, en dépit de ses nombreuses invraisemblances, a le potentiel nécessaire pour maintenir le spectateur en haleine. Ce dernier suit ainsi l’enquête du Dr. Goodweather qui aboutit sans surprise à une conclusion terrifiante révélant l’existence de créatures sanguinaires déterminées à exterminer la population. Il s’entoure de mercenaires foncièrement hétérogènes pour tenter de sauver l’humanité et même si le scénario ne tient que sur quelques lignes, tout amateur du genre horrifique se laissera prendre au jeu.

Les personnages n’échappent pas aux stéréotypes mais les réalisateurs ont veillé à insuffler à chacun d’entre eux une dose de noirceur salutaire : Ibrahim Setrakian a survécu à l’Holocauste et n’en est naturellement pas ressorti indemne, Ephraim Goodweather lutte jour après jour pour ne pas sombrer à nouveau dans l’alcool et parmi une galerie de protagonistes plus torturés les uns que les autres, le spectateur fait la rencontre d’un millionnaire prêt à vendre son âme au diable pour recouvrer la santé et connaître l’immortalité.  La deuxième saison s’épanche sur les origines des vampires et la quête d’une potentielle faille susceptible d’anéantir le virus. Les cinéastes ont privilégié les flashs temporels pour installer l’intrigue au cœur d’une toile historique qui se révèle aussi divertissante que nécessaire pour comprendre comment le Maître a vu le jour et répandu progressivement le mal sur Terre.

The Strain a le mérite d’assumer ses défauts empruntés aux films de série B, quitte à ne pas laisser un souvenir impérissable dans le paysage télévisuel. Doués pour faire monter la pression, en prenant soin de proposer dans chaque épisode une série d’événements permettant de faire progresser l’histoire et d’instaurer un sens du spectacle honorablement maîtrisé, Guillermo del Toro et Chuck Hogan orchestrent des invasions à grands coups d’effets spéciaux, tout en étant parfaitement conscients que la série ne se démarquera pas par la profondeur de son scénario. The Strain parvient toutefois à immerger le spectateur dans une histoire à la fois classique et surprenante. Les rebondissements sont aussi parfaitement intégrés au scénario. Une fois la menace d’origine surnaturelle dévoilée et développée, le spectateur avait effectivement toutes les raisons de craindre que la série ne s’essouffle mais les réalisateurs ont su mettre à profit leur créativité pour clôturer la deuxième saison de façon tout à fait inattendue. Que se passe t’il alors dans la tête du spectateur qui redoutait de s’endormir ? Il ne manquera pas de garder l’œil ouvert en se hâtant de poursuivre l’aventure aux côtés de nos mercenaires.

Threestars1

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6 réflexions sur “The Strain [Saisons 1 & 2]

  1. Laurianne dit :

    Pour ma part j’ai abandonné au milieu de la saison 1 quand elle était sortie, je reconnais que la série a du potentiel (je suis bien contente qu’elle soit renouvelée effectivement ça redonne du nouveau dans ce genre de séries) mais je n’ai juste pas accroché avec les personnages. Tant pis pour moi 😀

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      Tous les protagonistes sont stéréotypés :le brillant chercheur tellement obnibulé par son travail qu’il en oublie sa famille, la hackeuse, l’exterminateur de rats brut de décoffrage et solitaire, le nazi en quête de pouvoir, le fils du personnage principal à qui on a envie de mettre des baffes …Ibrahim Setrakian est sans nul doute le plus intéressant, même s’il passe plus de temps à causer qu’à agir quand il s’agit de frapper le Maître qui se trouve à trois mètres de lui. The Strain n’est pas aussi abouti que The Walking Dead (ce n’est pas bien de comparer !) mais se laisse regarder avec plaisir. L’offre des séries est si vaste que ça ne sert à rien de consacrer du temps à celle-ci si elle ne t’a pas convaincu. J’abandonne aussi quand je n’accroche pas 🙂

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  2. Sweet Judas dit :

    J’ai regardé un bout de la première saison mais j’ai laissé tomber en cours de route et je n’ai jamais vraiment eu envie de reprendre. Je crois que tu l’expliques mieux que moi dans ton billet : il lui manque un petit quelque chose pour qu’on ait véritablement envie de connaître la suite, plutôt que d’enchaîner les épisodes simplement par paresse ou facilité.
    Ce qui est dommage parce que je crois me souvenir d’un premier épisode particulièrement intriguant =/

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    • mangoandshamallow dit :

      Le premier épisode est très long (1h10) mais il m’a tellement intrigué que j’avais hâte de connaître la suite. Ses nombreuses imperfections ne m’ont pas empêché d’enchaîner les épisodes. Seulement, il est impossible de regarder cette série si on n’accroche pas. En clair, ça passe ou ça casse !

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  3. limaginairdenael dit :

    Moi j’ADORE ! J’ai découvert The Strain en lisant les livres (la trilogie de La Lignée) y a déjà bien dix ans… Quand j’ai appris qu’elle allait être adaptée en série, j’étais sceptique et pourquoi on a réussi à un faire quelque chose de pas mal !
    Les libertés prises par rapport à l’oeuvre originale sont parfois intéressantes et parfois ridicules !
    Par contre, les jeux d’Abraham Setrakian (David Bradley) et surtout de Thomas Eichorst (Richard Sammel) sont tout bonnement grandioses !
    Merci pour cet article =D

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    • mangoandshamallow dit :

      Je suis ravie de lire un avis positif sur la série 🙂 Tu as aussi le recul nécessaire pour l’analyser parce que tu as lu la trilogie. Je me suis lancée dans la troisième saison. Pour le moment, il ne se passe pas grand-chose mais je pense avoir compris que quelque chose de redoutable se trame et concerne directement Ephraim …

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