Mörk, Ragnar Jonasson

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Ragnar Jonasson m’avait conquise avec son précédent roman qui se déroulait déjà dans le nord de l’Islande, un village isolé du nom de Siglufjördur où à l’approche de l’hiver, le soleil disparaît derrière les montagnes pour ne réapparaître que quelques mois plus tard. Les lieux en apparence paisibles relèvent au grand jour leur côté obscur au moment où un inspecteur de police se fait sauvagement assassiner aux abords d’une vieille maison abandonnée. Ari Thor mène alors l’enquête sur l’agression de son collègue tout en sachant que s’il ne se rétablit pas, il se verra certainement proposer le poste qu’il convoite tant. L’illusion d’innocence s’écroule comme un château de cartes dans la mesure où tous les habitants avaient une bonne raison de vouloir semer le chaos au sein de cette communauté trop tranquille. Le jeune policier devra aussi écouter cette voix qui murmure, enfermée derrière les murs d’un hôpital psychiatrique, et qui détient probablement la clé de l’énigme.

Ragnar Jonasson plante rapidement le décor sans user d’artifices puisque le lecteur imagine sans mal à quel point les intempéries conditionnent le quotidien des habitants de cette petite ville nichée au creux d’un fjord. L’Islande reste un lieu atypique pour sa beauté sauvage, la rudesse de son climat et un taux de criminalité moindre qui ne fait qu’entretenir le manque d’expérience de ses policiers. L’auteur sait parler du pays qui l’a vu naître et grandir mais le portrait réaliste qu’il esquisse de l’Islande ne suffit pas pour donner naissance à un thriller digne de ce nom. Je n’ai pas eu la claque espérée mais je reconnais volontiers que Ragnar Jonasson est parvenu à gommer les faiblesses de son premier roman. Il nous offre une intrigue enlevée, où les secrets les mieux gardés finissent par être révélés au grand jour grâce à la pugnacité d’Ari Thor.

L’agression de son collègue intervient rapidement dans le récit et l’auteur n’égare pas son lectorat dans des descriptions futiles. Le roman se lit d’une traite, servi par une atmosphère oppressante et des protagonistes tourmentés qui luttent tant bien que mal contre leurs démons. Le lecteur découvre, en parallèle de l’enquête, l’existence et le contenu d’un journal intime écrit par un individu séjournant dans un hôpital psychiatrique. Le rythme gagne en nervosité et même si son auteur reste facilement identifiable, Ragnar Jonasson est parvenu à ménager le suspense suffisamment longtemps pour maintenir le lecteur en haleine. Seulement, une fois la vérité éclatée au grand jour, l’auteur devient plus expéditif, comme s’il avait hâte de clôturer son roman.

Il a néanmoins réussi l’exploit de s’affranchir des codes du polar islandais tout en conservant la force qui caractérise le genre : Ragnar Jonasson a le talent pour créer des atmosphères rudes qui apportent une dimension tragique à un récit se caractérisant déjà par sa noirceur. Ari Thor vit dans un village isolé du reste du monde, enquête sur un meurtre et se retrouve confronté à des individus qui ont connu ou répandu la souffrance. Si l’Islande affiche un taux de criminalité qui ferait pâlir d’envie la plus petite bourgade américaine, la majorité des violences commises sur l’île se déroulent à l’abri des regards. Le dénouement final ne marquera pas les esprits mais Ragnar Jonasson a eu le mérite de développer une triste réalité qui gangrène les foyers islandais.

Son dernier roman ne manque pas de qualités. Seulement, sont-elles suffisamment nombreuses pour le hisser au rang de coup de cœur ? L’intrigue est si bien ficelée que les pages défilent à toute vitesse mais ce rythme de lecture effréné ne puise pas exclusivement ses sources dans l’intérêt porté à l’enquête. Le principal défaut du roman réside effectivement dans la faiblesse de son vocabulaire et la simplicité des conversations. Le lecteur ne sait pas si le manque de richesse lexicale est lié à la traduction ou s’il est volontairement le reflet du système de pensée pragmatique des scandinaves. Le roman tient toutefois sa promesse de nous embarquer dans une enquête qui ne réserverait pas tant de surprises si elle ne se déroulait pas dans un village révélant brusquement sa véritable nature sous les feux des projecteurs.

fourstars1

 

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