La Belle et la Bête, Bill Condon

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La Belle et la Bête n’a cessé d’inspirer le Septième Art depuis que Jean Cocteau a immortalisé la présence léonine de Jean Marais dans la mémoire des cinéphiles. L’histoire de cette jeune fille à la fois rêveuse et solitaire qui s’enfonce dans la forêt pour se livrer corps et âme à une bête terrifiante, en contrepartie de la liberté de son père, s’est popularisée dans le monde entier à partir de 1991, année au cours de laquelle le studio Disney a adapté le conte de Jeanne-Marie de Beaumont. Du texte initial ne substituait qu’une mince trame ayant éludé toutes connotations sexuelles qui auraient échappé aux spectateurs les plus puritains. Disney s’adressant en priorité aux enfants et ne dissimulant guère ses penchants conservateurs, le dessin animé s’est avéré sans surprise nettement plus édulcoré que l’œuvre originale en ne préservant de celle-ci que la principale morale de l’histoire consistant à rappeler au jeune public d’outrepasser les apparences pour découvrir la beauté intérieure.

Le dessin animé n’en conservait pas moins un charme irrésistible, ponctué de séquences féériques qui ont marqué notre âme d’enfant. Qui ne s’est pas émerveillé devant les scènes de valse, les abords du château enneigé et la rose enchantée brillant de mille feux ? Les chansons inspirées ont été fredonnées à maintes reprises par un public conquis qui les connaissaient sur le bout des doigts et l’histoire, portée par des personnages attachants ou antipathiques, lui a fait traverser toutes sortes d’émotions. Disney a réalisé une de ses plus belles œuvres, rendant ainsi la tâche difficile aux cinéastes audacieux qui se risquent à s’en inspirer. Son succès fût tel que le studio a eu l’idée d’offrir une cure de jouvence au conte qui peut sembler un tantinet poussiéreux pour la nouvelle génération. Pourquoi ne pas reprendre l’intrigue, les personnages, les chansons et les dialogues du dessin animé pour donner naissance à une comédie musicale aux prises de vue réelles ?

Christophe Gans avait échoué en beauté en s’inspirant de l’œuvre originale qui ne rencontrerait probablement pas un franc succès chez le lectorat actuel alors que risquait Bill Condon en insufflant une nouvelle jeunesse à un dessin animé extrêmement populaire ? Le spectateur peut à juste titre lui reprocher un cruel manque d’audace narrative dans la mesure où en reprenant bon nombre de dialogues et chansons, le long-métrage est susceptible d’apparaître comme une pâle copie de l’œuvre magistrale de Disney. Le spectateur retrouve avec joie l’univers du conte édulcoré par le studio aux grandes oreilles mais au delà de la beauté des effets spéciaux et de la qualité irréprochable de la photographie, le film n’apporte malheureusement rien de nouveau. Il manque d’âme pour la simple raison qu’Emma Watson n’a pas su s’imprégner de son personnage. Son jeu n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’interprétation insipide de Kristen Stewart dans le rôle de Blanche-Neige. Luke Evans se démarque des autres acteurs en incarnant à la perfection la brute épaisse cruelle et égoïste, prêt à tout pour obtenir la main de Belle.

Les chansons contribuant fortement à la réussite d’une comédie musicale, nous attendions inévitablement au tournant la façon dont les titres allaient être interprétés par des acteurs qui n’ont guère l’habitude de pousser la chansonnette. Ils tirent honorablement leur épingle du jeu, même si le duo formé par Luke Evans et Josh Gad affiche à nouveau une meilleure performance. Les chansons se révèlent sans surprise excellentes puisque Disney n’a pas manqué de solliciter Alan Menken, musicien de génie ayant composé les inoubliables titres du dessin animé. En revanche, la déclaration enflammée de la Bête, unique fiasco au milieu d’une ribambelle de textes inspirés, provoque un sentiment de malaise chez le spectateur qui se ratatinera instinctivement au fond de son siège. Bill Condon a joué de la nostalgie et de la pratique du reboot pour attirer les foules et même si la joie de retrouver les personnages et les chansons se révèle intacte pour ceux qui ont vibré devant le dessin animé, le spectateur regrette toutefois que le Studio ait livré une version aseptisée d’un récit pourtant si riche en émotions.

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2 réflexions sur “La Belle et la Bête, Bill Condon

  1. Une Occidentale en Chine dit :

    Justement je voulais savoir ce qui t’avais pas plu. Perso je l’ai regardé en Anglais et j’ai vraiment adoré. Peut être en Français ne fait-il pas le même effet…J’avais été tellement déçue de celui avec Vincent Cassel et Léa Seydoux, un vrai gâchis pour ne pas être vulgaire. Parcontre j’ai adoré me replonger dans mon enfance. C’est vrai que ça fait un copier-coller du Disney car les paroles ne sont pas vraiment changé mais c’est justement ce que je voulais et j’ai adoré me replonger dans mon enfance. Malheureusement, malgré la voix sublime de Josh Groban, j’ai détesté l’ode d’amour de la Bête qui était vraiment trop.

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de chants et qu’ils soient un copier-collé des titres de Disney. Le principal bémol reste le jeu d’Emma Watson qui n’a pas su faire vivre son rôle. Elle m’a vraiment fait penser à Kristen Stewart dans Blanche-Neige : inexpressive et « désincarnée ». Le film n’est pas mauvais mais je m’attendais à plus de magie. Le dessin animé est plus riche en émotions. Par contre, vous avez été nombreux à avoir aimé et tant mieux ! Ce n’est jamais agréable de ressortir déçu d’une séance de cinéma.

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