Lion, Garth Davis

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Garth Davis signe, avec son premier long-métrage, une épopée poignante à laquelle il serait délicat d’accorder le moindre crédit si on ne la savait pas inspirer d’une expérience vécue. La misère qui gangrène la société indienne est une triste réalité et qui soupçonnerait qu’un enfant des rues puisse connaître une destinée aussi spectaculaire ? Saroo vit heureux aux côtés de sa mère, son frère aîné Gudu et sa petite sœur dans un des innombrables taudis qui jalonnent les quartiers indiens. Un soir, épuisé d’attendre son frère qui tarde à se manifester,  Saroo prend une initiative qui chamboulera sa vie à jamais. Il se réfugie dans un wagon, sans s’imaginer que, durant la nuit, le train l’emmènera à plus de 1600 kilomètres de son village, dans la mégalopole surpeuplée de Calcutta, où il a naturellement perdu tout repère et se retrouve confronté à échanger avec des habitants qui ne parlent pas le même dialecte que lui. Devenu la cible privilégiée de trafics en tous genres, Saroo apprend alors à déjouer tous les pièges avant d’être accueilli dans un orphelinat qui ne sera finalement qu’un tremplin vers un avenir plein de promesses. Vingt-cinq ans se sont écoulés et Saroo ne parvient pas à tirer un trait sur son passé. Armé de quelques souvenirs et d’une détermination inébranlable, le jeune homme caresse l’espoir de reconnaître son village et renouer avec ses racines, même si le défi de retrouver les siens dans un pays peuplé d’un milliard d’habitants peut sembler totalement irréaliste.

Inspiré de l’histoire d’un jeune indien adopté par un couple d’Australiens après avoir accidentellement perdu la trace de sa famille, « Lion » touche par sa sincérité et la magnifique odyssée qu’elle raconte. On peut difficilement rester insensible à un parcours de vie aussi étonnant, mais encore faut-il que le réalisateur parvienne à sublimer le récit. Garth Davis excelle dans la façon d’exploiter les décors, au point de la hisser au rang de principale force du film. La ferraille omniprésente s’associe aux déflagrations sonores assourdissantes qui illustrent de quelle manière les lieux se révèlent si hostiles pour un enfant livré à lui-même. L’Inde est plus généralement filmée sans concession, pays au sein duquel la misère sociale et les paysages à couper le souffle cohabitent paradoxalement sous l’œil de la caméra et du petit garçon perdu dans l’immensité de Calcutta. Le long-métrage n’aurait certainement pas dégagé autant d’émotions si Nicole Kidman et Dev Patel n’avaient pas fait tant de prouesses. L’actrice australienne a troqué le strass et les paillettes pour l’apparence plus ordinaire d’une mère de famille pétrie d’humanité. Le réalisateur a poussé loin la ressemblance avec le personnage original, allant jusqu’à affubler Nicole Kidman d’une permanente qui la rend méconnaissable. L’interprétation de Dev Patel ne peut laisser de marbre tant il paraît évident qu’il habite littéralement son rôle.

« Lion » est un film empreint d’humanité, comportant toutefois des imperfections qui m’ont fait grincer des dents. Son discours sur l’inné se révèle insupportable dans la mesure où Garth Davis oppose les deux frères adoptifs dès leur première rencontre. Saroo est l’incarnation du fils modèle qui se soucie du bien-être de ses parents et se montre reconnaissant d’avoir grandi dans un environnement familial privilégié. Son frère arbore un physique disgracieux qui scellera à jamais son statut de fils « indigne » psychologiquement fragile et consommateur précoce de drogues dures. Le spectateur se retrouve alors face à la synthèse furieusement manichéenne de l’adoption. Garth Davis n’exploite pas suffisamment le haut potentiel émotionnel de son film pour la simple raison que son approche de la mémoire enfouie au plus profond de l’inconscient reste très maladroite. Il semblait plutôt bien parti en illustrant l’émergence de souvenirs d’enfance à travers la saveur sucrée d’un plat traditionnel indien (Proust, es-tu là ?). La vision de cette pâtisserie a effectivement éveillé tout un flot de souvenirs donnant lieu à une crise existentielle qui amènera le jeune homme à se questionner sur ses racines.

Le réalisateur ne nous épargne pas les nombreuses scènes caractérisant les passages obligés de la crise identitaire mais nous sommes parfaitement conscients qu’il ne pouvait pas procéder d’une autre manière pour rendre le ressenti de son protagoniste crédible. Il échoue toutefois à nous faire partager le chemin tortueux du voyage intérieur de Saroo puisque le jeune homme ne mène pas son enquête en Inde. Il tente d’identifier son village dans l’immensité du continent indien en rapprochant les photographies de Google Earth de ses propres souvenirs. L’idée d’explorer le champ des possibles avec ce logiciel n’est pas inintéressante en soi. Il est néanmoins regrettable que Saroo retrouve le chemin de son passé de manière si sommaire. Le cinéaste nous fait aussi craindre le pire en instaurant un suspense cousu de fil blanc lors des retrouvailles familiales tant attendues. Il a manqué de subtilité en l’orchestrant comme un reality show (bonjour le manque de spontanéité !) mais le spectateur ne peut s’empêcher de verser une larme lorsque la caméra se focalise sur le jeune indien, si bouleversé d’avoir retrouvé les siens. Oserait-on prétendre que Dev Patel a sauvé la fin du film du naufrage ? Il ne fait effectivement pas l’ombre d’un doute que ce dernier a le charisme et le talent pour devenir un grand acteur.

Le long-métrage retrace un parcours de vie touchant et tellement porteur d’espoir qu’il mérite franchement le détour. Je vous recommande toutefois de ne pas vous laisser aller à comparer le film de Garth Davis avec « Slumdog Millionnaire », dans la mesure où ils ont seulement pour point commun d’immerger le spectateur dans les bas-fonds de la misère indienne. La culture de ce pays éveille d’ailleurs une telle curiosité au cours de ces dernières années que nous espérons qu’elle ne soit pas en réalité teintée d’une certaine condescendance à l’égard de la situation économique et sociale de l’Inde.

fourstars1

 

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