La La Land, Damien Chazelle

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Attention : L’article contient des traces de spoilers.

Ce film est une claque magistrale. A la fois hommage vibrant aux mythiques comédies musicales d’antan et aux pas de danse gracieux et effrénés de Fred Astaire et Gene Kelly, « La La Land » n’en reste pas moins un long-métrage résolument moderne. Au son des mélodies endiablées ou feutrées, le spectateur amateur de comédies musicales n’a d’autre choix que de se laisser emporter dans ce tourbillon onirique peuplé de douces illusions. Le temps de l’insouciance se révèle néanmoins de courte durée car si Sebastian (Ryan Gosling) et Mia (Emma Stone) rêvent de se faire un nom dans le paysage hollywoodien, ils encaissent surtout sans défaillir toutes sortes d’humiliations au pouvoir suffisamment dévastateur pour risquer de faire voler en éclats leurs folles ambitions.

L’aspirante comédienne repart vaincue et blessée d’auditions où elle brille pourtant de mille feux tandis que le pianiste virtuose se bat pour faire renaître le jazz de ses cendres. Derrière la pétillante comédie musicale se cachent effectivement des messages plus profonds. L’histoire d’amour change sans cesse de tonalité, jusqu’à ce que le spectateur se rende compte que l’amertume déteint inexorablement sur l’optimisme ambiant. Sebastien et Mia s’agressent d’abord mutuellement à chaque fois qu’ils se rencontrent. Le désir de la jeune femme pour le musicien n’est pas réciproque avant que ce dernier ne succombe à son tour. L’ivresse de leurs sentiments inspire ensuite au cinéaste de superbes chorégraphies aériennes (George Sand ne disait-elle pas qu’ « un grand amour rend léger tous les maux qui nous semblent trop lourds à porter seul » ?). Leur relation n’a effectivement jamais été aussi forte qu’au moment où nos deux tourtereaux courraient après le succès. Ils savaient trouver les mots pour s’encourager mais le romantisme a été relégué au second plan lorsque le temps est venu pour chacun de se focaliser sur ses propres ambitions. La désillusion sentimentale a ainsi pris le pas et n’a cessé de croître sur fond d’aspirations professionnelles contrariées.

Les lecteurs qui s’inquiètent encore d’assister à un spectacle dégoulinant de guimauve peuvent se rassurer. Le film n’est pas une succession de chorégraphies endiablées et d’envolées lyriques qui se contente de brosser les amateurs de comédie musicale dans le sens du poil. Damien Chazelle nous offre plutôt une fin pragmatique où deux personnes qui se sont passionnément aimées mettent subtilement un terme à leur relation. Ils ne passeront pas le reste de leur vie ensemble mais ont partagé la même conviction en sacrifiant l’amour au profit des aspirations professionnelles. Le réalisateur offre une relecture de l’Amour puisqu’il prouve également que la rupture n’est pas systématiquement assortie de conflits et qu’une idylle passée n’empêche pas de vivre pleinement une nouvelle vie. La séquence finale qui reflète au choix du spectateur, des fantasmes ou des regrets de la part d’un des deux protagonistes, est empreinte d’une nostalgie qui touche à la perfection. Elle m’a émue aux larmes mais je n’y ai pas vu une once de mièvrerie. Sous ses allures de comédie romantique, « La La Land » nous montre que le couple n’est pas l’unique source d’épanouissement et s’adresse ainsi aux nouvelles générations pour qui le rapport à l’amour et au travail a sensiblement évolué. La jeunesse s’est endurcie au fil du temps. Elle est plus individualiste, sceptique à l’égard de l’amour éternel tout en étant paradoxalement capable de déployer une énergie folle pour atteindre un idéal, qui par définition, n’existe pas.

Je me souviendrai longtemps de l’état d’esprit dans lequel je me trouvais en sortant de la salle de projection. Je me sentais mélancolique alors que je n’avais aucun mal à m’imaginer avec des étoiles plein les yeux tant le film m’avait insufflé l’envie de croire en mes rêves. Cette bouffée d’optimisme n’avait certes qu’une vocation éphémère mais « La La Land » n’en reste pas moins un excellent remède pour oublier momentanément la morosité ambiante.

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2 réflexions sur “La La Land, Damien Chazelle

  1. Corentine dit :

    Je ne me serais jamais dirigée naturellement vers ce film, je n’aime pas les comédies musicales, je ne suis pas très romantique, et Ryan Gosling fait trop gamin pour moi ^^
    Mais peut-être me laisserai-je tentée quand il sera en DVD, s’il a autant de succès c’est forcément pour quelque chose !

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      Je ne suis pas non plus friande de comédies musicales. « La La Land » m’a d’ailleurs conquise parce que le réalisateur est allé au delà du spectacle onirique. Ryan Gosling crève l’écran. J’étais au départ un peu sceptique (c’est une amie qui a réussi à me convaincre) et ne m’attendais pas à avoir un coup de cœur pour ce film. Je n’ai qu’un conseil à te donner : laisse-toi tenter 🙂

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