Un avion sans elle, Michel Bussi

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L’avion qui assurait la liaison entre Paris et Istanbul s’est écrasé dans le Jura sur les pentes du Mont Terrible. Tous les passagers ont péri dans le crash mais un nourrisson a miraculeusement survécu au drame. Éjectée de l’avion, la petite fille a résisté aux intempéries jusqu’à l’arrivée des secours. Léonce et Mathilde de Carville, un couple de riches industriels du Val de Marne, sont effondrés d’avoir perdu leur fils et sa compagne mais ils doivent encore prendre soin de Malvina et Lyse-Rose, la petite miraculée. Leur bonheur est néanmoins de courte durée puisqu’un autre couple fait irruption dans leur vie pour récupérer l’enfant qu’ils considèrent comme leur petite fille. Pierre et Nicole Vitral ont aussi perdu leur fils et leur belle-fille dans le crash aérien et restent persuadés que le bébé miraculé n’est autre que la progéniture de leurs proches disparus.

L’identité de l’enfant est difficile à établir et la presse qui s’est emparée de l’affaire, suit au jour le jour le procès qui déchire deux familles que tout oppose. Léonce de Carville use de son influence et de son argent pour avoir le dernier mot sur cette affaire mais le juge décide, contre toute attente, de confier la petite fille à la famille Vitral. Son épouse Mathilde ne s’avoue toutefois pas vaincue en engageant un ancien mercenaire reconverti en détective privé pour prouver par tous les moyens que l’enfant rescapé est bel et bien sa petite-fille Lyse-Rose. Pendant dix huit-ans, Crédule Grand-Duc et son acolyte Nazim Ozam consacrent leur vie à satisfaire la demande de Mathilde en échange d’une contrepartie financière qui le met définitivement à l’abri du besoin. Seulement, Crédule n’a jamais pu prouver l’identité de l’enfant alors que le contrat arrive à son terme. Le bébé est devenue une jeune fille ayant l’âge requis pour voler de ses propres ailes et le détective, déprimé d’avoir échoué dans sa mission, décide de mettre fin à ses jours. Il laisse alors derrière lui un précieux carnet dans lequel se dissimule probablement la clé de l’énigme.

Crédule Grand-Duc n’a pas ménagé sa peine en se lançant frénétiquement dans une longue enquête parsemée d’incertitudes tenaces et de fausses pistes et Michel Bussi, en jouant avec les nerfs de ses lecteurs.  Je me suis plongée dans le récit avec une telle aisance que je piaffais d’impatience à l’idée de connaître le dénouement final de cette enquête haletante. La lutte des classes dans cette intrigue policière aurait pu être passionnante, surtout quand les personnages, les riches prêts à user de tous les recours pour parvenir à leurs fins et les honnêtes gens issus de la classe moyenne, se battent pour obtenir la garde d’un enfant qui a plongé les enquêteurs dans un océan de perplexité. Michel Bussi frôle néanmoins la caricature à chaque page en nous offrant des protagonistes aussi stéréotypés que ceux figurant dans les sagas de l’été diffusées sur le petit écran. Le lecteur fait effectivement la rencontre de Malvina, une jeune femme au psychisme fragile et affublée d’une apparence d’enfant prépubère, qui n’a pas été autant gâtée par la nature que Lylie, l’incarnation de la femme idéale. Elle est dotée d’un physique avantageux, d’une intelligence et d’une sensibilité artistique hors du commun mais bénéficie aussi d’une volonté de fer et d’une générosité sans pareille. Qui peut croire qu’un individu est capable d’atteindre un tel degré de perfection ?

Il croise aussi le chemin de Marc qui ressemble trait pour trait au chevalier servant des temps modernes. S’il avait réellement existé, il aurait même été trop serviable pour être honnête. L’enquête menée par Crédule Grand-Duc est plutôt bien pensée car elle sème suffisamment de rebondissements et d’indices menant sur de fausses pistes pour capter l’attention du lecteur jusqu’à la dernière ligne. Seulement, il sait aussi que l’enquête couchée sur le papier ne mènera à rien puisque le détective avait clairement mentionné dans son journal qu’il n’avait jamais pu résoudre l’énigme planant sur les origines de l’enfant rescapé. Il suit alors une enquête stérile tout en découvrant pas à pas une quête qui n’a pu voir le jour que sur l’échec cuisant de l’ancien mercenaire. Je n’ai pas éprouvé le même intérêt pour les deux facettes de l’intrigue et bien que l’histoire comporte son lot de défauts, le lecteur ne parvient pas à lâcher le livre tant il est impatient de savoir si la petite fille rescapée du crash descend d’une lignée de riches industriels ou de modestes commerçants. Le dénouement final m’a laissé sans voix mais je ne considère pas que le virage à 180° degrés opéré par Michel Bussi ait apporté une note positive au récit. J’ai même eu l’impression que le final explosif ne servait qu’à contrecarrer la dimension laborieuse de l’enquête. Je n’en garderai pas un souvenir impérissable au point d’espérer que la découverte d’un autre roman de Michel Bussi me fera oublier la déception que j’ai ressentie en lisant celui-ci.

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12 réflexions sur “Un avion sans elle, Michel Bussi

    • mangoandshamallow dit :

      Je n’ai entendu que des avis dithyrambiques au sujet de Nymphéas Noirs et l’histoire qui mélange art et intrigue policière a semble t’il, tout pour me plaire. Si j’avais un autre livre à te conseiller de Michel Bussi, ce serait sans aucun doute Le temps est assassin. Je n’en ai fait qu’une bouchée l’été dernier 🙂

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    • mangoandshamallow dit :

      Un avion sans elle n’a pas été une expérience de lecture désastreuse. Je ne lui ai pas trouvé que des défauts mais j’aurais préféré que les personnages ne soient pas aussi caricaturaux. Sans oublier le dénouement final qui cherche surtout à atténuer le caractère laborieux de l’enquête. Ce n’est bien entendu que mon ressenti. Le mieux est de se forger sa propre opinion, sans se laisser influencer par les avis extérieurs.

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    • mangoandshamallow dit :

      Je ne comprends pas pourquoi il a rencontré un tel succès mais il est probable que je sois tout simplement passée à côté. Je remarque aussi que je ne suis pas la seule à avoir été déçue par cette lecture. Bref, pour moi, Michel Bussi a fait mieux.

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  1. mangoandshamallow dit :

    « Too much » est un terme bien approprié pour qualifier le roman mais il a eu le mérite de ne pas nous le faire lâcher. En tout cas, j’espère que je me consolerai avec Nymphéas Noirs 🙂

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