La mésange et l’ogresse, Harold Cobert

Dix ans après le début de l’affaire Marc Dutroux, la Belgique doit faire face à un nouveau tueur en série, Michel Fourniret, qui se targue d’être encore pire que son homologue du crime. Le plat pays partage aussi sa monstrueuse publicité avec la France car s’il habitait en Belgique au moment de son arrestation, Michel Fourniret reste un citoyen français. Ses premiers actes délictueux remontent à 1963, quand il est condamné avec sursis pour attouchements sexuels sur mineures. Il n’était alors âgé que de 21 ans. Il a ensuite été incarcéré pour une longue série d’agressions à caractère sexuel. Les psychiatres avaient attesté que son cas n’était pas désespéré alors que ses crimes l’ont irrémédiablement hissé au sommet du palmarès de l’horreur.

Usant de son air de père de famille affable, Michel Fourniret a attiré dans ses filets neuf jeunes filles, âgées de 12 à 22 ans, de nationalité belge ou française. Elles ont pour la plupart été enlevées et assassinées des deux côtés de la frontière franco-belge, une façon de brouiller les pistes qui lui a valu le surnom d’ « Ogre des Ardennes ». Seulement, Michel Fourniret n’a pas toujours agi seul puisque après avoir correspondu et rencontré Monique Olivier grâce à une annonce publiée dans un hebdomadaire catholique, il s’est lancé dans une quête obsédante de virginité avec la complicité servile de sa troisième épouse. Elle s’est longtemps décrite comme une conjointe apeurée et soumise, contrainte de prendre part aux crimes de Michel Fourniret. Or, il s’est avéré qu’elle a souvent joué un rôle actif aux côtés de son mari. Elle s’est effectivement servie de son statut rassurant de mère de famille pour mettre en confiance les proies de Michel Fourniret. Monique Olivier n’a certes jamais levé la main sur les victimes ou porté le coup fatal mais elle n’était en aucun cas la figurante terrorisée qu’elle voulait laisser paraître. Elle faisait même partie intégrante du film.

Sous ses allures de femme négligée et peu loquace, Monique Olivier  dissimule  une intelligence nettement supérieure à la moyenne qui s’est révélée utile pour faire douter les enquêteurs de sa culpabilité. Elle n’a jamais eu la vie facile puisqu’elle a subi les violences physiques d’un premier mari friand de pratiques sexuelles douteuses. Michel Fourniret qui possède un ego surdimensionné, n’a ensuite cessé de l’humilier sur son manque de culture. Monique Olivier s’est servie de son passé douloureux pour minimiser sa responsabilité dans les meurtres de Michel Fourniret mais ses arguments n’ont pas empêché la justice de la condamner à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 28 ans.

Cette affaire a marqué les esprits au fer rouge et défrayé la chronique. Harold Cobert a relevé le pari risqué de raconter les faits et les interrogatoires d’un des plus célèbres couples du crime contemporain. Il nous immisce dans les pensées sordides de Monique Fourniret, monstre de maîtrise et de froideur, et du commissaire belge qui a lutté pour faire éclater la vérité au grand jour. Les propos prêtés à Monique et Michel Fourniret ainsi qu’aux différents protagonistes de l’affaire relèvent de la pure fiction et les noms des enquêteurs et des victimes ont aussi été modifiés. L’auteur s’appuie néanmoins sur les récits des témoignages et minutes du procès pour raconter le périple et les méfaits du couple, qui en jouant à saute-mouton sur la frontière franco-belge, a suffisamment brouillé les pistes pour passer à travers les mailles du filet pendant plus d’une décennie.

Le lecteur a beau connaître l’épilogue de l’affaire, il lui est difficile de mesurer la partie d’échecs qui s’est déroulée à l’abri des médias et la stratégie mise en oeuvre par le couple et les enquêteurs pour atteindre leurs objectifs respectifs. Harold Cobert met bien en avant la nécessité absolue des policiers de ne pas brusquer « la mésange », au risque de ne jamais connaître la vérité et de devoir classer une des plus monstrueuses affaires jamais connues. Leur patience a été mise à rude épreuve pendant un an, d’autant plus que l’enquête est ralentie par les balbutiements des tests ADN et le manque d’argent pour les réaliser à grande échelle. Ne voulant pas reproduire les erreurs de l’affaire Dutroux, les enquêteurs se sont donnés corps et âme pour placer le couple entre les barreaux, quitte à y laisser leur santé.

Michelle Martin était complice des agissements de Marc Dutroux et l’opinion publique n’avait pas caché son indignation à l’idée qu’une femme puisse faire preuve d’une telle monstruosité. Monique Fourniret lui a rappelé plusieurs années plus tard qu’une mère de famille en apparence ordinaire est capable de commettre le pire avant autant d’assurance et de froideur que ses homologues masculins. Elle va effectivement passer du rang de témoin à celui de complice, voire d’investigatrice. Harold Cobert fait prendre conscience au lecteur que Michel Fourniret n’avait jamais tué avant que son épouse ne participe à ses projets. L’inimaginable devient petit à petit réalité et la frontière de l’horreur est chaque fois repoussée pour donner un coup de projecteur sur un rôle féminin absolument glaçant. Entre roman et document, « La mésange et l’ogresse » se lit comme un polar mais la différence réside dans le fait que ces protagonistes abjects et leurs nombreuses victimes ont bel et bien existé.

Fourstars1

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3 réflexions sur “La mésange et l’ogresse, Harold Cobert

    • mangoandshamallow dit :

      Je connais assez bien l’affaire Fourniret et me suis rendue compte que même si les noms des victimes avaient été changés, l’auteur retrace bien ce qui s’est passé. Par contre, rien ne nous garantit que les pensées et ressentis de Monique Fourniret et des enquêteurs ont été respectés. Je pense même que la part de fiction se trouve principalement là. Quels choix t’ont laissé perplexe ? 🙂

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      • Corentine dit :

        Eh bien dans le choix de préserver certains noms, et d’autres non. Ou bien, les noms des villes, dont on se fout.
        J’ai fait un article sur ce livre dans mon blog où je détaille mon avis si cela t’intéresse 😉

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