Entraves, Alexandra Coin

Emma, Illario et Louise forment une petite famille sans histoire aux yeux de leur entourage mais les apparences sont souvent trompeuses. Ils se sont rencontrés, ont eu le coup de foudre et se sont unis précipitamment pour le meilleur et pour le pire sans avoir pris le temps de bien se connaître. Emma a rapidement déchanté et plongé dans une descente aux enfers au cours de laquelle son mari qui se révèle être un pervers narcissique, prendra un malin plaisir à détruire sa vie. La jeune femme n’en sortira pas indemne puisqu’elle sera internée dans un hôpital psychiatrique.

Leur idylle qui avait pourtant si bien commencé s’est transformée en cauchemar au moment où le Prince Charmant s’est montré sous son vrai jour. Il tient constamment des propos blessants et avilissants à l’égard de sa femme et de sa fille et son besoin insatiable de dominer les autres le conduit à contrôler les dépenses du ménage en ne leur laissant que le strict minimum pour vivre. Illario prend soin de se débarrasser de toutes contraintes puisqu’il ne travaille pas et refuse d’assister son épouse dans la gestion des tâches quotidiennes. Il s’est également assuré d’isoler Emma et Louise du monde extérieur afin d’asseoir son emprise sur la petite famille. Illario est un prédateur semant la destruction sur son passage et sa perversité n’est que la conséquence d’une éducation menée de main de fer par un père violent et humiliant.

A travers ses protagonistes, Alexandra Coin analyse avec finesse la manière dont Emma se retrouve sous l’emprise d’un pervers narcissique. Il propose à sa victime de se confier mais c’est dans le but de mieux s’approprier son histoire. Il semble alors correspondre en tout point à son idéal puisqu’ils partagent les mêmes valeurs, les mêmes goûts et la même philosophie. Au début de la relation, le pervers narcissique s’émerveille de tout ce que sa victime entreprend et ne manque pas une occasion pour louer ses qualités. Il paraît digne de confiance et la personne qui en est tombée amoureuse ne peut décliner sa demande en mariage qui se fait souvent dans la précipitation. Une fois que la victime est engagée dans la relation, le pervers narcissique tombe le masque mais il faudra du temps avant que sa proie ne réalise qu’elle a été prise au piège. La phase de reconstruction ne se fait jamais du jour au lendemain.

On a tendance à croire que les pervers narcissiques jettent exclusivement leur dévolu sur les personnes fragiles. Or, s’il est vrai qu’ils s’en prennent à des cibles présentant une « faille » (perte d’un emploi, difficultés financières, décès d’un proche …),  ils ne peuvent pas se « nourrir » (ne craignons pas de qualifier le pervers narcissique de « vampire émotionnel » !) de l’énergie d’une personne psychologiquement fragile. Ils ne supportent d’ailleurs ni la vulnérabilité ni la maladie alors qu’ils n’ont aucun scrupule à exacerber leurs propres maux pour attirer l’attention de leurs victimes. A ce propos, ces dernières se caractérisent souvent par une volonté irrépressible d’aider les autres. Elles se placent alors en position de sauveur et se sentent attirées par les personnes qui semblent avoir besoin de soutien et de réconfort. Emma souffre aussi d’une profonde dépendance affective.

Le récit en lui-même m’a fait l’effet d’un uppercut. Seulement, je n’ai pas lu ce roman de la même manière que les autres thrillers dans la mesure où plus le temps passe et plus je suis convaincue que ma meilleure amie s’apprête à épouser un manipulateur invétéré. Je n’ai pas les compétences nécessaires pour affirmer que son conjoint est un pervers narcissique mais j’ai reconnu en lui certains traits de personnalité d’Illario. Ma meilleure amie semble aussi avoir toutes les caractéristiques de la cible idéale. Le lecteur ressent qu’Alexandra Coin s’est suffisamment documentée pour retranscrire avec réalisme la manière dont les pervers narcissiques tissent leur toile pour mieux contrôler leurs victimes et la lente descente aux enfers de ceux qui tombent dans leurs filets.

Le parcours d’Emma me trotte encore dans la tête avec la même intensité que celle que j’ai ressentie au moment où j’ai tourné la dernière page mais « Entraves » aurait été un coup de cœur AB-SO-LU si l’auteure avait davantage abordé le ressenti des proches des victimes. La mère d’Emma n’est pas dupe de la mise en scène qui se joue contre sa fille et la prévient maintes fois du danger. Seulement, la jeune femme qui refuse de voir la réalité en face, adopte l’attitude propre à toutes les cibles des pervers narcissiques. Les proches souffrent de se sentir impuissants face à la situation et Alexandra Coin n’a pas suffisamment mis l’accent sur le désarroi de l’entourage. « Entraves » reste une lecture indispensable pour ceux et celles qui souhaitent comprendre les rouages de la manipulation. Les petits curieux qui se plongeront dans l’histoire d’Emma n’en ressortiront pas non plus indemnes puisque le récit nous fait prendre conscience que personne n’est à l’abri de vivre une relation toxique.

FiveStars1

 

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