La véritable histoire des contes de fées : Ce que Walt ne nous a jamais dit, Julie Grêde

J’ai été ravie de replonger dans l’univers de Walt Disney, même si je n’ai pas caché mon appréhension de revenir sur un sujet que j’estime maîtriser. Je ne prétends pas détenir des connaissances infaillibles mais mon fort intérêt pour les œuvres de Perrault, d’Andersen et des frères Grimm m’a amené à lire des ouvrages portant sur la psychanalyse des contes de fées. J’ai d’ailleurs été littéralement captivée par l’ouvrage de Bruno Bettelheim que j’ai lu plusieurs fois en l’espace de trois ans et n’ai pas manqué de regarder des reportages sur la vie de Walt Disney. Je me demandais alors si le livre de Julie Grêde allait m’en apprendre davantage sur l’univers des contes et des dessins animés du Studio. Il s’est avéré que la crainte de m’ennuyer à la lecture de ce nouvel ouvrage n’était pas fondée puisque j’ai découvert l’existence de certains détails dont je n’avais jamais entendu parler. Je dirais même que ce livre est une mine d’or pouvant facilement plaire aux amateurs chevronnés qui se délecteront des anecdotes croustillantes disséminées tout au long du récit. Il est aussi tout à fait susceptible de convenir aux novices qui n’ont pas à craindre de s’égarer dans les explications de Walt Disney tant celles-ci sont détaillées.

La structure du récit est très particulière puisqu’elle est présentée comme une série de conférences animées par Walt Disney en personne. Ce séminaire a lieu au paradis face à un auditoire pour le moins singulier. Son aspect documentaire est d’ailleurs parfaitement maîtrisé. Le livre est séparé en 14 chapitres qui correspondent aux heures de conférences dispensées par Walt au sein des desquels chacun a pour thème un conte repris par l’artiste. Il présente alors les œuvres qui ont inspiré les dessins animés, les édulcorations qui ont été choisies pour adoucir des récits souvent empreints de noirceur, la façon dont chaque film a été accueilli à sa sortie par la presse et le grand public et même la manière dont les dessins animés ont eux-même inspiré des films plus contemporains ou de nouvelles adaptations de contes. Walt ne manque pas de raconter avec précision la version originale de chaque conte pour les lecteurs qui ne maîtrisent pas en profondeur ce genre littéraire. A chaque chapitre, il parle également des productions qui ne sont pas inspirées des contes de fées en nous livrant des fiches techniques au contenu plutôt dense.

Le livre qui est franchement intéressant a relevé haut la main le pari de toucher un très large public. Il n’est toutefois pas exempt de défauts qui, sans m’avoir gâché le plaisir de la lecture, ont quelque peu titillé mon esprit critique. L’idée du documentaire-fiction a aussi ses points faibles puisqu’il peut être dérangeant de faire parler un Walt Disney qui n’est plus de ce monde pour pouvoir témoigner. L’auteure se permet de donner des impressions sur ses films comme si l’artiste avait pensé mot pour mot ce qu’elle écrit dans son livre. Des interviews nous permettent de savoir ce que Walt a pensé de ses productions mais je ne suis pas certaine que tous ses avis aient été respectés. Je suis un peu gênée que Julie Grêde ait prêté à un défunt des paroles qui ne sont pas de lui, même si elles s’inscrivent dans un cadre fictionnel. Elle exprime aussi le point de vue de l’artiste sur des dessins animés qui ont été réalisés après sa mort et des films qui se sont largement inspirés de ses productions. Or, qui peut prétendre savoir ce qu’il aurait pensé de Raiponce, La Reine des Neiges ou d’Once Upon a Time ?

Je n’ai pas non plus apprécié la posture de Julie Grêde à l’égard de la personnalité de l’artiste. Elle s’est contentée d’aborder succinctement son caractère irascible et ses tendances dépressives mais il est assez aisé pour le lecteur d’en comprendre la raison. Le conférencier est Walt Disney lui-même et ne peut donc que minimiser ses propres défauts. Or, il pouvait se montrer inflexible à l’égard de ses employés et particulièrement désagréable avec ses proches. Son attitude a aussi été fortement controversée pendant la Seconde Guerre Mondiale. La presse a certes reproché à Walt Disney d’avoir édulcoré les contes européens mais le lecteur peut aussi regretter que Julie Grêde n’ait pas dépeint plus fidèlement la personnalité contestée de l’artiste.

L’auteure lui fait parfois employer un vocabulaire totalement inapproprié. Elle a probablement voulu moderniser son personnage mais qualifier la Belle de « princesse badass » ne correspond pas du tout à l’image que nous connaissons de lui. Walt Disney était effectivement décrit comme un conservateur convaincu. Je tiens aussi à préciser que je n’ai pas apprécié certains personnages ayant assisté au séminaire de Walt. Le cliché de l’asiatique portant un sweat à capuche et se comportant comme un geek m’a fait grincer des dents. La présence de Miss Lily est absolument dispensable et l’intervention de Valérie Benguigui sans grand intérêt (pourquoi est-elle présente à cette conférence ?).

Certains d’entre eux ont une bonne raison d’assister au séminaire et je pense surtout à Robin Williams qui a prêté sa voix au Génie dans Aladdin et incarné le rôle de Peter Pan adulte dans le mémorable Hook. Je regrette seulement qu’il n’ait pas toujours été utilisé à bon escient. Il intervient pour résumer le scénario d’un dessin animé à la place de Walt Disney en imitant l’accent belge et manifestant des propos humoristiques qui ne lui ressemblent pas. Néanmoins, je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en lisant les répliques du sosie de Bill Gates qui ne se lasse jamais de parler d’argent et de saluer la présence de Juliette qui rêve du prince charmant. Certains aspects du livre ne m’ont certes pas convaincu mais j’ai été très réceptive à son récit parfaitement documenté, concis et accessible à un grand nombre de lecteurs.

Fourstars1

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4 réflexions sur “La véritable histoire des contes de fées : Ce que Walt ne nous a jamais dit, Julie Grêde

  1. lepetitratdesbooks dit :

    J’ai beaucoup aimé aussi « Psychanalyse des contes de fées » de Bruno Bettelheim! C’est vrai qu’entre les versions originales et les versions Disney il y a parfois un gouffre immense! Je crois que celui qui m’avait le plus choqué c’est la véritable histoire de La Petite Sirène qui est tellement triste et dure dans sa version originale!

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    • mangoandshamallow dit :

      Walt Disney a certes beaucoup édulcoré le conte de la Petite Sirène qui, comme nous le savons tous, se finit de manière tragique. Certaines productions Disney n’ont aussi quasiment rien à voir avec la version originale … l’exemple le plus fragrant est La Reine des Neiges (c’est ce que nous apprend Julie Grêde 🙂 ). Si le sujet t’intéresse, je t’encourage à lire son livre, même si quelques aspects m’ont un peu chagriné.

      Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      En tant qu’ancienne étudiante en psycho, ça ne m’étonne pas du tout que tu en aies entendu parlé maintes fois 🙂 Il est franchement intéressant et puis, ça te rappellera des souvenirs 😉

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