Ne pars pas sans moi, Gilly MacMillan

Rachel et son petit garçon de 8 ans profitent d’une belle journée d’octobre pour se promener dans la forêt. La jeune femme l’autorise à partir quelques mètres devant elle pour qu’il puisse s’amuser mais une fois arrivée au bout du chemin, l’angoisse la saisit immédiatement à la gorge : Ben a disparu. Après avoir donné une conférence de presse désastreuse, les médias s’acharnent sur Rachel en l’accusant ouvertement d’être responsable de la disparition de son fils. La police se lance dans une véritable course contre la montre pour retrouver le petit garçon alors que sa mère lutte tant bien que mal contre la culpabilité, la peur et le désespoir. Meurtrie par la violence de ceux qui la désignent coupable, elle ne sait plus quelle attitude adopter : doit-elle patiemment attendre que les forces de l’ordre lui ramènent son fils ou se laisser guider par son instinct et partir elle-même à sa recherche ?

J’ai déjà été amenée à lire des thrillers portant sur la disparition d’enfants mais ce roman est sans nul doute celui qui m’a le plus touché. Le résumé de la quatrième de couverture est trompeur dans la mesure où Rachel ne partira pas à la recherche de son fils. Seulement, je ne me souviens pas avoir lu un récit aussi pragmatique sur le sujet, au point d’avoir manqué de lever les bras au ciel en félicitant intérieurement l’auteure d’avoir retranscrit avec autant de finesse et de sobriété les réactions de tous les protagonistes. Le public et la presse ne se montrent pas tendres à l’égard de Rachel (c’est le moins que l’on puisse dire !) pour la simple raison qu’elle ne renvoie pas l’image que nous nous faisons d’une mère éplorée. Son attitude pétrie de contradictions est absolument bouleversante mais Gilly MacMillan a eu aussi l’intelligence de nous montrer à quel point tout l’entourage du petit garçon a été impacté par sa disparition.

Le quotidien des enquêteurs se révèle également particulièrement éprouvant dans la mesure où ils sont bien conscients que chaque seconde compte pour espérer retrouver Ben sain et sauf. Ils prennent sur eux, mettent leur vie personnelle entre parenthèses pour mener à bien les affaires qui leur sont confiées. La réalité du terrain dépeinte par Gilly MacMillan est donc nettement moins édulcorée qu’un scénario de série américaine. Jim est aussi loin de correspondre au stéréotype du policier bourru et torturé. Il sortira traumatisé de cette affaire et se lancera même dans des séances de psychothérapie pour retrouver le chemin de la sérénité. Le lecteur ne peut aussi que déplorer les dommages collatéraux provoqués par une machine médiatique impitoyable qui désigne immédiatement Rachel comme la suspecte idéale. Son attitude agressive à l’égard du ravisseur lors de la conférence de presse prouve aux yeux des journalistes qu’elle serait capable de commettre le pire. De parfaits anonymes, sous couverts de l’impunité régnant sur la Toile, se déchaînent et chacun y va alors de sa théorie pour spéculer sur ce qui s’est passé dans les bois le jour de la disparition de Ben.

La lecture n’a pas toujours été facile car l’auteure nous fait prendre conscience que nous pourrions réagir comme ceux qui jugent sans connaître et se permettent de propager des propos haineux sur la Toile. Ils se sentent en sécurité derrière leur pseudonyme alors que les victimes qui ont perdu l’anonymat, souffrent avec autant de violence que si elles recevaient des coups de poignard. Je reconnais que le récit traîne parfois en longueur parce que Rachel, reléguée au rang de spectatrice, ne peut qu’attendre en repassant dans sa tête les heures qui ont précédé la disparition de son fils. Seulement, qui ne ressasserait pas à sa place ? Ses pensées tournent en rond et peuvent agacer le lecteur qui aimerait peut-être suivre un personnage plus entreprenant. Je vous recommande d’ailleurs à ne pas vous attendre à un récit riche en rebondissements, même si l’auteure nous surprend avec quelques twists qui contribuent à nous tenir en haleine jusqu’au dénouement final. La résolution de l’enquête n’est pas non plus éclatante mais je ne pense pas que ce soit le plus important. Je souhaitais avant tout que l’auteure nous maintienne dans cette ambiance si réaliste et le pari a été relevé haut la main.

FiveStars1

 

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2 réflexions sur “Ne pars pas sans moi, Gilly MacMillan

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