Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

Lucie a choisi la voie royale en intégrant des études en Khâgne. Elle éprouve toutefois de réelles difficultés à suivre le rythme intensif des classes préparatoires. Elle s’interroge sur son avenir, ne sait quel chemin emprunter pour donner un sens à sa vie mais l’amitié qu’elle entretient avec Mathilde contribuera fortement à lui faire choisir une voie pour le moins surprenante. Lucie décide de consacrer sa vie à Dieu en intégrant un couvent et se heurte à l’incompréhension de sa mère et de son amie d’enfance qui imaginaient une vie plus ambitieuse pour la jeune fille promise à un avenir brillant. Lucie a subi l’influence d’un ami de son père, le Père Simon, qui a réussi à la convaincre d’entrer dans les ordres. L’auteure pose les bases de l’embrigadement religieux et pointe du doigt les raisons pour lesquelles Lucie a fait le choix radical d’épouser le Seigneur : l’absence de figure paternelle, un burn-out lié aux difficultés qu’elle a rencontrées en classe préparatoire, l’ambition de sa mère qui rêve d’un avenir brillant pour sa fille unique et sa relation avec un modèle convaincu par les codes régissant l’administration religieuse.

Le lecteur suit ainsi le parcours de Lucie, devenue Soeur Marie-Lucie, qui découvre que la vie au couvent n’est pas aussi rose qu’elle le pensait. La jeune novice va devoir se plier au règlement strict, souvent absurde, de l’institution tout en apprenant à jongler avec les amitiés et les conflits des unes et des autres nourries par leurs ambitions. La foi impose aux sœurs d’être constamment soumises à Dieu mais Lucie qui n’est pas dotée d’un caractère docile, se heurte à de nombreux obstacles au cours de ces dix années passées dans la congrégation. Je ne connais pas grand-chose de la vie ecclésiastique, aussi ai-je été intriguée parfois à lire Maëlle Guillaud qui évoque par exemple les plats particulièrement copieux servis par les sœurs. L’abondance de nourriture est telle que les temps consacrés aux repas sont rapidement devenus une torture pour Lucie. La hiérarchie veille toutefois à ce qu’elles finissent leurs assiettes pour que chacune pèse les 75 kg réglementaires. J’avais du mal à croire que les sœurs puissent être soumises à un règlement aussi cruel mais j’en ai eu le souffle coupé en découvrant que l’auteure avait consacré 20 ans de sa vie à l’étude de la vie monacale.

Il n’a pas été facile pour moi de me plonger dans un récit traitant de vocation religieuse mais je reconnais aussi qu’il m’a réservé de beaux moments d’émotion. J’ai été touchée par la foi naïve de Lucie, sa quête de sens, ses interrogations et l’incertitude à laquelle elle a été confrontée lorsque l’adversité la poussait à renoncer. Je me suis également identifiée à Juliette dont les témoignages démontrent à quel point elle ne peut se résoudre à l’idée que sa meilleure amie ait choisi cette voie si austère. Comment une jeune fille de notre époque peut tout délaisser pour s’enfermer de son plein gré entre quatre murs, se considérer épouse de Dieu et partager son temps entre la prière et les tâches domestiques de la congrégation religieuse ? Elle vit le choix de Lucie comme un abandon et chaque visite au parloir du couvent ne fait que croître sa colère.

En ce qui me concerne, j’ai blâmé la froideur de la jeune femme à l’égard de sa mère et de son amie, le comportement qu’elle adopte avec les novices, reproduisant ainsi les humiliations dont elle-même a été victime quelques années auparavant. Le lecteur ne peut que se rendre à l’évidence qu’elle a été conditionnée par la congrégation. Les codes de l’institution religieuse ont endurci le cœur de Lucie aussi violemment que si elle avait été incarcérée. J’ai aussi été sensible à la description des jeux de pouvoirs et des manipulations se déroulant au sein du couvent. Le comportement douteux des sœurs est bien éloigné de l’image que je me faisais des religieuses. J’ai suivi des cours de catéchisme avant de choisir de ne plus croire en Dieu et mon regard objectif sur la question m’a permis d’y voir une dénonciation contre les ordres ecclésiastiques. Je n’ai pas été choquée par le message de Maëlle Guillaud puisque je considère moi-même qu’un certain nombre de pratiques (celles que je connais) n’ont plus lieu d’être aujourd’hui.

A l’heure où l’embrigadement religieux est au cœur des préoccupations des politiques, le roman résonne comme un écho à l’actualité internationale. En posant la question de la foi, l’auteure nous interroge sur ses limites : jusqu’où peut-on aller ? Que peut-on accepter ? Maëlle Guillaud n’a pas choisi la voie de la facilité pour écrire son premier roman. Le sujet est parfaitement maîtrisé mais j’aurais apprécié qu’elle insiste davantage sur le ressenti des proches de Lucie qui se sentent démunis face à sa vocation. Certaines longueurs viennent alourdir un récit qui lassera certainement des lecteurs mais je ne peux que le recommander, ne serait-ce que pour ouvrir les yeux sur un univers méconnu.

Fourstars1

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4 réflexions sur “Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud

    • mangoandshamallow dit :

      Tu peux y aller les yeux fermés si tu n’es pas rebutée par les discours religieux qui sont omniprésents dans le récit. En tout cas, je ne m’attendais pas à apprécier autant ma lecture 🙂

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      • mangoandshamallow dit :

        Le sujet est intéressant mais il ne faut pas non plus que ce soit trop « lourd » 🙂 Si l’auteure était entrée à fond dans les détails sur la religion, je pense que j’aurais abandonné ma lecture. Le récit est instructif mais jamais indigeste.

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