Le chuchoteur, Donato Carrisi

Je chuchoterai volontiers à l’oreille de tout amateur de thrillers que Donato Carrisi a réussi un coup de maître avec son premier roman. Comment peut-on encore avoir foi en l’humanité après avoir été immergé au cœur de l’horreur pendant plus de 500 pages ? Les policiers enquêtent sur la disparition de cinq petites filles et soupçonne en premier lieu la présence d’un prédateur sexuel dans les parages. Leurs recherches piétinent et plus le temps passe, moins ils auront de chances de conclure l’enquête sur une fin heureuse. Ils ne se faisaient pas d’illusions mais ne s’attendaient certainement pas à découvrir cinq bras de fillettes enfouis dans une fosse commune. Leur stupéfaction est d’autant plus grande qu’ils déterrent sur les lieux du crime, un sixième bras, appartenant vraisemblablement à une autre victime dont personne ne connaît l’existence.

Une équipe du département des sciences du comportement est alors en charge de l’affaire. A sa tête, Goran Gavila, dont la réputation n’est plus à faire et sous ses ordres, une petite poignée de flics aguerris qui ne sait néanmoins plus où donner de la tête pour se lancer sur la piste de l’insaisissable tueur en série. La présence du sixième bras change la donne puisqu’il s’agit désormais de révéler au grand jour l’identité de la fillette inconnue. L’équipe qui se sent complètement dépassée par les événements décide alors de faire appel à une aide extérieure en la personne de Mila Vasquez, jeune policière au palmarès prestigieux, dont la spécialité consiste justement à retrouver les personnes portées disparues. Elle applique des méthodes qui ne s’embarrassent pas de protocoles et préfère écouter son instinct, même si les chemins empruntés mettent sa vie en péril.

Sa façon de procéder est loin de faire l’unanimité au sein de l’équipe mais ils n’ont pas d’autre choix que d’allier leur pugnacité pour déjouer les plans d’un adversaire invisible, qui prend un malin plaisir à distiller des indices, plus macabres les uns que les autres, pour mieux mener les forces de l’ordre par le bout du nez. Je préfère ne pas en dire davantage pour ne rien déflorer de cette intrigue, qui selon moi, a pour principal point fort de conserver un rythme effréné pendant 560 pages. Donato Carrisi ne laisse aucun répit au lecteur car chaque élément de l’enquête finit par trouver sa place dans le machiavélique puzzle concocté par le tueur en série. Il suit parfois le fil de l’intrigue sans savoir où l’auteur veut en venir mais ne vous y détrompez pas, aucun fait relaté dans le cours du récit n’est le fruit du hasard. Tous les événements viennent effectivement s’assembler comme les rouages d’un mécanisme parfaitement huilé.

L’intrigue semble avoir été conçue sur le modèle d’un scénario de série américaine au cours duquel l’équipe de policiers démêle les ficelles d’une affaire glauque à souhait en mettant à profit leurs compétences pour appréhender les méthodes et la personnalité du serial killer. Le déroulement de l’enquête et l’écriture scénaristique de Donato Carrisi m’ont donné l’impression de suivre un excellent épisode d’Esprits Criminels. Je me suis totalement laissée porter par l’intrigue mais je me serais volontiers passée de l’intervention de la medium constituant alors l’ultime recours pour faire avancer l’enquête.

Seulement, on ressent dans la construction du récit que Donato Carrisi a étudié la criminologie, même s’il lui arrive de faire des généralités sur la psychologie des tueurs en série. Il met aussi en scène un criminel qui, en faisant preuve d’une perversité inouïe, le distingue nettement des autres psychopathes rencontrés dans la littérature policière. Il est effectivement l’incarnation d’un mal absolu qui est prêt à commettre les actes les plus sordides pour mener à bien un plan au sein duquel il s’amuse à manipuler les enquêteurs avec l’aisance d’un marionnettiste.

Le personnage de Mila Vasquez a aussi particulièrement suscité mon intérêt pour son caractère anti-conformiste. Elle n’hésite pas à se mettre en danger au cours de ses interventions musclées parce qu’elle estime ne plus rien avoir à perdre. Elle commet parfois des erreurs mais elle est la seule à tenter de lutter contre l’irrésistible influence du chuchoteur. Quel est l’ultime point fort du roman ? Donato Carrisi ajoute une dimension politique à une intrigue déjà complexe. Le corps de commandement de la police résiste tant bien que mal à la pression exercée par les médias et les politiques. Les hommes de terrain ne sont guère mieux lotis que leurs supérieurs hiérarchiques puisqu’ils doivent résoudre une affaire épineuse en disposant de pistes bien minces et lutter quotidiennement pour préserver leur crédibilité et leur poste. Embarqués dans une enquête insoluble, le lecteur n’a rien pour se raccrocher et les personnages sont voués à porter les stigmates de ce déferlement de violence . La fin laisse d’ailleurs présager que les protagonistes ne sont pas encore au bout de leurs surprises.

FiveStars1

 

 

 

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4 réflexions sur “Le chuchoteur, Donato Carrisi

  1. Corentine dit :

    J’ai aussi beaucoup aimé ce roman, très bien construit et au rythme haletant. Par contre, je trouve les motivations du « tueur » un peu légères, pour ne pas dire inexistantes, et c’est dommage. Et puis, le rebondissement autour de Goran (son fils etc.) est…un peu tiré par les cheveux, non ?
    Bref, un très bon thriller tout de même qui m’a donné envie de poursuivre avec cet auteur 🙂

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      Je ne pense pas qu’il ait de réelles motivations. Le chuchoteur, ne serait-ce que par son rôle, est tout simplement sadique. C’est aussi un pervers narcissique. Je suis restée bouche bée en découvrant ce qui se tramait autour du fils de Gavila Goran mais j’avais déjà eu affaire récemment à ce type de dénouement. « Le chuchoteur » a été un coup de cœur pour moi et je me suis donc précipitée pour me procurer « La fille dans le brouillard ». J’ai aussi bien l’intention de lire « L’écorchée » dans quelques temps.
      J’ai vu sur ton blog que tu lisais en ce moment « La mésange et l’ogresse ». Le roman m’intrigue et j’ai hâte de connaître ton avis.

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