Mes premières années d’expérience professionnelle : l’heure du bilan

Je suis certainement trop pudique pour parler ouvertement de mon expérience personnelle sur le blog mais j’ai décidé aujourd’hui de faire une exception, après avoir réalisé que je « fêtais » en 2016, ma troisième année d’expérience professionnelle. Je ne me suis jamais bercée d’illusions mais je ne pensais pas que le marché de l’emploi évoluait dans un environnement aussi hostile. En effet, l’entrée dans la vie active se fait rarement en douceur. Je cumule les CDD (de longue durée) depuis que j’ai terminé mes études mais j’estime que ma situation n’est pas suffisamment critique pour que je me plaigne à longueur de journée. Je n’ai vécu qu’une très brève période de chômage depuis que j’ai quitté les bancs de l’IAE de Grenoble. Seulement, je m’abstiendrai de sauter au plafond car je ne suis qu’aux prémices de ma carrière. J’ignore ce que me réserve l’avenir mais je pense avoir tiré certaines leçons de mes premières années d’expérience. Un rapide tour d’horizon s’impose …

La première expérience professionnelle est rarement synonyme de souvenirs réjouissants. Tous les jeunes diplômés ne vivent pas un calvaire en intégrant le marché du travail mais rares sont ceux qui font preuve d’enthousiasme en racontant leurs débuts dans la vie active. Je fais partie de ceux qui gardent un souvenir amer de leur première expérience professionnelle car après avoir obtenu un master 2 en Management des Ressources Humaines, j’ai signé avec euphorie un premier contrat qui ne laissait guère présager que j’allais effectuer les tâches les plus ingrates du service RH.

On prétendait que je n’avais pas suffisamment d’expérience pour mener des entretiens alors que j’en avais réalisé une quarantaine au cours de mon stage de fin d’études. Je passais donc mes journées à « chasser le mouton à cinq pattes » sur les jobboards et réseaux sociaux sans qu’on ne m’ait laissé prendre la moindre initiative sur la suite du processus de recrutement. J’étais payée au SMIC mais ma collègue ne manquait de me rappeler que je pouvais déjà m’estimer heureuse de travailler et percevoir un salaire. Elle prenait aussi un malin plaisir à m’humilier pendant les réunions et à faire courir des rumeurs sur mon compte. Le responsable des ressources humaines ne prenait jamais ma défense parce qu’il n’assumait tout simplement pas ses fonctions de manager (son laxisme ne constituait malheureusement pas l’unique preuve de son incompétence).

Quelle a été ma réaction lorsqu’on m’a annoncé que mon CDD de 6 mois ne pouvait être renouvelé faute de budget ? J’en ai pleuré de soulagement. Je pouvais enfin tirer un trait sur ce calvaire et envisager l’avenir plus sereinement. Cette mauvaise expérience a sans nul doute contribué à forger mon caractère mais j’aurais tort d’affirmer que j’en suis sortie indemne. Je n’ai plus postulé dans les ressources humaines et je ne suis pas sûre que j’y retournerai un jour.

La réalité du marché du travail se charge de nous remettre les pieds sur terre. J’exerce en tant que conseillère en insertion professionnelle depuis deux ans et même si je reconnais ne pas avoir la boule au ventre en allant au travail, je ne peux toutefois prétendre que je me suis tournée vers ce métier par vocation. Je ne regrette pas mon choix mais je n’ai pas la fibre sociale. Si la raison n’avait pas tué la voix du cœur, je n’aurais travaillé ni dans les ressources humaines ni dans l’insertion professionnelle. Je me serais certainement orientée vers le secteur de l’édition et du livre.

J’avais la possibilité de poursuivre mes études de lettres mais pourquoi y ai-je renoncé ? Les débouchés sont si faibles que j’ai préféré me réorienter vers un secteur plus prometteur. Les ressources humaines ne recrutent plus à tour de bras mais j’étais conscience que j’augmentais mes chances de trouver un emploi en choisissant cette voie. Quelle leçon ai-je pu en tirer ? On fait souvent ce qu’on peut, non pas ce qu’on veut. Vous rêviez peut-être de gagner 2000 euros par mois après avoir brillamment décroché votre master RH. En réalité, vous pourrez déjà vous réjouir si votre premier salaire s’élève à 1400 euros net.

Il y a toujours des avantages et inconvénients. Qui n’a jamais idéalisé un métier ? J’ai longtemps fantasmé sur l’enseignement avant de donner des cours de soutien scolaire à des collégiens pendant huit mois. Cette expérience m’a fait prendre conscience que je n’avais pas la vocation pour devenir professeur de français. Je ne concevais pas de commencer ma carrière dans des établissements scolaires réputés difficiles car personne n’ignore que les diplômés du CAPES sont en premier lieu mutés pour enseigner dans les quartiers sensibles. Le métier comportait surtout des inconvénients que je ne me sentais pas de surmonter.

Je n’ai pas les yeux qui brillent en me levant le matin pour aller au travail. En revanche, j’ai appris à composer avec les points forts et faiblesses du métier de conseillère en insertion. J’aime créer et animer des ateliers collectifs portant sur l’orientation et la recherche d’emploi, je m’entends bien avec la grande majorité de mes collègues et je parviens sans mal à trouver un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle.

Je pousse parfois de sérieux coups de gueule parce qu’accompagner un public en difficulté n’est pas tous les jours une partie de plaisir. Ils peuvent se montrer déstabilisants, insolents voire agressifs et ce n’est pas toujours chose facile de garder son sang froid en toutes circonstances. Mon métier génère parfois des conflits de valeur que la conscience professionnelle se charge bien de faire taire. Je ne m’attends pas non plus à vivre une évolution de carrière fulgurante et ne risque pas de faire fortune en travaillant dans le social. J’y trouve mon compte aujourd’hui mais ce ne sera probablement plus le cas dans quelques années. Seul l’avenir le dira …

 

 

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4 réflexions sur “Mes premières années d’expérience professionnelle : l’heure du bilan

  1. Corentine dit :

    Ton article résonne en moi…Je l’ai lu avec beaucoup de tristesse.
    Comme toi je me suis orientée vers les RH pour avoir plus de chance de décrocher un travail, pourtant je pensais que ce secteur me plairait, la dynamique de l’entreprise, le côté humain du métier sur le papier…Mais en sortant d’un cursus de 4 ans en psychologie j’ai rapidement déchanté. J’ai quand même obtenu mon Master, ai travaillé 3 ans dans une TPE hyper cool, j’étais en CDI, j’avais des collègues sympas et des boss au top mais…je m’ennuyais à mourir, allais au boulot sans aucun enthousiasme, n’avais aucune motivation, aucune ambition…je ne m’y retrouvais pas. Je me suis plantée sur toute la ligne dans mes études, depuis le début, je le sais.
    Et puis un projet a mûri dans ma tête. J’aime la littérature, j’aime écrire, j’aime l’orthographe, j’aime travailler seule, alors je me suis lancée récemment en indépendante en tant que correctrice. Les débuts sont difficiles, surtout que je suis maman au foyer, mais au moins je ne me force pas, je ne m’oblige pas à travailler parce qu’il le faut bien. Mon avenir n’est pas forcément plus certain mais au moins plus lumineux, je crois…

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  2. mangoandshamallow dit :

    Ce n’est pas simple de trouver sa voie et les mentalités, la crise n’arrangent pas la situation. Mon stage de fin d’études s’est tellement bien passé que je n’ai rien vu venir. Il a fallu attendre que je signe mon premier CDD au sein de la même entreprise pour que le « rêve » vire au cauchemar. Auparavant, j’avais travaillé dans l’intérim et cette expérience ne m’a pas du tout convenu. L’insertion professionnelle me plaît davantage, même s’il y a souvent des hauts et des bas, mais je reconnais aussi que je supporte de moins en moins le public que j’accompagne. Il est trop exigeant envers les autres, passif et manque de savoir-vivre. Ils ne sont pas tous comme ça mais il y en a tout de même beaucoup …

    Ton avenir n’est pas plus certain mais tu fais quelque chose qui te plaît. Si c’était à refaire, je n’aurais pas suivi ce parcours mais maintenant que j’y suis, j’y reste. J’ai fait ce que j’appelle un choix « raisonnable » et j’assume. J’aimerais beaucoup « changer de vie » mais les débouchés dans les métiers du livre ne sont pas suffisamment élevés pour que je prenne le risque de tout laisser tomber. Je changerai peut-être d’avis (je ne travaille que depuis 3 ans, la route est encore longue) mais pour le moment, je ne suis pas prête.

    Je te remercie d’avoir commenté parce que ça rassure toujours de voir que des personnes ayant choisi cette voie ressentent les mêmes choses. Je remarque que nous sommes nombreux à déchanter dans le secteur des RH (dans ma promotion de master, les désillusions sont grandes).

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    • Corentine dit :

      Je suis passée par la case Interim aussi…je crois que ça ne plaît pas à beaucoup de monde ce milieu d’ailleurs.
      Je trouve ça triste d’être déjà lassée de son travail si jeune, surtout après un certain nombre d’années d’études. Et puis c’est difficile de se reconvertir dans les RH, il n’y a pas trop le choix. C’est pour ça que j’ai tout quitté, je me dis qu’il vaut mieux faire ça le plus vite possible, après tout est plus difficile….

      De toute manière, quel que soit le métier, quel soit le secteur, la désillusions sont, à notre époque, beaucoup trop fréquentes…

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      • mangoandshamallow dit :

        Je vois surtout des offres de chargé(e) de recrutement en agence d’intérim sur les jobboards mais je t’avoue que je ne souhaite pas y retourner. C’est un peu triste d’être déjà lassée de son job mais il y en a combien qui se lèvent le matin sans avoir envie de sauter au plafond … Tu as aussi tout à fait raison en disant que quelque soit le secteur, les désillusions sont grandes à notre époque. En tout temps, le job idéal n’a jamais existé. Du moment qu’on ne regrette pas son choix d’avoir tout quitté, c’est l’essentiel. Si tu te sens mieux, tu n’as pas besoin de te poser des centaines de questions. Tu as tout simplement fait le BON choix 🙂

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