Horrorstör, Grady Hendrix

Orsk, la grande chaîne de meubles en kit qui donne bien du fil à retordre à son concurrent suédois, est subitement devenue le théâtre de phénomènes inexpliqués. A l’ouverture du magasin, les employés ne font que constater jour après jour qu’il y règne un chaos indescriptible. Les meubles sont renversés, fracassés et les murs recouverts d’une substance gluante que personne n’est en mesure d’identifier. La situation ne peut durer plus longtemps sans mettre en péril le fonctionnement de cette entreprise florissante.

Basil, le responsable de magasin perfectionniste et soucieux de représenter au mieux l’image de l’enseigne, décide alors de mener l’enquête. Il convoque en toute discrétion Amy et Ruth Ann, une caissière qui travaille depuis plus de vingt ans pour Orsk, afin de leur confier une mission de la plus haute importance. Les deux salariées devront passer la nuit dans le magasin afin de découvrir qui est à l’origine de toutes ces dégradations. Elles sont soutenues par deux autres collégues qui, pris dans un élan de solidarité, se proposent de les accompagner dans leur enquête. Cette dernière ne se déroulant pas comme prévu, les protagonistes se retrouveront rapidement plongés au cœur de l’horreur.

Les lecteurs qui n’osent pas se lancer dans les récits horrifiques par crainte qu’ils ne soient à l’origine d’une succession de nuit blanches, peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Je n’aurais toutefois pas aimé arpenter les allées désertes et obscures d’un magasin qui est à lui seul l’incarnation d’un cauchemar. Je déteste flâner à Ikea pour plusieurs raisons. Je ne supporte pas de piétiner dans ses allées bondées et surchauffées (si tu veux mourir de déshydratation, la destination est toute trouvée) mais il m’est surtout difficile de devoir faire tout le tour du magasin pour être délivrée de ce calvaire. Je n’aurais pas eu besoin d’être témoin de phénomènes surnaturels pour que mes nerfs ne sortent pas indemnes de cette nuit passée dans les allées labyrinthiques d’un magasin conçu sur le modèle d’Ikea. Le récit ne m’a malheureusement pas procuré le moindre frisson mais je n’ai pas pu m’empêcher de saluer l’audace de l’auteur qui dénonce explicitement la façon dont les grandes enseignes déshumanisent leurs employés et conditionnent l’esprit du client (il n’a pas l’intention d’acheter mais ressort rarement du magasin les mains vides).

Quel est l’autre point fort de « Horrorstör » ? Il est difficile de passer à côté du caractère bien trempé du personnage principal. Amy est une jeune femme désabusée qui n’a d’autre choix que de travailler chez Orsk après avoir arrêté ses études. Elle ne porte pas un regard optimiste sur son avenir professionnel mais sa priorité absolue reste de pouvoir payer son loyer si elle ne veut pas retourner vivre dans le mobil-home de sa mère. A travers son parcours chaotique, l’auteur aborde les désillusions et les conditions de travail de la jeune génération mais le personnage d’Amy aurait mérité d’être davantage exploité. Le lecteur en apprend aussi si peu sur les autres protagonistes qu’il lui est difficile de compatir à leur sort.

Je reconnais que la première partie du roman m’a séduite pour son atmosphère anxiogène. Mon imagination tournait à plein régime jusqu’à ce que l’intrigue prenne un autre tournant et bascule subitement dans l’horreur et le fantastique. La peur amenée de façon suggestive est celle qui me procure le plus d’effets et en accumulant les descriptions glauques, l’auteur a fait retomber la tension comme un soufflet. Les explications fantaisistes qui nous ont été fournies pour éclaircir le mystère ont contribué à confirmer mon ressenti mitigé. On peut difficilement reprocher à Grady Hendrix de manquer de créativité et le format très original du roman (il fait explicitement référence au traditionnel catalogue Ikea) constitue la cerise sur le gâteau. En revanche, les aventures cauchemardesques d’Amy et de ses collégues ne laisseront pas un souvenir impérissable dans ma mémoire de lectrice.

Threestars1

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