Je suis là, Clélie Avit

Elsa n’est pas sortie indemne de son accident d’alpinisme. Plongée dans le coma depuis plusieurs mois, elle reçoit rarement la visite de sa famille et de ses amis qui ne croient plus vraiment au miracle. La jeune femme séjourne dans le même hôpital que le frère de Thibault, grièvement blessé suite à un accident de la route qui a ôté la vie de deux adolescentes. Ce dernier ne lui a pas pardonné d’avoir pris le volant en état d’ivresse et c’est la raison pour laquelle Thibault refuse catégoriquement de lui rendre visite. Sa vie bascule le jour où il entre par mégarde dans la chambre d’Elsa.

Leur rencontre est d’autant plus insolite que le jeune homme s’y rend régulièrement pour lui parler et piquer un somme sur une chaise. Je n’avais entendu que des avis dithyrambiques sur ce roman. Or, je suis plutôt restée de marbre en suivant l’histoire d’amour improbable de ces deux personnages qui, par un signe du destin, parviennent à se trouver pour chambouler la vie de l’autre. Elsa se bat quotidiennement pour prouver aux médecins et à son entourage qu’elle n’est pas condamnée. Ils envisagent sérieusement la possibilité de débrancher les appareils qui la maintiennent en vie alors que la jeune femme est capable d’entendre tout ce qui se passe autour d’elle. Son force de caractère et la tendresse qu’elle éprouve pour son étrange visiteur ne m’ont pas laissé insensible. Je dirais même qu’Elsa m’a souvent émue. En revanche, je n’ai certainement pas ressenti la même sympathie pour Thibault qui ne sait manifestement rien faire d’autre que se lamenter sur son sort, dormir et boire du jus de poire. Il vient rendre visite à Elsa sans être vraiment là. Il se contente de lui déposer un bisou sur la joue avant de déplacer les fils pour s’endormir à ses côtés. Le lecteur apprend alors que cette routine hors du commun a permis à Thibault de tomber rapidement amoureux de la jeune femme.

Ses monologues avec Elsa sont certes naturels et sincères mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser que les sentiments à son égard ont une connotation malsaine. Il tombe effectivement sous le charme d’une personne qui, en étant plongée dans le coma depuis un certain temps, risque fortement de ne jamais se réveiller. Comment peut-on éprouver des sentiments amoureux pour un individu inerte avec qui il est impossible de communiquer ? Thibault souffre d’un mal-être évident dans la mesure où il est sans cesse tiraillé entre ses ressentiments pour son frère, ses incompréhensions face aux réactions de sa mère et son amour pour Elsa. Il se pose naturellement beaucoup de questions mais si le personnage existait en chair et en os, je lui aurais volontiers conseillé de consulter un thérapeute. Je trouve que ses sentiments pour le corps inanimé d’Elsa (elle entend tout ce qui se passe mais il ignore qu’elle en est capable) sont plutôt glauques mais ce n’est pas seulement sur ce point que le bât blesse.

Je n’ai pas compris pourquoi il vouait une telle aversion pour son frère. Ce dernier étant responsable de la mort de deux jeunes filles, il est tout à fait normal qu’il lui en tienne rigueur d’avoir pris le volant alors qu’il n’était pas en état de conduire. Thibault lui en veut terriblement et j’aurais certainement ressenti la même chose que lui. Néanmoins, j’ai déploré l’immaturité dont il fait preuve à l’égard de son frère qui, rongé par une culpabilité qui le poursuivra jusqu’à la fin de sa vie, éprouve certainement le besoin qu’il le soutienne dans cette douloureuse épreuve. Certains lecteurs ont été choqués par l’attitude des médecins. J’ai eu mal au cœur pour Elsa, au point d’avoir ressenti l’envie de crier à sa place face au désarroi qu’elle éprouvait lorsque son entourage parlait d’elle et des décisions qu’il envisageait de prendre pour mettre fin au calvaire. J’ai eu envie de gifler le médecin qui ne semblait pas avoir de cœur mais nous connaissons encore si peu de choses sur le coma.

La fin du roman est larmoyante à souhait mais l’auteure a toutefois le mérite de nous rappeler que la science n’est pas toujours en mesure d’expliquer certains phénomènes. Je pensais aussi avoir une opinion assez tranchée sur le sujet jusqu’à ce que le roman ébranle sérieusement mes certitudes. Je ne voudrais surtout pas paraître hypocrite en écrivant que j’ai été bouleversée par cette histoire d’amour insolite. Le récit est plat pour la simple raison que la vie de Thibault n’a rien de trépidant et ses sentiments à l’égard d’une personne comateuse m’interrogent aussi sur son état psychologique. En revanche, je me souviendrai que la situation dans laquelle se trouve Elsa m’a permis de remettre en cause les modestes connaissances que j’avais acquises sur ce sujet si délicat et mystérieux aux yeux de la science.

Twostars

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s