L’exorcisme d’Annelise Michel

Le destin tragique d’Annelise Michel m’a tellement impressionné que je souhaitais clôturer la série consacrée aux faits réels et paranormaux en vous racontant l’histoire de cette jeune allemande qui a rendu l’âme dans des circonstances brutales et dérangeantes. Annelise a vu le jour le 21 septembre 1952 au sein d’une famille très pieuse. Son père avait envisagé d’entrer dans les ordres avant de travailler dans une scierie tandis que sa mère, femme au foyer, se consacrait entièrement à l’éducation de ses quatre filles. La fillette est tombée gravement malade et a été soignée au sein d’un sanatorium destiné aux patients atteints de tuberculose. Au cours de son séjour, elle n’a cessé de passer ses jours et ses nuits à prier. Une fois guérie, elle a pu retourner chez elle et fréquenter les bancs de l’école secondaire d’Aschefenburg. Le bonheur s’est pourtant avéré de courte durée puisqu’elle a commencé à éprouver des difficultés pour s’exprimer et marcher, se tenant souvent à tout ce qui pouvait supporter son poids pour ne pas s’effondrer.

La jeune fille basculait dans la dépression sans que personne n’en connaisse les raisons. A cette même période, Annelise racontait qu’elle voyait des apparitions démoniaques sur les murs. Peu de temps après, une force invisible s’en est violemment pris à elle en la projetant sur le sol. Elle tentait de se relever mais la chose la repoussait encore et encore, jusqu’à ce qu’elle ne cesse brusquement de la malmener. En 1968, la jeune fille seulement âgée de 16 ans, est devenue sujette à de violents accès de convulsion. Les neurologues lui ont alors prescrit un traitement contre l’épilepsie qui s’est avéré inefficace. Annelise racontait aux médecins qu’elle entendait des voix qui lui chuchotaient qu’elle était vouée à la damnation éternelle. Elle a été internée pendant un an dans un hôpital psychiatrique mais à sa sortie, son état ne s’était sensiblement pas amélioré. Sa santé fragile ne l’a néanmoins pas empêché de terminer brillamment ses études secondaires et d’intégrer l’université pour concrétiser son projet de faire carrière dans l’enseignement. Ses camarades la décrivaient comme une jeune fille discrète et très pieuse et ses professeurs ne tarissaient pas d’éloges à son sujet.

Seulement, l’état d’Annelise n’a cessé d’empirer, au point qu’elle était persuadée d’être possédée. En 1973, ses parents ont demandé l’aide du père Renz qui ne voyait aucun inconvénient à pratiquer un exorcisme mais sa hiérarchie ne lui en a pas donné l’autorisation. Le prêtre a néanmoins pris l’initiative de procéder au rituel. Il a alors ordonné aux démons de sortir du corps d’Annelise mais la jeune fille s’est ruée sur lui pour lui arracher et détruire son crucifix. Or, seuls les démons les plus puissants sont capables d’approcher d’aussi près les signes religieux. Les crises d’Annelise sont devenues de plus en plus violentes. Elle passait ses journées à hurler et pouvait se montrer très agressive en insultant et battant les membres de sa famille. Elle se mutilait, détruisait les crucifix et peintures représentant le Christ.

Dépassé par la situation, le prêtre a invité le père Ernst Alt à lui porter assistance. Persuadé qu’Annelise était victime de possession démoniaque, il a alors exhorté l’évêque de leur permettre de pratiquer officiellement un exorcisme. Monseigneur Josef Strangl leur a finalement donné la permission d’exorciser la jeune fille selon le rituel romain de 1614. Les deux prêtres se sont confrontés à l’horreur en découvrant qu’Annelise était possédée par les esprits de personnages historiques antipathiques. Caïn, Judas, Néron, Adolf Hitler et Valentin Fleischmann se sont successivement présentés sans que les prêtres ne les aient invoqués. L’évêque leur a donné l’autorisation d’enregistrer les séances d’exorcisme. Annelise aurait souhaité que ces enregistrements deviennent publics pour témoigner de l’existence de forces du Mal mais en s’emparant du procès qui a eu lieu suite à son décès, l’Eglise a pris la décision de les classer confidentiels pendant les trente années qui ont suivi le drame. Quarante-deux heures d’exorcisme ont été enregistrées et chacune d’entre elles se révélait particulièrement troublante. Les séances étaient d’une telle violence qu’il fallait souvent trois individus pour empêcher Annelise de se débattre et sa force spectaculaire les obligeaient parfois à l’attacher.

Son état ne cessait de s’aggraver en prenant une tournure inattendue, digne des plus terrifiants cauchemars. Annelise déchirait ses vêtements avec rage, léchait son urine, mangeait des mouches et des araignées. Elle malmenait souvent ses sœurs et son petit ami Peter qui ne trouvaient aucune solution pour mettre fin à ses crises. La force invisible continuait de la tourmenter, la projetant violemment contre les murs. Son corps et son visage étaient recouverts d’ecchymoses et ses yeux tellement gonflés qu’elle pouvait à peine voir. Sa dentition était aussi dans un état lamentable puisqu’elle pouvait, lors de ses innombrables crises, racler ses dents sur les pierres qui ornaient les murs de sa chambre. Annelise a revêtu au fil des années une apparence monstrueuse.

Elle a subi une soixantaine d’exorcismes qui l’ont considérablement affaibli et ses ligaments n’ont pas résisté aux nombreuses génuflexions qu’elle s’infligeait jour après jour. Elle déclarait qu’elle voulait cesser de boire et de s’alimenter pour se libérer de l’emprise de Satan. La jeune femme a contracté une pneumonie et s’est éteinte dans son sommeil le 1er juillet 1976 à l’âge de 24 ans. Après enquête, le procureur de la République a décrété que sa mort aurait pu être évité si la famille ne s’était pas détournée de la médecine. Les parents d’Annelise, le père Arnold Renz et le pasteur Ernst Alt ont finalement été accusés d’homicide par négligence.

Peu de temps avant l’ouverture du procès, la famille a demandé l’autorisation aux autorités d’exhumer le corps d’Annelise, sous prétexte qu’elle avait été enterrée à la hâte. En réalité, ses parents voulaient vérifier les dires d’une Carmélite qui assurait que le corps de la jeune femme était restée intacte. Les rapports officiels ont néanmoins rapporté que la défunte portait tous les signes d’une détérioration naturelle. La mère d’Annelise n’a cessé de croire que sa fille était sous l’emprise de démons. En 2007, elle avait expliqué que l’entité démoniaque continuait de se manifester pour prouver qu’elle était toujours là. Un incendie s’est déclaré six ans plus tard dans la demeure où Annelise avait vécu et la police en a conclu qu’il s’agissait probablement d’un homicide volontaire lié à l’affaire.

Les prêtres auraient enregistré des séances d’exorcisme pour prouver qu’Annelise était sous l’influence d’une puissance démoniaque. Peut-on parler de témoignage ou de mise en scène planifiée par la famille pour attirer l’attention des médias ? Nous pouvons porter un regard sceptique sur cette affaire mais nul n’est encore en mesure d’expliquer ce qui a frappé Annelise Michel. En ce qui me concerne, je n’ai pas pu écouter l’intégralité de la bande son tant les voix supposées de la jeune femme sont insupportables. Je vous laisse donc vous forger votre propre opinion …

Cette tragique affaire a inspiré Scott Derrickson pour son film « L’exorcisme d’Emily Rose ».

Horrorstör, Grady Hendrix

Orsk, la grande chaîne de meubles en kit qui donne bien du fil à retordre à son concurrent suédois, est subitement devenue le théâtre de phénomènes inexpliqués. A l’ouverture du magasin, les employés ne font que constater jour après jour qu’il y règne un chaos indescriptible. Les meubles sont renversés, fracassés et les murs recouverts d’une substance gluante que personne n’est en mesure d’identifier. La situation ne peut durer plus longtemps sans mettre en péril le fonctionnement de cette entreprise florissante.

Basil, le responsable de magasin perfectionniste et soucieux de représenter au mieux l’image de l’enseigne, décide alors de mener l’enquête. Il convoque en toute discrétion Amy et Ruth Ann, une caissière qui travaille depuis plus de vingt ans pour Orsk, afin de leur confier une mission de la plus haute importance. Les deux salariées devront passer la nuit dans le magasin afin de découvrir qui est à l’origine de toutes ces dégradations. Elles sont soutenues par deux autres collégues qui, pris dans un élan de solidarité, se proposent de les accompagner dans leur enquête. Cette dernière ne se déroulant pas comme prévu, les protagonistes se retrouveront rapidement plongés au cœur de l’horreur.

Les lecteurs qui n’osent pas se lancer dans les récits horrifiques par crainte qu’ils ne soient à l’origine d’une succession de nuit blanches, peuvent dormir sur leurs deux oreilles. Je n’aurais toutefois pas aimé arpenter les allées désertes et obscures d’un magasin qui est à lui seul l’incarnation d’un cauchemar. Je déteste flâner à Ikea pour plusieurs raisons. Je ne supporte pas de piétiner dans ses allées bondées et surchauffées (si tu veux mourir de déshydratation, la destination est toute trouvée) mais il m’est surtout difficile de devoir faire tout le tour du magasin pour être délivrée de ce calvaire. Je n’aurais pas eu besoin d’être témoin de phénomènes surnaturels pour que mes nerfs ne sortent pas indemnes de cette nuit passée dans les allées labyrinthiques d’un magasin conçu sur le modèle d’Ikea. Le récit ne m’a malheureusement pas procuré le moindre frisson mais je n’ai pas pu m’empêcher de saluer l’audace de l’auteur qui dénonce explicitement la façon dont les grandes enseignes déshumanisent leurs employés et conditionnent l’esprit du client (il n’a pas l’intention d’acheter mais ressort rarement du magasin les mains vides).

Quel est l’autre point fort de « Horrorstör » ? Il est difficile de passer à côté du caractère bien trempé du personnage principal. Amy est une jeune femme désabusée qui n’a d’autre choix que de travailler chez Orsk après avoir arrêté ses études. Elle ne porte pas un regard optimiste sur son avenir professionnel mais sa priorité absolue reste de pouvoir payer son loyer si elle ne veut pas retourner vivre dans le mobil-home de sa mère. A travers son parcours chaotique, l’auteur aborde les désillusions et les conditions de travail de la jeune génération mais le personnage d’Amy aurait mérité d’être davantage exploité. Le lecteur en apprend aussi si peu sur les autres protagonistes qu’il lui est difficile de compatir à leur sort.

Je reconnais que la première partie du roman m’a séduite pour son atmosphère anxiogène. Mon imagination tournait à plein régime jusqu’à ce que l’intrigue prenne un autre tournant et bascule subitement dans l’horreur et le fantastique. La peur amenée de façon suggestive est celle qui me procure le plus d’effets et en accumulant les descriptions glauques, l’auteur a fait retomber la tension comme un soufflet. Les explications fantaisistes qui nous ont été fournies pour éclaircir le mystère ont contribué à confirmer mon ressenti mitigé. On peut difficilement reprocher à Grady Hendrix de manquer de créativité et le format très original du roman (il fait explicitement référence au traditionnel catalogue Ikea) constitue la cerise sur le gâteau. En revanche, les aventures cauchemardesques d’Amy et de ses collégues ne laisseront pas un souvenir impérissable dans ma mémoire de lectrice.

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Blair Witch : la véritable histoire

« Le projet Blair Witch » est un film d’épouvante si populaire qu’on ne le présente plus mais peu connaissent la véritable histoire de la forêt de Black Hills. Situé dans le Maryland aux Etats-Unis, cet endroit souffrait déjà d’une réputation sulfureuse au XVII ème siècle. Les rumeurs racontaient que la forêt était maudite et que les tribus indiennes installées à proximité n’osaient même pas s’y aventurer. En 1785, plusieurs enfants de la commune de Blair ont accusé Ellie Kedward de sorcellerie. La jeune femme d’origine irlandaise a été reconnue coupable et bannie du village au plus fort de l’hiver. Les habitants l’ont attaché à une charrette avant de l’abandonner à son triste sort dans la forêt. L’hiver était si rigoureux cette année-là qu’ils étaient convaincus qu’elle n’y survivrait pas. Quelques jours plus tard, trois adolescents partis dans la forêt pour s’assurer du décès de la sorcière, ont bien été contraints de constater qu’Ellie Kedward était toujours en vie. Ils ont lâché les chiens qui les accompagnaient et se sont également rués sur elle en la frappant avec leurs armes. La jeune femme a donc péri sous les coups avant d’être pendue à un arbre.

Seulement, en novembre 1786, tous les accusateurs d’Ellie Kedward et plus de la moitié des enfants du village ont mystérieusement disparu. Redoutant que la sorcière ait jeté une malédiction, les habitants de Blair ont quitté précipitamment les lieux en jurant de ne plus jamais y revenir et prononcer le nom de la défunte. En novembre 1809, un recueil regroupant les témoignages des habitants du village a été édité sous le nom de « Blair Witch Cult ». On y découvre alors qu’Ellie Kedward ne se contentait pas de hanter la forêt. Elle arpentait aussi la ville pour assassiner ceux qui l’avaient condamné à mort. En 1820, Henry Burkitt a souhaité donner un nouveau souffle à cet endroit abandonné en entreprenant la rénovation des bâtiments qui tombaient littéralement en ruines. En 1824, elle a été baptisée Burkittsville, en hommage à son fondateur.

Un an après la reconstruction de la ville, un pique-nique a été organisé sur les bords de la rivière Tappy East Creek pour célébrer les premières récoltes. Les festivités ont néanmoins tourné au drame puisque la petite Eileen Treacle, seulement âgée de huit ans, s’est noyée dans la rivière. Des témoins ont affirmé avoir aperçu une main qui, en attrapant la fillette, l’a alors entraîné au fond de l’eau. La rivière était peu profonde et pourtant, le corps d’Eileen n’a jamais été retrouvé. Dans les quinze jours qui ont suivi sa disparition, les habitants ont constaté que l’eau était devenue huileuse et impropre à la consommation. Une multitude de petites croix formées par des brindilles recouvrait aussi la surface de la rivière.

En mars 1886, Robin Weaver, une petite fille âgée de huit ans, a disparu dans la forêt de Black Hills sans laisser de traces. Elle est réapparue trois jours plus tard en expliquant aux habitants qu’elle s’y était perdue et qu’elle avait rencontré une femme dont les pieds ne touchaient pas le sol. Cette dernière l’avait emmenée dans une maison située au fond des bois mais ne lui avait fait aucun mal. La fillette est ensuite parvenue à s’échapper et à rejoindre miraculeusement Burkittsville. la mystérieuse disparition de Robin Weaver s’est conclue sur une fin heureuse mais on ne peut pas en dire autant de l’équipe de secours qui, partie à sa recherche, n’est jamais revenue de son expédition dans la forêt de Black Hills.

Un deuxième groupe s’est immédiatement formé pour se rendre sur les lieux. Il a toutefois été le témoin d’une macabre découverte dans la crique de Coffin Rock, à l’endroit où Eileen Treacle avait disparu cinquante ans plus tôt. Les corps dénudés des membres de la première équipe avaient été disposés de façon à ce qu’ils forment un pentagramme. On avait gravé de mystérieux symboles sur les mains, les pieds et la poitrine des victimes et leurs intestins avaient été répandus au centre du cercle. La deuxième équipe s’est alors précipitée au village pour chercher du renfort mais une fois sur place, tous ont constaté avec stupéfaction que les corps avaient disparu. Ils n’ont identifié sur les lieux que la présence de cordes et de taches de sang.

Entre 1940 et 1941, huit enfants ont été portés disparus mais peu de temps après les faits, Rustin Parr a avoué en avoir assassiné sept d’entre eux. Les enquêteurs ont d’ailleurs retrouvé les corps dans la cave de son domicile. Le meurtrier a affirmé qu’il n’avait fait qu’obéir à la voix du fantôme d’une vieille femme qui habitait dans les bois, non loin de chez lui. Selon son témoignage, le fantôme lui aurait demandé d’avouer sa culpabilité aux autorités. Il n’avait pas cherché à la contredire puisque celle-ci lui avait promis de le délivrer de sa présence en échange de ses aveux.

En inspectant la maison de Rustin Parr, les policiers ont découvert que la cave avait été le théâtre de tortures insoutenables. Les corps des enfants portaient les mêmes symboles que ceux qui avaient été identifiés sur les cadavres de Coffin Rock mais le meurtrier ne s’était pas contenté de graver des signes étranges sur la peau de ses victimes.  Il les avait également éviscérés.

Kyle Brody s’est avéré être l’unique rescapé du massacre. Les policiers ont retrouvé le petit garçon visiblement traumatisé dans le sous-sol de la maison. Rustin Parr vivait comme un ermite depuis qu’il n’était plus avec sa famille. Il habitait dans les bois et n’avait, selon lui, plus de raisons de se rendre en ville. Après quelques années paisibles, Rustin a commencé à apercevoir une étrange silhouette qui s’est mis à lui donner des ordres plutôt farfelus. Il se sentait pourtant contraint d’obéir à cette voix qui ne le laissait pas tranquille dans son sommeil. Un jour, elle lui avait ordonné d’enlever et assassiner des enfants et le premier crime n’a été que le commencement d’une longue série. Rustin Parr a finalement été condamné à mort par pendaison.

Kyle Brody a été traumatisé par son enlèvement. Il s’isolait dans sa chambre et ne parlait pratiquement plus. Il écrivait aussi des mots et symboles mystérieux. Il s’est ensuite marginalisé et ses vagabondages l’ont conduit à purger des peines de prison. Les médecins reconnaissaient que sa santé mentale était très fragile. Il a passé de nombreuses années en prison avant de s’ouvrir les veines à l’aide d’une cuillère en bois particulièrement aiguisée.

Il continuait d’écrire les mêmes symboles dans sa cellule et après fait analyser son écriture, les experts ont révélé que Kyle Brody s’exprimait en Transitus Fluvii qui n’est autre qu’un langage très ancien utilisé par de rares adeptes de sorcellerie. Nous ne saurons certainement jamais ce qui s’est réellement passé dans la forêt de Black Hills mais une question cruciale reste en suspens. Comment se fait-il que Kyle Brody, le seul rescapé du drame, n’ait pas été accusé de complicité pour les meurtres des autres enfants ? Le jeune garçon les connaissait tous alors qu’aucun d’entre eux ne s’étaient rencontrés auparavant. En 1950, Kyle Brody a été interpellé pour meurtres avant de purger dix ans d’emprisonnement au « Maryland State Institute for the Criminally Insane ». Il n’avait donc rien d’un enfant de chœur mais en ayant emporté la clé du mystère dans sa tombe, des zones d’ombre continueront de planer sur les événements sordides de Black Hills.

La légende d’Ellie Kedward et les événements tragiques qui se sont déroulés dans la forêt de Black Hills vous ont probablement donné froid dans le dos. En revanche, vous pouvez tranquillement vous remettre de vos émotions parce qu’en réalité, toutes ces histoires sont le fruit d’une imagination débordante qui ont servi avec brio la sortie sur grand écran du « Projet Blair Witch » en 1999. Les principales sources d’informations autour de ces faits supposés réels sont issues de deux documentaires fictifs et Rustin Parr et ses victimes n’ont alors jamais existé. L’identité du meurtrier est d’ailleurs l’anagramme de Raspoutine et le nom de la sorcière de Blair a été choisi par les réalisateurs en référence à l’alchimiste et homme de loi Edward Kelley. Ces histoires ont donc été créées à l’avance pour la promotion du film mais alors, quels sont les éléments réels qui gravitent autour de Blair Witch ?

Aucune carte ou archive n’atteste l’existence du village de Blair. Burkittsville a aussi toujours été nommée ainsi. La légende d’Ellie Kedward n’est que pure invention mais il est fort probable que les réalisateurs du « Projet Blair Witch » se soient inspirés de celle de Mol Dyer, une jeune femme accusée de sorcellerie et bannie de son village, situé dans le Maryland. La légende raconte qu’elle aurait hanté les bois mais les archives ayant été détruites, on ne peut pas garantir l’existence de Mol Dyer. Les cinéastes ont fini par vendre la mèche à la presse en révélant au public que tout n’était que fiction. Néanmoins, les gens continueront de croire aux histoires de Blair Witch parce qu’ils ne souhaitent tout simplement pas qu’il en soit autrement.

Chanson douce, Leila Slimani

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Myriam et Paul ont la vingtaine et sont déjà parents de deux têtes blondes. Paul est ingénieur du son et Myriam qui rêvait d’embrasser une carrière d’avocate, a arrêté de travailler après avoir donné naissance à sa fille aînée. Elle aime naturellement ses enfants mais commence à se lasser de son quotidien de femme au foyer. Elle n’a pas mis sa vie sociale entre parenthèses puisque le couple continue d’inviter leurs amis. Seulement, elle se rend compte que ses enfants sont au centre de toutes ses conversations. En croisant par hasard un ancien camarade rencontré sur les bancs de l’université, Myriam se voit proposer un emploi dans un cabinet d’avocats. Elle considère alors cette opportunité comme un signe du destin. Elle a d’abord du mal à convaincre son mari de reprendre la vie active mais le couple se résigne à embaucher une nounou dans les plus brefs délais. Ils font alors la rencontre de Louise qui en ayant le visage et les manières de celle qui peut tout entendre et pardonner, représente à leurs yeux la candidate idéale pour s’occuper de leurs enfants.

La nourrice s’avère si irréprochable que Paul et Myriam n’ont plus qu’à se consacrer pleinement à leur carrière et mettre les pieds sous la table en rentrant chez eux. Le couple ne cesse de vanter les innombrables qualités de Louise à leur entourage, au point que cette dernière fait désormais partie intégrante de la petite famille. Louise est la perle rare et plus personne ne saurait s’en passer. La nouvelle vie de Paul et Myriam était sûrement trop belle pour durer puisque sous ses airs de fée du logis, l’employée modèle prémédite un acte vengeur voué à les anéantir à jamais. « Le bébé est mort » est d’ailleurs la première phrase du roman. Cette fiction s’ouvre sur une scène macabre et irréparable qui, en étant digne des meilleurs scénarios de films d’horreur, est diamétralement opposée au titre qui laissait présager une paisible histoire. Leila Slimani dévoile progressivement l’implacable chronologie des événements qui ont abouti à ce tragique épilogue. Il serait dommage de révéler davantage l’intrigue et gâcher le plaisir de la découverte aux potentiels lecteurs de « Chanson douce » qui reste, à sa manière, un roman à suspense.

Je préfère souligner la plume de l’auteure qui sous son apparente simplicité, instille l’inéluctabilité du drame à travers de menus faits quotidiens. Leila Slimani ne porte pas de jugement de valeur sur ses protagonistes et son style très sobre pourrait s’apparenter à celui d’un rapport d’autopsie. « Chanson douce » se veut néanmoins critique à l’égard des modes de vie actuels. L’auteure ne manque effectivement pas d’évoquer les difficultés quotidiennes des assistantes maternelles à domicile, le sort de ces petites gens, souvent immigrées, sans papiers et toujours démunies. Elles offrent maintes paroles d’affection et de tendresse à des enfants qui ne sont pas les leurs. Elles consacrent beaucoup de temps et d’énergie pour permettre à des couples de se rendre chaque jour au travail. Peut-on toutefois blâmer la jeune mère de famille qui, après s’être investie dans des études supérieures ardues, aspire à s’épanouir dans sa vie professionnelle ?

Je n’envisage pas de devenir mère dans les deux prochaines années mais le récit m’a occasionné un choc que ma mémoire de lectrice n’est pas près d’effacer. La vie de parents n’est pas un long fleuve tranquille parce qu’ils sont sans cesse tiraillés entre leur progéniture qu’ils aiment plus que tout au monde et l’envie de s’épanouir dans leur carrière professionnelle. Pourquoi suis-je aussi sensible à cette réalité ? La raison est simple : je reste persuadée que je serai une femme avant d’être une mère. Je serai celle qui aura besoin de quitter chaque jour ses enfants pour se réaliser ailleurs mais qui rentrera avec empressement pour retrouver ceux qui lui auront manqué toute la journée. Les conditions de la femme ont heureusement bien évolué mais il est encore délicat de conjuguer vie personnelle et vie professionnelle. La société se charge aussi de culpabiliser les femmes qui se battent pour concrétiser leurs ambitions. Elle n’épargne pas non plus les nounous, ces « spectres urbains » subissant à longueur de journée les caprices et méchancetés des têtes blondes qui ont tendance à penser que rien ne peut résister à leur minois angélique.

La réalité de leur métier est ingrate et Leila Slimani a le mérite de montrer le visage méconnu de celles qui sont essentielles au quotidien d’innombrables couples mais dont le sort ne préoccupe pas grand-monde. La société ne fait rien pour faciliter la vie des parents qui travaillent à temps plein et ces derniers ne peuvent donc que savourer leur chance d’avoir recruté la perle rare. Qu’en est-il de Louise ? Elle ne demande pas mieux que de mettre à profit ses compétences pour rendre service à cette famille. Est-elle plus altruiste que la moyenne ? Il est inutile de se voiler la face. Louise a des factures à payer et des dettes qui ne cessent de s’accumuler. « Chanson douce » dérange beaucoup, provoque une onde de choc qui résonne dans le cœur et l’esprit de tous les parents qui confient jour après jour leurs enfants à de parfaites inconnues.

FiveStars1

 

La mystérieuse disparition d’Elisa Lam

Le corps sans vie d’Elisa Lam a été retrouvé dans un réservoir à eau situé sur le toit du Cecil Hotel en février 2013. L’étudiante de 21 ans a été vue pour la dernière fois dans un ascenseur de cet établissement. Une caméra l’avait filmée au moment où elle agissait de manière très troublante. Elle semblait fuir quelqu’un qui n’apparaît pas dans la vidéo mais les suppositions ne manquent pas pour expliquer son attitude déroutante. Les rumeurs les plus folles ont raconté qu’elle était sous l’emprise d’une entité maléfique alors que d’autres laissaient entendre qu’elle était probablement sous l’influence d’ecstasy ou traversait un épisode psychotique du à son trouble bipolaire. Le mystère autour de la disparition d’Elisa Lam n’a jamais été résolu, même si l’hypothèse du crime reste la plus probable. Seulement, que savons-nous réellement à son sujet ?

La jeune femme est issue d’une famille d’immigrants chinois qui gérait un restaurant dans la banlieue de Vancouver, au Canada. Elle avait été diagnostiquée bipolaire et suivait un traitement pour remédier à ses fréquentes variations d’humeur. Elisa se sentait profondément déprimée mais n’avait jamais tenté de mettre fin à ses jours. Ses phases de dépression l’obligeaient à manquer des cours à l’université et la jeune femme redoutait d’ailleurs que sa bipolarité nuise à ses études. Un mois avant sa disparition, Elisa a pris l’initiative de voyager seule dans le Sud de la Californie, expliquant aux lecteurs de son blog qu’elle avait pour projet de visiter Los Angeles, San Diego, Santa Cruz et San Francisco. Au cours de son périple, elle a posé ses valises dans « la Cité des anges » en réservant une chambre au Cecil Hotel. Elisa n’a pas pu pleinement satisfaire ses envies d’évasion puisque le voyage a pris fin dans cet endroit mal famé de Los Angeles.

Le Cecil Hotel avait été érigé au centre ville en 1924 pour accueillir des hommes d’affaires mais sa notoriété est surtout associée à des histoires sordides. Certains clients s’y sont donné la mort et l’établissement est aussi connu pour avoir hébergé deux tueurs en série. Son passé tourmenté lui a forgé une réputation de lieu hanté, entretenue par des rumeurs racontant que des clients auraient été témoins de phénomènes paranormaux. Depuis le début de son périple, Elisa appelait quotidiennement ses parents mais elle ne leur a plus donné signe de vie du jour au lendemain. Inquiets du silence de leur fille, ils ont aussitôt contacté la police de Los Angeles qui a pris l’affaire au sérieux. Elle a envoyé des enquêteurs sur place mais leur intervention n’a pas abouti sur une piste concrète. Certains employés de l’hôtel qui ont aperçu Elisa se promener seule le jour de sa disparition, l’ont décrite comme une jeune femme enjouée et sociable. En revanche, ils n’ont remarqué aucun signe inquiétant.

L’enquête ne donnant aucun résultat, les policiers ont alors décidé de rendre l’affaire publique. Une semaine après avoir collé des affiches dans le quartier où elle avait disparu, une vidéo prise par une caméra de surveillance a été diffusée sur le Net. Les images montrent Elisa dans un des ascenseurs de l’hôtel et son comportement pour le moins singulier a soulevé bon nombre d’interrogations. Des images auraient été retirées de la vidéo et il n’en a pas fallu davantage pour que la police soit suspectée de l’avoir truquée, dans le but de garder confidentiels certains éléments de l’enquête.  Au moment où la disparition de la jeune étudiante faisait la une des médias, des clients de l’hôtel se sont plaints à la direction de la faible pression de l’eau. Certains ont même rajouté qu’elle avait une odeur inhabituelle et un goût désagréable. Dans la matinée du 19 février, un membre du personnel est monté vérifier l’état des réservoirs sur le toit de l’hôtel. Après avoir découvert le corps d’Elisa dans l’un d’eux, il a immédiatement averti la police et les pompiers qui ont été contraints de couper la cuve pour en extraire la jeune femme.

Dès qu’ils ont appris la nouvelle, les clients de l’hôtel ont naturellement manifesté leur profond dégoût d’avoir consommé de l’eau contaminée par un corps en état de décomposition mais des scientifiques ont  rapidement communiqué sur le fait que l’eau ne risquait pas de mettre en péril leur santé. Elle a néanmoins été déclarée impropre à la consommation. L’autopsie du corps d’Elisa a révélé que sa mort était accidentelle. Seulement, le rapport complet indique qu’elle a été retrouvée nue dans le réservoir d’eau. Les vêtements qui flottaient étaient identiques à ceux qu’elle portait sur la vidéo de l’ascenseur. Les légistes n’ont mentionné aucune marque de violence physique sur le corps de la jeune femme et les analyses toxicologiques n’ont pas révélé la moindre trace de substance illicite dans son sang.

Les circonstances de la mort d’Elisa Lam restent un mystère. Les portes et escaliers qui donnent accès au toit de l’hôtel sont verrouillés et toute tentative pour les forcer déclenche systématiquement une alarme. L’hypothèse du meurtre est la probable dans la mesure où la jeune femme n’a pas pu rentrer toute seule dans le réservoir. Les cuves sont tellement hautes que le personnel de l’établissement est obligé d’utiliser une échelle pour accéder à l’ouverture. Elles étaient aussi protégées par de lourds couvercles qui ne peuvent être replacés de l’intérieur. Les enquêteurs n’ont pas su déterminer les circonstances de la mort d’Elisa mais ses parents ont porté plainte contre l’établissement pour homicide involontaire, estimant que le Cecil Hotel représentait un danger pour ses clients. Les propriétaires qui souhaitaient probablement faire oublier son passé tourmenté, l’ont alors renommé « Stay on Main ».

La vidéo a fait le tour du monde en déclenchant un buzz phénoménal en Chine et aux Etats-Unis. Qu’est-il arrivé à Elisa Lam après qu’elle soit sortie de l’ascenseur ? La jeune femme a emporté avec elle les mystères qui entourent sa mort mais les images sont pour le moins dérangeantes, pour ne pas dire effrayantes.

Le destin tragique d’Élisa a déjà inspiré des films et séries.

[Avis] : Bridget Jones Baby, Shannon Maguire

En 2001 débarquait l’adaptation cinématographique du journal de Bridget Jones et malgré mon jeune âge (je n’avais que 12 ans lorsque le film est sorti sur grand écran), j’avais littéralement succombé aux frasques sentimentales de la pétillante trentenaire complexée par ses formes et portée sur la bouteille. Sa suite, L’âge de raison, s’est avérée fort décevante et autant le dire d’emblée, je craignais que le retour de la célibataire la plus maladroite du septième art ne soit un pur fiasco, reléguant ainsi à jamais Bridget Jones parmi les personnages qui ont fait leur temps dans les années 2000. Shannon Maguire est revenue aux commandes et même si elle reprend certains ingrédients qui ont fait le succès du premier opus, le pari a été relevé haut la main de faire réapparaître Bridget sur le devant de la scène après dix ans de silence radio.

Elle ne se lamente plus sur ses kilos superflus puisqu’elle arbore une silhouette plutôt avantageuse pour une quadragénaire et notre héroïne a également fait du chemin dans sa carrière de journaliste. Seulement, après avoir passé dix ans dans les bras du flegmatique Mark Darcy, Bridget se retrouve malheureusement à la case départ. Ne parvenant pas à se résoudre à l’idée de passer son quarante troisième anniversaire à broyer du noir dans son appartement, elle décide alors de suivre une collègue de travail à un festival de musique. Seulement, Bridget a beau avoir troqué sa libido explosive et ses aspirations de midinette contre une carrière professionnelle menée de main de maître, elle restera à jamais la jeune femme décomplexée qui, peu de temps après ce week-end de débauche passé dans les bras du séduisant Jack, se découvre enceinte, sans savoir à qui attribuer la paternité de sa future progéniture : est-elle de son ex conjoint (Colin Firth) avec qui elle a remis le couvert lors d’une soirée bien arrosée ou de ce bel inconnu qu’elle a rencontré à l’occasion du festival de musique (Patrick Dempsey)  ?

L’histoire est cousue de fil blanc puisqu’il est tout simplement inconcevable d’imaginer Bridget sans Mark mais derrière la comédie romantique aussi légère qu’une plume se cache une critique de notre époque. Le concept de la femme célibataire sans enfant a beau ne plus avoir la réputation sulfureuse d’il y a deux décennies, il serait toutefois naïf de croire que certains diktats n’ont pas résisté avec le temps. Le film n’a certes pas la profondeur d’une thèse sociologique portant sur les préjugés dont sont victimes les femmes célibattantes (ce n’est pas le but !) mais il n’y a rien de plus rafraîchissant qu’une quadragénaire enceinte, assumant sa sexualité dissolue et un zeste d’humour british pour bousculer un peu les mentalités.

Le retour de Bridget sur grand écran vaut-il le détour ? Je dois bien reconnaître que je n’ai pas boudé mon plaisir de la retrouver. Les situations comiques s’enchaînent à un rythme effréné (certaines m’ont d’ailleurs fait éclater de rire), les dialogues sont bien sentis et le trio d’acteurs s’en donne incontestablement à cœur joie. Chaque prétendant use de stratagèmes pour (re)conquérir le cœur de Bridget et prouver qu’il sera un père prévenant, donnant lieu à des séquences tendres et délicieusement cocasses. Il est aussi difficile de passer à côté de l’humour pince sans rire de l’obstétricienne féministe de Bridget qui ne manque pas de faire mouche à chaque apparition.

Le film ne brille pas pour son originalité mais les personnages sont toujours aussi savoureux (les jeunes filles qui se pâmaient devant le charme et le tempérament frivole de Daniel Cleaver regretteront peut-être son absence mais n’allez pas croire que la réalisatrice a fait une croix sur cet incorrigible coureur de jupons …). Les critiques n’ont pas été tendres sur le physique de Renée Zellweger. L’actrice n’a visiblement pas su résister aux sirènes du Botox mais n’est-ce pas sa prestation qui compte ? Je retiens surtout qu’elle a exorcisé ses longues années d’absence à travers une énergie folle ayant fortement contribué à ce que son personnage n’ait (presque) pas pris une ride. Je suis sortie de la salle, un sourire béat plaqué sur le visage et regrettant déjà de l’avoir laissé. Qu’est-ce qui, d’après vous, a un peu consolé ma peine ? C’est simple : entre Jack et Mark, j’aurais fait le même choix que Bridget.

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La terrifiante histoire du sanatorium de Waverly Hills

 

Le sanatorium de Waverly Hills est considéré comme un des lieux plus hantés des Etats-Unis. Il a accueilli pendant de nombreuses années des patients atteints de la tuberculose qui, selon des rumeurs persistantes, auraient subi de mauvais traitements. Ses origines remontent à 1883 lorsque Thomas H. Hays est devenu propriétaire d’un vaste terrain sur lequel il a fait construire sa maison. La demeure familiale se trouvant dans un endroit isolé, le major Hays a décidé de bâtir une école sur ce site pour pallier la trop grande distance qui la séparait de l’établissement scolaire le plus proche et assurer ainsi l’éducation de ses filles. Il a engagé une institutrice, Lizzie Lee Harris, qui a choisi de baptiser l’endroit la « Waverly School ». Le major a conservé ce nom pour sa propriété qui devient « Waverly Hills », dénomination qui est alors maintenue lors du rachat du site par Louisville au début du XX ème siècle.

A cette même période, une épidémie de tuberculose s’est déclarée en Europe et aux Etats-Unis et un premier bâtiment a donc été érigé en 1911 pour soigner les premiers patients. La maladie a fait rage, au point que l’établissement a été l’objet de travaux d’agrandissement successifs pour pouvoir accueillir un nombre grandissant de patients. 478 personnes atteintes de la tuberculose ont d’ailleurs été recensées en 1932 et le sommet de la colline sur lequel est situé le sanatorium constituait un endroit parfaitement adapté pour limiter les risques de contagion. Le personnel ne pouvait pas administrer des médicaments suffisamment puissants pour soigner leurs patients mais le sanatorium était à la pointe en matière d’équipements destinés à améliorer leur confort.

Un tunnel a été construit à 160 mètres sous terre pour permettre au personnel de traverser la montagne en toute sécurité et ravitailler l’hôpital. En revanche, il s’est vu attribuer une fonction plus funeste au moment où l’épidémie s’est révélée particulièrement dévastatrice. Il servait effectivement à transporter les corps des défunts en toute discrétion pour préserver les patients de la vue des victimes de la tuberculose. Le sanatorium a fonctionné à plein régime jusqu’en 1943, année pendant laquelle cette maladie a commencé à reculer. Les progrès de la médecine ne justifiaient donc plus que les patients séjournent dans un hôpital aussi grand et c’est la raison pour laquelle la majeure partie d’entre eux ont été transférés dans un autre sanatorium. En 1962, Waverly Hills est devenu un hôpital gériatrique avant de fermer définitivement ses portes au début des années 80, suite à des rumeurs racontant que les patients subissaient de mauvais traitements.

On doit surtout la réputation du sanatorium aux rumeurs portant sur des événements glauques qui s’y seraient déroulés. Elles ont parfois donné naissance à des histoires fantaisistes mais il n’empêche que Waverly Hills a été le théâtre de faits peu recommandables. Si on se base sur les données officielles de la bibliothèque de Louisville, on découvre que 106 patients rendaient chaque année leur dernier soupir et qu’entre 6000 et 8000 décès ont pu être constatés sur les 52 années d’ouverture du sanatorium. Les chiffres exacts restent inconnus mais il paraît évident que le taux de mortalité n’était pas aussi élevé qu’on le prétend.

En revanche, les méthodes qui étaient pratiquées à Waverly Hills ont de quoi glacer le sang de n’importe quel lecteur non averti. Les chirurgiens avaient recours à la thoracoplastie qui consistait à sectionner une partie des poumons ou l’intégralité de la cage thoracique pour faciliter la respiration. A l’époque, elle ne choquait personne mais l’immense majorité des patients concernés ne survivaient pas à l’opération. En se plongeant dans les comptes du sanatorium à sa fermeture, les enquêteurs ont fait une découverte particulièrement cynique. Les patients facturaient le tarif de l’évacuation de leur corps et du cercueil lors de leur admission à l’hôpital. Ils intégraient l’établissement pour se faire soigner alors que l’administration considérait qu’ils étaient déjà condamnés.

Les événements sordides ont sensiblement augmenté au cours de la Seconde Guerre Mondiale, période pendant laquelle le sanatorium n’a plus reçu la visite d’inspecteurs pour contrôler la manière dont le personnel soignant traitait ses patients. Seulement, il est aussi nécessaire de replacer certaines pratiques dans le contexte de l’époque car les connaissances médicales n’étant pas aussi élaborées qu’aujourd’hui, ils estimaient que les traitements utilisés ne pouvaient qu’améliorer l’état du patient. Les médecins les installaient sur le toit de l’hôpital, pensant qu’une exposition prolongée au soleil guérissait les personnes atteintes de la tuberculose. Je vous laisse ainsi imaginer le calvaire que les patients de Waverly Hills devaient endurer … La légende raconte que le sanatorium est le théâtre d’apparitions surnaturelles et parmi les nombreuses histoires qui circulent à son sujet figure celle de la salle 502. Deux infirmières s’y seraient donné la mort et se manifesteraient pour hanter les lieux.

La réputation sordide du sanatorium de Waverly Hills a fortement contribué à transformer le lieu en attraction touristique puisque des curieux avides de sensations fortes n’hésitent pas à mettre la main au porte-monnaie pour être les témoins d’apparitions spectrales. Son histoire comporte certainement une part de fantasmes et de réalités mais je dois bien admettre que cet endroit donne la chair de poule.

Son histoire a inspiré Armelle Carbonel pour son livre « Criminal Loft ». Il raconte les aventures de criminels condamnés à mort qui en étant sélectionnés pour une émission de télé-réalité, sont contraints de lutter pour survivre dans ce lieu terrifiant qui leur réserve bien des surprises …