Amelia, Kimberly McCreight

Kate est une brillante avocate qui tente de concilier du mieux qu’elle peut sa carrière très prenante et l’éducation de sa fille de quinze ans. Elle n’a pas beaucoup de temps à consacrer à Amelia mais leur relation étant au beau fixe, elle ne dissimule donc pas son étonnement ce fameux jour de septembre où la direction du lycée huppé dans lequel sa fille est inscrite, lui annonce que cette dernière risque d’être définitivement renvoyée. Kate se précipite au lycée et apprend avec horreur qu’Amelia a mis fin à ses jours en sautant du toit de l’établissement. La jeune femme est d’autant plus bouleversée que l’annonce de son suicide est en totale contradiction avec l’idée qu’elle se faisait de sa fille. Elle tente de faire difficilement son deuil jusqu’au jour où elle reçoit un SMS anonyme lui révélant qu’Amélia n’aurait pas sauté du toit du lycée.

Kimberly McCreight nous offre un roman plutôt palpitant, mené tambour battant dans lequel elle dépeint les règles et les codes d’une jeunesse dorée et privilégiée qui, en étant imprégnée de repères factices, ne cesse de repousser ses limites pour se donner l’impression de vivre et d’exister au yeux des autres. La narration est finement construite puisqu’elle alterne les flashbacks adoptant le point de vue de l’adolescente et le déroulement de l’enquête de sa mère pour découvrir la vérité mais le parcours de Kate est aussi le point faible du roman pour plusieurs raisons. La jeune femme est seule contre tous tout en étant la seule à avoir raison. Le lecteur sait qu’elle était suffisamment proche de sa fille pour dénigrer l’idée qu’elle ait pu avoir des tendances suicidaires mais l’auteure aurait pu éviter de se réfugier dans la facilité en n’offrant pas une telle position de supériorité à son personnage principal.

Kimberly McCreight poursuit malheureusement sur sa lancée en n’épargnant pas certains clichés : les sororités recueillant des jeunes filles qui, égratignées par les affres de l’adolescence, sont prêtes à tout pour faire partie d’une communauté, les familles riches qui y participent et protègent leur fonctionnement pour éviter que leurs enfants ne récoltent de sérieux ennuis (peu importe les moyens utilisés tant que leurs rejetons sont à l’abri de tout soupçon) et la direction du lycée qui adopte une posture fort contestable pour préserver sa brillante réputation. Je n’ai pas l’intention de nier que les faits relatés dans le roman ne sont pas assez crédibles pour être transposées dans la vie réelle. Je reste convaincue que les beaux quartiers sont loin d’être des endroits épargnés par des agissements malhonnêtes mais j’aurais préféré que le déroulement de l’intrigue soit traité avec davantage de subtilité.

L’auteure a clôt son récit par un dénouement si convenu et bâclé (sans oublier l’épilogue un brin larmoyant) que j’en étais profondément frustrée. Il comporte des failles mais je m’étais laissée embarquer par l’enquête de Kate qui n’est effectivement pas avare en révélations et rebondissements. L’auteure s’efforce aussi d’adopter un langage jeune quand il s’agit de donner la parole à ses protagonistes adolescents mais elle ne parvient pas à le rendre suffisamment crédible pour ce que ce public puisse s’y identifier.

Je donne l’impression de ne pas avoir apprécié ma lecture alors que je ne regrette pas du tout d’avoir découvert ce roman. Kimberly McCreight nous offre une radiographie plutôt pertinente des adolescents d’aujourd’hui, pris dans un étau entre les conventions et leurs questions existentielles. Elle interroge aussi sur le poids des nouveaux moyens de communication dans le processus de harcèlement (il se poursuit en dehors des enceintes des établissements scolaires), la banalisation de la violence gratuite et les apparences trompeuses d’une société qui se dit ouverte d’esprit mais qui, dans les faits, ne parvient pas encore à accepter la différence.

« Amelia » traite aussi avec une certaine justesse de la relation mère-fille et surtout de la façon dont la société juge les femmes qui conjuguent carrière ambitieuse et maternité. Le roman ne m’a effectivement pas laissé insensible puisque Kimberly Mc Creight rappelle au lecteur à quel point le rôle de parent doit être perçu avec humilité. Le désarroi des parents est souvent immense face au silence de leur progéniture qui, une fois arrivée au stade de l’adolescence, peut être amenée à rompre le dialogue. Les raisons sont diverses et variées, sont parfois tenues au secret mais la faute ne revient pas systématiquement à d’éventuelles failles dans l’éducation ou à un manque de présence parentale. L’auteure nous met face à une réalité qu’on oublie trop souvent : les parents ne peuvent pas toujours avoir le contrôle et tout connaître de leur progéniture (doit-on d’ailleurs tout savoir de ses enfants ?). Son roman n’est certes pas exempt de défauts mais Kimberly McCreigh a le mérite de soulever des interrogations pouvant aboutir sur des réflexions profondes.

Threestars1

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