Philothérapie, Eliette Abécassis

Juliette sort d’une rupture. Ce n’est pas la première, ce ne sera peut-être pas la dernière mais elle en a assez d’avoir l’impression de se confronter incessamment aux mêmes obstacles. La jeune femme suit alors les conseils de son libraire et entreprend une philothérapie pour tenter de se guérir de son obsession de l’amour … par la philosophie. Juliette a toutes les caractéristiques de la femme d’aujourd’hui. A 35 ans, elle vit encore d’un travail précaire, est en permanence connectée et inscrite sur des sites de rencontre, à la recherche de celui qui fera d’elle une épouse et une mère comblée. Elle a aussi tendance à idéaliser l’amour, se heurtant ainsi d’année en année à toute une série de désillusions qui l’amènent à vouloir se désintoxiquer du sentiment amoureux. On sent d’ailleurs poindre, derrière le roman d’Eliette Abécassis, une critique sous-jacente de cette société d’aliénation et d’individualisme exacerbé, au sein laquelle les gens ont tendance à penser que tout s’achète et que le désir est un droit. Elle montre aussi que l’amour est devenu un bien de consommation qui en étant trop souvent sur-estimé, fait naître un certain désarroi chez les individus qui portent un regard romantique sur la vie de couple.

Le roman semble léger car l’auteure accorde une place importante à l’histoire singulière unissant Juliette à son séduisant professeur de philosophie mais leurs échanges virtuels sont bien plus profonds que les conversations habituelles sur Skype. Je pense d’ailleurs que le récit risque fort de vous déplaire si vous n’êtes pas adepte de philosophie. Eliette Abécassis a réalisé un travail de qualité pour rendre les discussions accessibles au plus grand nombre mais encore faut-il s’accrocher à certains passages et s’être déjà familiarisé avec les théories des plus illustres philosophes. Mon fort intérêt pour la discipline (j’ai passé un bac Littéraire et obtenu une licence de lettres) ne m’a effectivement pas empêché de ressentir quelques longueurs au fil du récit. Seulement, les leçons de philothérapie alternent avec la vie quotidienne de Juliette et les conséquences de ses réflexions sur sa vie sentimentale, offrant ainsi des parenthèses de fraîcheur dans un récit plutôt dense et réflexif (Eliette Abécassis sait de quoi elle parle puisqu’elle est agrégée de philosophie).

Au fil des échanges avec Jean-Luc Constant, son professeur virtuel, Juliette va se découvrir telle qu’elle ne se connaissait pas (ce qui, à priori, est le but premier de la philosophie) mais à travers ses nombreuses références (et le travail conséquent de l’auteure autour du sujet), « Philothérapie » amène aussi le lecteur à réfléchir sur ses propres croyances et motivations. Quelle place accordons-nous à l’amour ? Et surtout, qu’est-ce qu’aimer lorsque le sentiment amoureux est parasité par autant de facilité, de virtualité dans ses rapports à l’autre ? Comment peut-on laisser si peu de place à la spontanéité ? Je me suis laissée emportée par l’histoire et les réflexions existentielles de Juliette dans la mesure où le lecteur peut aisément s’identifier à son personnage. J’ai toutefois été moins convaincue par la fin qui est en quelque sorte une ouverture vers d’autres horizons. Il n’y a en réalité pas de véritable conclusion au récit qui m’a alors donné la désagréable impression de ne pas savoir où Eliette Abécassis voulait en venir.

Fourstars1

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