La pilule : mon choix de contraception par défaut

On estime que 36% des femmes françaises prennent régulièrement la pilule et je n’échappe pas à la règle puisqu’elle est devenue mon principal moyen de contraception depuis que j’ai fêté mon dix-neuvième anniversaire (en revanche, n’allez pas vous imaginer que je me suis réveillée ce matin-là avec une plaquette sagement posée sur ma table de chevet 😉 ). La commercialisation de la pilule a été une révolution incontestable pour les femmes qui ont pu (enfin !) avoir des relations sexuelles sans craindre de gâcher leur jeunesse par une grossesse non désirée (à condition d’être parfaitement utilisée). On ne peut nier le fait qu’elle a transformé les mentalités, profondément chamboulé la vie sexuelle des femmes et j’estime qu’il n’est pas nécessaire de revenir sur le souffle de modernité qu’elle a apporté.

Après plus de 5 ans de prise de pilule sans aucun questionnement de la part de mon médecin traitant de l’époque ni même tests sanguins pour vérifier si je pouvais la prendre, je me rends compte à quel point je suis méfiante à l’égard de ce moyen de contraception. J’ai toujours eu l’impression que les gynécologues la prescrivent au hasard, sans réellement informer leurs patientes des potentiels effets secondaires et des raisons pour lesquelles elle peut convenir à certaines femmes et pas à d’autres. Est-elle aussi inoffensive que sa tendre couleur pastel peut le suggérer ?  Ce n’est certainement pas le cas puisque sous ses allures de « bonbon », elle est exclusivement une association d’hormones apportées à l’organisme à des taux nettement supérieurs à ce que fabriquent normalement les ovaires.

 Les pilules oestro-progestatives de troisième et quatrième génération se sont retrouvées au cœur d’une violente polémique puisqu’elles augmentent sensiblement le risque de contracter des embolies pulmonaires et phlébites, notamment en cas d’antécédents familiaux ou chez les fumeuses. Les femmes prenant les pilules de première et deuxième génération sont moins concernées mais la prise d’hormones ne reste jamais sans risque. Sa prise au quotidien n’a donc rien d’anodin et la grande majorité des femmes (ce mode de contraception représentait jusqu’au scandale généré autour des pilules de 3 ème et 4 ème génération, 60% de la couverture contraceptive) est bien placée pour en parler. Je ne fais heureusement pas partie de celles qui ont été confrontées à de graves troubles causées par la pilule mais mon expérience chaotique est assez significative pour que je me sente légitime à aborder les nombreux effets indésirables que ce fameux « dragibus » provoque sur l’organisme.

Ils ne se sont pas déclarés au cours de la première année mais mon corps n’a toutefois pas tardé à se rebeller contre cette invasion d’hormones. A l’aube de mes vingt ans, j’ai commencé à faire de la rétention d’eau et mes bilans sanguins indiquaient un taux de cholestérol relativement inquiétant pour mon jeune âge. Après avoir changé de pilule, le mauvais cholestérol a disparu mais l’aiguille de la balance continuait de s’affoler. Mon médecin était persuadé que ma prise de poids était exclusivement liée à une mauvaise hygiène de vie et même si cette dernière pouvait expliquer la raison pour laquelle ma métamorphose physique devenait de plus en plus radicale, je reste convaincue que la pilule que je prenais à l’époque avait aussi sa part de responsabilité. Je continuais donc de grossir sans que ce phénomène n’inquiète quiconque.

En mettant un terme à ma première histoire d’amour qui n’a duré pas moins de 6 ans, j’ai pris la décision d’arrêter la pilule. Sa prise au quotidien me semblait excessive. Il est conseillé de réduire progressivement le dosage mais j’en avais tellement marre d’absorber des hormones de synthèse que j’ai tout simplement cessé de la prendre du jour au lendemain (je vous recommande de ne pas suivre mon exemple car on parle tout de même d’un médicament avalé pendant plusieurs années). Les effets secondaires ont progressivement disparu mais plus le temps passait et plus mes règles redevenaient douloureuses. Un jour avant qu’elles ne surviennent, j’avais systématiquement des nausées et ressentais une telle souffrance que j’ai plusieurs fois manqué de m’évanouir sur mon lieu de travail. J’avais oublié l’enfer que je vivais quand au collège, mes parents étaient parfois obligés de venir me chercher tant je ne pouvais plus supporter les douleurs pré-menstruelles. J’étais conscience qu’elles disparaîtraient en reprenant la pilule mais en constatant que je perdais du poids assez rapidement (je faisais réellement de la rétention d’eau), il était hors de question pour moi de faire machine arrière.

Quelques mois après avoir rencontré mon chéri, j’ai envisagé de me tourner vers d’autres moyens de contraception. Seulement, toutes les alternatives ne sont en réalité que des « pilules déguisées ». Le constat est sans appel : l’anneau vaginal, l’implant, le stérilet (l’idée d’imaginer un corps étranger implanté dans mon utérus me révulse au plus haut point) et le patch délivrent aussi des hormones dans l’organisme. J’ai donc décidé de reprendre la pilule tout en étant parfaitement consciente que je faisais ce choix par défaut. En déménageant dans une nouvelle région, j’ai naturellement été amenée à changer de gynécologue qui m’a alors prescrit une pilule de deuxième génération. Quels ont été les effets secondaires constatés ?

Ma nouvelle hygiène de vie impliquant activité physique régulière et alimentation équilibrée a fortement contribué à ce que je ne prenne pas un gramme (au contraire, je n’ai fait que m’affiner mais ce changement n’est certainement pas dû à la pilule) mais d’autres effets indésirables se sont manifestés. Le premier concerne mon intimité et je ne pense pas que mon blog soit le lieu approprié pour rentrer dans les détails. Le second se révèle tout aussi gênant puisque que la pilule provoque chez moi des sautes d’humeur survenant quelques jours avant l’arrivée des règles. Je deviens aussi sujette à des troubles digestifs et à une soudaine baisse de moral qui me donne l’impression de perdre le contrôle sur mes émotions (je suis capable de me mettre en colère en constatant que le frigo est vide et qu’il va falloir faire les courses plus tôt que prévu).

Pourquoi les médecins ne prennent pas plus au sérieux les syndromes prémenstruels ? Serions-nous contraintes à accepter cette condition sans broncher alors qu’elle ne se manifeste pas moins de 12 fois par an pendant 5 jours ? Il n’existe malheureusement aucun moyen de contraception fiable qui ne délivre pas d’hormones et c’est la raison pour laquelle une immense majorité des femmes s’est « fait une raison » en acceptant tant bien que mal de vivre avec tous ces désagréments. Certaines d’entre nous sont aussi conscientes qu’on s’empoisonne chaque jour davantage …

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4 réflexions sur “La pilule : mon choix de contraception par défaut

  1. Une Occidentale en Chine dit :

    Très intéressant cet article ! Perso je prends la même pilule depuis 10 ans. Bon ok je l’ai arrêté pendant 3 ans, comme toi, du jour au lendemain ce qui fut pas très intelligent et mon dieu que mes règles me tordaient de douleur ! C’est amusant car en Chine, les femmes ne veulent pas toucher à ces choses et en restent au préservatif. Je suis consciente de ce que je fais à mon corps et des fois je me dis et j’espère que ça ne posera pas de problème par la suite si je veux des enfants. Mais est-ce que je me verrai vivre autrement, ne plus la prendre et en rester à la méthode simple..Je pense pas..

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      Les Chinoises n’ont sans doute pas tort de refuser de prendre des hormones. Seulement, le confort n’est pas le même avec le préservatif et je reconnais qu’il est difficile de faire machine arrière quand on est dans une relation durable. Il paraît effectivement que les femmes qui prennent la pilule depuis longtemps peuvent avoir du mal à avoir des enfants mais ce n’est pas une généralité. Les femmes ne sont pas égales face à la fertilité.

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  2. Laura dit :

    Rhâ cette saloperie… Et encore, tu es loin d’avoir fait le tour de tous les effets secondaires possibles ! Acné, migraines, jambes lourdes, chute de cheveux, mastoses (= boules extrêmement douloureuses dans les seins), bien sûr tous les problèmes « intimes » dont tu parles, dont la plupart des médecins ne se préoccupent absolument pas… Bref, comme tu le dis, malgré tout ça nous n’avons pas tellement le choix :-/ C’est désespérant.
    Pour ma part j’ai du en essayer au moins 10 différentes avant de trouver la « moins pire ». Jusqu’à ce que peut-être on passe enfin à la pilule masculine ? (Je rêve un peu…)

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    • mangoandshamallow dit :

      J’y serais encore si j’avais dû parler de tous les effets indésirables de la pilule 😉 Les labos font croire aux femmes qu’elles ont le choix mais ce n’est pas le cas. Certaines ont recours à des méthodes naturelles pour éviter de tomber enceinte mais c’est risqué ! Une amie utilise le retrait comme « moyen de contraception » (c’est un bien grand mot). Seulement, tous ses proches savent qu’elle rêve d’avoir un enfant 🙂 Je ne suis pas sûre que la pilule masculine soit la solution idéale. Les hommes ne tomberont pas enceinte s’ils oublient de la prendre. Je ne suis pas enchantée de bouffer des hormones mais j’ai au moins le contrôle sur ma contraception.

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