Paranoïa, Melissa Bellevigne

Lisa Hernest, psychiatre reconnue et spécialisée pour traiter les cas les plus complexes, est sollicitée pour venir en aide à Judy Desforêt, une jeune patiente fraîchement internée à l’institut Saint-Vincent pour tentatives de suicide, hallucinations et paranoïa. La jeune femme est aussi enceinte de 5 mois et refuse catégoriquement de s’alimenter. Dès leur première entrevue, elle fait néanmoins preuve d’une lucidité et d’un discernement hors du commun pour une personne internée dans un hôpital psychiatrique. Lisa et Judy sont deux femmes que tout oppose. La première a 37 ans, mène une carrière si brillante que tout le monde se l’arrache mais cache un lourd secret qui la ronge de l’intérieur. La seconde a soufflé ses vingt bougies et devrait croquer la vie à pleines dents. Seulement, elle s’évertue à y mettre un terme depuis qu’elle a été victime d’un tragique événement à Londres.

Le médecin et sa patiente vont devoir, malgré leurs différences, apprendre à se connaître et se faire confiance pour percevoir le monde sous un jour moins sombre et panser leurs blessures psychologiques. J’avais pris connaissance que « Paranoia » était le premier roman de Mélissa Bellevigne, une blogueuse qui connue sous le pseudonyme de Golden Wendy, fait fureur sur la Toile. Je me moque éperdument qu’il ait été écrit par une personnalité influente du Net, au point que je ne suis allée visiter son site qu’après avoir lu son livre. Je pense également qu’il est plus judicieux d’évaluer la qualité d’un roman pour ce qu’il est et non pour la réputation de son auteur.

Son thème avait attiré mon attention. Mêler les troubles mentaux aux phénomènes surnaturels, affiner la frontière entre réalité et délires paranoïaques pouvait donner lieu à un récit prenant. La quatrième de couverture était pleine de promesses mais le contrat n’a malheureusement pas été rempli. Je reconnais avoir eu des difficultés à terminer le roman alors qu’il n’a rien d’une brique. Les raisons qui m’ont amené à me détourner de cette histoire si prometteuse sont nombreuses. L’histoire de Judy ne m’a tout simplement pas intéressée. Je me moquais même de ce qui pouvait lui arriver.

Je suis venue péniblement à bout du récit grâce au parcours de vie et aux sentiments de Lisa qui ont réussi à me toucher mais je pense que sans ces éléments, j’aurais certainement renoncé après avoir lu la première partie du roman. J’avais démarré ma lecture sans aucun à priori et pourtant, je l’ai terminé avec la désagréable impression d’avoir perdu mon temps. Je déconseille le livre à toutes personnes qui travaillent ou font des études dans la psychologie, la psychiatrie, voire même la psychanalyse. Mon parcours universitaire en lettres et ressources humaines ne rend sans doute pas mes propos très légitimes mais il suffit de s’intéresser de près à ces domaines pour identifier des erreurs de terminologie.

Le titre du roman est mal choisi. La paranoïa fait référence à un trouble psychotique étroitement lié à un sentiment de persécution, une méfiance aiguë à l’égard des autres qui génère des délires. Or, Judy ne peut pas être paranoïaque puisque le personnage mystérieux d’Alwyn est un ami imaginaire qu’elle définit comme un « compagnon de route ». Il n’est donc nullement question de persécution et c’est la raison pour laquelle on devrait plutôt parler de psychose ou de schizophrénie. Mélissa Bellevigne confond aussi névrose et psychose alors que la différence entre ces deux termes renvoie aux savoirs de base de la psychiatrie. Elle n’a certes pas suivi des études de médecine mais je pense qu’elle aurait dû se renseigner plus rigoureusement sur le sujet. Je ne vais néanmoins pas me montrer bornée dans la mesure où je ne m’attendais pas non plus à lire « le manuel de la psychiatrie ». Soyons honnêtes : l’auteure a avant tout cherché à introduire des phénomènes surnaturels, sur fond de troubles mentaux.

Que dire au sujet des personnages ? Je ne me suis attachée ni à Judy ni à Lisa. Je compatis pour les proches de la psychiatre qui se sentent obligés de s’excuser de n’être que des ignorants osant s’aventurer dans son champ de compétences lorsqu’il s’agit de lui parler de sa façon de se comporter et de la nécessité pour elle de prendre du recul sur sa relation avec Judy. Le compagnon de Lisa doit même introduire ses remarques par des « je ne suis pas psy mais je te connais depuis 10 ans » pour asseoir sa crédibilité. Ses proches se comportent avec Lisa comme s’ils avaient peur qu’elle leur balance ses diplômes en pleine figure en leur rétorquant que c’est elle la professionnelle et qu’elle se moque éperdument de leurs analyses dignes de la « psychologie de comptoir ». Je suis touchée par ce qui arrive à Lisa et comprends ainsi qu’elle ait du mal à se positionner en tant que thérapeute. Seulement, je n’ai pas supporté qu’elle fasse preuve de suffisance. Je me suis assez rapidement désintéressée de l’histoire de Judy et reconnais que le personnage m’a laissé de marbre. J’ai ressenti la même chose pour Alwyn.

J’ai aussi eu l’impression de m’être fait avoir avec un titre de roman inadapté et une accroche mensongère (« L’une est la seule à le voir. L’autre est la seule à la croire »). Il est vrai que Judy est bel et bien la seule personne à voir Alwyn mais le fait que sa psychiatre accorde du crédit à ses propos reste à vérifier. Mélissa Bellevigne a tenté de nous dresser le parcours d’une paranoïaque mais le sujet n’étant pas maîtrisé, l’effet escompté n’a finalement pas eu lieu. A défaut d’avoir accroché, je ne me suis pas ennuyée en lisant la première moitié du roman. Les lacunes sur la psychiatrie desservaient déjà le réalisme du récit mais je n’avais pas encore émis l’hypothèse de l’abandonner. Il a toutefois pris une tournure moins intéressante à partir du moment où Judy et son ami imaginaire ont débarqué à Londres. Il devient aussi plus incohérent. Les exemples sont assez nombreux mais je retiendrai celui où Judy se rend à l’abbaye de Westminster pour rencontrer un personnage éminent. Ayant visité le monument au printemps dernier, je suis bien placée pour savoir que l’entrée est soumise à des contrôles de sécurité et qu’on ne peut pas y déambuler comme bon nous semble. Il ne s’agit sans doute que d’un détail mais à force de superposer les incohérences, le lecteur finit par se détacher de l’intrigue.

La deuxième partie du roman est trop abrupte et bâclée à mon goût et à défaut d’effectuer des recherches plus poussées sur la psychiatrie, il aurait été intéressant que l’auteure tisse une relation thérapeutique plus approfondie entre Lisa et Judy. Le lien qui les unit est effectivement trop ténu. La plume de Mélissa Bellevigne est agréable (sans être sensationnelle) et l’auteure avait certainement de bonnes idées mais son récit a été largement desservi par un manque de profondeur et de réalisme. Je suis globalement passée à côté de l’histoire mais si la dimension surnaturelle du roman vous attire davantage que la psychologie des personnages, il est tout à fait susceptible de vous convenir. Si ce n’est pas le cas, je vous recommande alors de passer votre chemin.

Twostars

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