[Zoom] Mes Disney préférés #1

Walt Disney a bercé mon enfance et même si je porte actuellement un regard plus critique sur mes dessins animés préférés, je les considérerai toujours avec une infinie tendresse. Je vous propose donc aujourd’hui un petit tour d’horizon de ceux qui ont marqué mes plus belles années (ils sont assez nombreux et c’est pour cette raison que j’y consacrerai un autre article).

  • Le Roi Lion (1994)

A l’époque, je n’étais éblouie que par ses images, sa bande-son et ses situations cocasses mais mon regard d’adulte m’a fait prendre conscience que Disney n’avait jamais fait passer autant de messages politiques dans un dessin animé. La leçon est simple et sans concession : il y a ceux qui, par nature, sont destinés à commander et ceux qui sont nés pour obéir. Mufasa explique à Simba que l’héritage familial ne concerne pas uniquement le pouvoir et ses responsabilités mais aussi la propriété d’un royaume tout entier. Certains possèdent des empires dès la naissance alors que d’autres n’ont rien. C’est le cycle de la vie. Le message est toutefois un peu adouci par une morale plus modérée : le pouvoir du monarque n’est en réalité pas si absolu, que celui-ci ne doit pas se comporter en tyran et que chacun peut dominer et être dominé à son tour.

Les hyènes représentent la classe sociale la plus défavorisée, « les laissés pour compte » qui se font manipuler par un tyran qui endort leurs neurones à coups de promesses alléchantes n’ayant pas vocation à être tenues. Scar trouve effectivement des alliés de choix dans la région la plus délabrée et insalubre du royaume (le cimetière des éléphants) car les hyènes sont prêtes à tout pour sortir de leur piètre condition sociale. Leur soif de changement n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle d’un peuple frappé de plein fouet par une profonde crise économique.

Disney a donné naissance au méchant le plus machiavélique de son histoire qui, en tant que tyran fratricide assoiffé de pouvoir, rêve de forger une dictature s’inspirant des idéologies nazies et staliniennes. « Le Roi Lion » est sans doute le film de Disney le plus sombre mais en marchant sur les traces de son père, Simba nous offre une séquence finale magistrale. Les années n’ont d’ailleurs pas altéré les émotions qu’elle suscite.

  • Mulan (1998)

« Mulan » est une critique de la pression imposée aux femmes par la société. La jeune fille est montrée comme enjouée, éveillée, maladroite et peu préoccupée par son apparence. Bien que jolie, elle ne correspond absolument pas aux critères de féminité de la Chine impériale. A son arrivée chez la marieuse, Mulan est observée sous toutes les coutures avant d’être évaluée sur son physique et ses manières. Le dessin animé fait donc clairement référence à travers son héroïne de la Chine médiévale à une situation vécue par les femmes occidentales d’aujourd’hui : la dictature de la beauté parfaite et le regard impitoyable de la société sur la gente féminine.

« Mulan » montre à quel point les femmes sont infantilisées puisqu’on ne leur attribue aucun pouvoir mais il n’est aussi pas tendre avec le patriarcat qui fait peser une pression importante sur les hommes en leur imposant les mêmes contraintes arbitraires que celles imposées aux femmes : celles d’être forts et de prendre soin de leur famille. En partant faire la guerre à la place de son père, Mulan rejette les codes de la condition féminine mais son parcours n’est pas sans embûches dans la mesure où elle n’est pas à sa place dans le rôle que lui impose la société mais ne l’est pas non plus complètement parmi les hommes.

A la fin du film, la jeune fille trouve sa place en revenant à la féminité mais à une féminité moins excessive et caricaturale que celle qu’on a cherché à lui imposer. Quoiqu’il en soit, Mulan est une héroïne active qui n’attend pas qu’un prince charmant vienne la sauver. Elle démontre sa force et sa capacité à se battre contre l’ennemi mais le message du film est clair : il n’est pas nécessaire d’être le plus fort pour réussir dans la vie.

  • La Petite Sirène (1989)

Je me suis rendue compte avec le temps que Disney avait quasiment étouffé toutes les dimensions progressistes de l’oeuvre d’Andersen. L’auteur insistait sur les souffrances endurées par la sirène en dépeignant sa transformation en femme comme une malédiction à l’issue de laquelle elle sacrifiera sa vie. Au contraire, Disney montre la conquête de la féminité comme une aventure source d’enthousiasme et d’excitation dont le mariage avec son prince charmant constitue l’apogée.

En supprimant les éléments du conte qui permettaient d’en faire une lecture féministe et en remplaçant la mort de l’héroïne par son union avec le prince, le studio Disney a alors déformé l’histoire originale jusqu’à lui faire dire l’inverse de ce que disait la plume d’Andersen. Je regrette un peu que Disney n’ait pas davantage respecté le conte mais il est vrai que son histoire est tellement triste qu’elle n’aurait certainement pas convenu aux enfants. Malgré ses défauts, « La Petite Sirène » restera un de mes dessins animés préférés.

  • Raiponce (2010)

« Raiponce » témoignait, comme « La princesse et la grenouille », de la volonté de Disney de proposer des princesses actives et plus fortes que ne l’ont été les héroïnes d’autrefois (Blanche-Neige, Cendrillon, Aurore, Jasmine …). La jeune fille prend plus d’initiatives que ses aînées, même si je trouve regrettable qu’elle n’utilise que deux attributs typiquement féminins pour se défendre : ses longs cheveux blonds et sa poêle à frire. Cette dernière a donné lieu à des situations drôles et cocasses mais j’aurais préféré que Raiponce soit aussi combative qu’ont pu l’être Mulan et dans une moindre mesure, Pocahontas.

J’ai craqué pour tous les personnages dans la mesure où Disney ne laisse pas les plus secondaires sur le côté de la route (Maximus et Pascal sont irrésistibles) mais c’est lorsqu’il s’attaque à une certaine conception de la masculinité que « Raiponce » reste le plus intéressant. Flynn Rider est l’archétype du anti-héros. Il est tourné en dérision quand il essaie de jouer au séducteur et Disney dresse un portait peu flatteur de lui en le dépeignant comme étant de nature lâche et égoïste. Sa mascarade de bandit de grand chemin n’éblouit guère Raiponce, qui lui dit clairement préférer Eugène Fritzherbert (sa véritable personnalité) à Flynn Rider (le rôle viril qu’il cherche à tout prix à endosser). Le film insuffle un nouveau souffle aux héroïnes de Disney et même s’il y a encore du chemin à parcourir, on s’éloigne toutefois progressivement des princesses naïves et passives.

 

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6 réflexions sur “[Zoom] Mes Disney préférés #1

  1. Une Occidentale en Chine dit :

    J’avais jamais remarqué ça dans le Roi Lion, mon enfance est détruite !
    N’oublions pas que dans la legende, Mulan est tellement étouffé par l’empereur qui la veut comme concubine, finit par se suicider !
    Pour ce qui est de la Petite Sirene c’est vrai que le conte original a été totalement balayé. J’avais un dessin animé quand j’étais petite qui s’appelait « Marina la petite sirène » et qui elle finit vraiment comme la vraie petite sirène. Autant te dire que j’avais 5 ans quand je l’avais regardé et ça m’avait traumatisé alors j’étais contente d’avoir la Petite Sirene pour me mettre du baume au coeur !
    Moi je suis en amour devant Pocahontas et la Belle et la Bete héhé

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      Salut ! Je suis ravie de te revoir sur mon blog 😀 Je ne connaissais pas la légende de Mulan et je vais m’empresser d’y jeter un coup d’œil. Le Roi Lion est riche en messages politiques et c’est bien plus tard que j’ai compris que le rêve de pouvoir de Scar faisait référence aux dictatures. Je trouve au contraire que le dessin animé s’en trouve enrichi, même s’il n’a rien de l’univers des Bisounours (on est bien d’accord !!). J’aime aussi beaucoup Pocahontas (dont je connais la légende cette fois), et encore plus La Belle et la Bête.

      Tu m’as fait rire avec « Marina la petite sirène » parce que j’ai été marquée par cette version qui se rapproche effectivement bien plus du conte d’Andersen. Je pleurais à chaque fois que je la regardais et mes parents ont finalement décidé de ne plus me faire voir la cassette 🙂 Il me semble qu’il s’agit d’un film japonais.

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  2. Comme On Est dit :

    Coucou 🙂
    Effectivement je savais que Disney avait des messages à faire passer dans ces Disney. Mais je ne voyais pas autant dans le roi lion. Pourtant quand je lis tes explications je me dis que tu as tout à fait raison. Pour la petite sirène je savais que l’histoire avait changé et comme toi je pense que ça a été choisi parce que l’histoire est tellement triste qu’elle n’aurai surement pas plus.

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      Disney n’a pas réalisé de dessin animé aussi politique depuis Le Roi Lion. Simba est confronté à deux modèles parentaux diamétralement opposés : son père, le monarque éclairé et bienveillant et son oncle, le tyran narcissique et égoïste (ou plutôt un dictateur nazi en devenir entouré d’un peuple qui crève la dalle)

      Au début, Simba mène une vie tranquille aux côtés de Timon et Pumba. Il faudra attendre l’arrivée de Nala, les bonnes paroles du fantôme de son père et celles de Rafiki pour qu’il prenne conscience du vrai sens de la vie. Un « bon roi » est censé avoir le sens des responsabilités et Le Roi Lion se concentre alors sur le parcours initiatique de Simba qui devra faire un choix entre l’ombre ( « Je fais ce qu’il me plaît » de Scar) et la lumière (« le devoir d’un monarque va au-delà de sa volonté d’agir » de Mufasa).

      Happy end oblige chez Disney, Simba marchera sur les traces de son père et à mes yeux, jamais Disney ne nous a offert une scène aussi magnifique que celle montrant le jeune roi grimpant sur le fameux rocher (qui est à la fois celui de son baptême et de son couronnement). Vous l’avez compris : Le Roi Lion est mon dessin animé préféré 😉

      Tu imagines si Disney avait suivi à la lettre le conte d’Andersen ? Les enfants auraient été traumatisés sur des générations ! 😀 La Petite Sirène de Disney est très bon mais ses messages sont aux antipodes de celui de l’auteur. On y trouve les modèles traditionnels de la féminité et du patriarcat alors qu’Andersen se voulait plus réactionnaire. Le conte écrit en 1837 serait-il plus moderne que le dessin animé de Walt datant de 1989 ? Il n’y a pas l’ombre d’un doute 🙂

      Au plaisir de te revoir sur mon blog 😉

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    • mangoandshamallow dit :

      Puisque tu parles des derniers Disney rappelant l’esprit des années 90, j’ai aussi bien aimé « La princesse et la grenouille » 🙂

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