Célibataire longue durée, Véronique Poulain

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Véronique Poulain m’a fait pouffer de rire avec les aventures de son personnage principal, Vanessa Poulemploi, une quinquagénaire cynique et déjantée à souhait qui revendique ses difficultés à trouver le grand amour. Mère de deux enfants qui ont atteint le stade de l’adolescence (ils commencent naturellement à mener leur vie …), demandeur d’emploi depuis peu après avoir été pendant des années l’assistante d’une célébrité et abonnée au divan de sa psy, Vanessa se fourvoie en recherchant l’amour sur les sites de rencontres et dînant avec des hommes mariés. Le roman ne me laissera pas un souvenir impérissable mais il n’en est pas pour autant convenu. Véronique Poulain dresse effectivement, à coups de mots bien sentis et de dialogues pétillants, le portrait des femmes urbaines qui sans être vraiment malheureuses, se révèlent insatisfaites, qu’elles soient seules ou mal accompagnées.

Vanessa pourrait trouver la clé de ses problèmes en suivant les conseils de ses meilleurs amis et de sa psychologue mais quand on sait qu’elle fait beaucoup de bruit en toussant, fume comme un pompier, jure comme un charretier, abuse de la charcuterie, du fromage et de l’ail et adore raconter sa vie à qui veut l’entendre, le lecteur se doute alors que la partie est loin d’être gagnée. Je n’ai pu m’empêcher de pouffer de rire en lisant certains passages parce que même si la différence d’âge entre Vanessa et moi explique aisément la raison pour laquelle je ne me suis pas retrouvée en elle, j’ai eu toutefois l’impression de réécouter les histoires d’une collègue de travail que j’apprécie particulièrement. Elle a dix ans de moins que Vanessa mais elle a aussi été mariée avant d’enchaîner les désillusions amoureuses tout en menant le même train de vie que celui d’une jeune femme de 20 ans.

A la lecture du résumé, je ne m’attendais pas du tout à lire un récit se rapprochant de la chick-lit. Je ne parle pas du genre mettant en scène les tribulations sentimentales et professionnelles de jeunes femmes au physique si avantageux qu’elles pourraient postuler chez Vogue pour figurer sur leurs magazines en papier glacé. Au contraire, Vanessa fait son âge, même si elle se comporte souvent comme une adolescente. J’imaginais plutôt une romance comme celles écrites par Agnès Ledig et Jojo Moyes (c’est de ma faute puisque je me suis fiée uniquement à la couverture au lieu de prendre le temps de lire le résumé qui ne fait pourtant que quelques lignes) mais je ne regrette pas d’avoir suivi les péripéties de Vanessa, même si elles ne me laisseront pas un souvenir mémorable.

Véronique Poulain amène le lecteur à s’interroger sur la condition des femmes célibataires ayant dépassé la trentaine : comment vivent-elles le célibat ? Est-ce un choix ou une fatalité ? Ma collègue m’a récemment apporté la réponse sur un plateau en se basant sur sa propre expérience et ses réflexions à n’en plus finir sur le sujet. Elle n’est pas prête à s’engager dans une relation durable et ses efforts pour trouver l’homme idéal ne sont que les conséquences d’une forte pression sociale exercée sur les femmes célibataires.

Le couple est aujourd’hui encore le modèle standard et le célibat n’est toléré que lorsqu’il est provisoire. S’il constitue un choix ou s’installe, la personne concernée est regardée avec suspicion. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez elle pour qu’elle ne trouve pas « chaussure à son pied » ? (c’est d’ailleurs une expression que je ne porte pas dans mon cœur !). Ma collègue a tiré les mêmes conclusions que Vanessa : arrêter de courir après le grand amour et accepter d’être seule parce qu’elle se sent tout simplement mieux ainsi. Etre plus douée en amitié qu’en amour n’a jamais été diagnostiqué comme une tare.

Le regard que porte la pétillante quinquagénaire sur sa vie professionnelle reflète aussi l’état d’esprit dans lequel se trouve le commun des mortels. Qui n’a pas rêvé de changer de métier après avoir été vécu l’expérience traumatisante d’un licenciement ? Vanessa souhaiterait donner un nouveau souffle à sa carrière mais les résultats de son bilan de compétences lui ramènent les pieds sur terre. Trouver l’homme de sa vie et se réorienter à 50 ans est un défi délicat à relever et elle comprend alors qu’on ne peut malheureusement pas tout faire à tout âge, surtout quand on n’a plus 20 ans. Le tableau peut sembler fataliste mais le récit n’en est pas moins bourré d’humour, grâce à une héroïne décalée qui ne cesse de nous réserver des surprises.

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