Désolée, je suis attendue, Agnès Martin-Lugand

Agnès-Martin Lugand semble avoir trouvé son sujet de prédilection en dressant des portraits de femme. Dans son quatrième roman, elle raconte le parcours de Yaël qui, après avoir été une étudiante insouciante, fêtarde et peu concernée par le monde du travail, est devenue en l’espace de dix ans, une brillante interprète aux dents longues. Elle s’est détachée de ses amis qui même sans avoir une carrière prestigieuse, se sentent pleinement épanouis. La plupart se sont mariés, ont des enfants, savourent les petites choses de la vie tandis que Yaël préfère enchaîner les réunions et les dîners d’affaires sans jamais se laisser le temps de souffler.

Elle s’est également éloignée de sa famille et n’accorde plus de temps à ses loisirs pour se consacrer pleinement à son travail. Comment une telle ascension professionnelle est-elle possible ? Qu’est-ce qui a provoqué la transformation radicale de Yaël ? Le lecteur découvre assez rapidement que cette plongée à corps perdu dans le travail se révèle une stratégie pour échapper au passé. Il a tout compris mais la jeune femme est encore dans le déni …

Sous couvert d’une dimension divertissante, le roman pose une problématique sérieuse : A quel prix décide t’on de consacrer entièrement sa vie au travail ? Je la trouve particulièrement intéressante puisque ma sensibilité à l’égard des ressources humaines m’a amené à me pencher sur la notion d’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle mais je reste convaincue que je suis passée à côté de l’histoire.

Le personnage de Yaël est un ersatz de Miranda Priestly au point que je me serais parfois crue dans « Le Diable s’habille en Prada », transposé dans le milieu plus austère de l’interprétariat. Juchée sur ses talons hauts, elle est crainte par ses collégues et ne compte pas ses heures. Elle ingurgite deux fois plus de sushis par an que la moyenne des occidentaux et il ne lui manque plus que le gobelet Starbucks à la main pour remplir tous les critères de l’archétype de la working girl.

Agnès Martin-Lugand a forcé le trait et c’est pour cette raison que je n’ai pas réussi à m’attacher à cette caricature de bourreau de travail hautaine et irritable. J’avais envie de la secouer comme un prunier pour lui faire conscience qu’elle passait à côté des plaisirs de la vie. Elle s’est néanmoins révélée plus touchante à partir du moment où elle a compris qu’elle ne pouvait plus continuer à mener cette existence aseptisée et routinière. Mon regard a quelque peu changé mais je ne pouvais définitivement pas m’attacher à Yaël.

L’auteure ne pouvait pas aussi faire plus cliché en dépeignant Marc comme le brocanteur séducteur vivant avec son grand-père qui lui a transmis sa passion pour le métier et écoutant les titres de Serge Gainsbourg. Je n’oublierai pas de mentionner les amis de Yaël qui font preuve d’une patience hors du commun envers la jeune femme. Ils font des efforts pour faire abstraction de ses critiques, persistent pour partager des moments avec elle alors que je doute que les amis dans la vie réelle, se montrent aussi tolérants face à tant de mépris.

Leur force de compassion est censée être une belle leçon d’amitié. Ces relations sont si fortes que les années ne peuvent les altérer. Peu importent les erreurs et le temps qui passe, les amis sont toujours là. Or, je ne pense pas que la grande majorité des gens se montreraient aussi compréhensifs que les amis de Yaël s’ils étaient confrontés à une situation similaire. Est-ce que l’auteure ne nous ferait pas passer un message emprunt de naïveté ? Je n’en doute pas, même si je me dis aussi que rêver ne fait de mal à personne.

Je reproche néanmoins au récit de manquer de crédibilité à tous points de vue. Je n’ai pas cru une seconde au prétexte donné par Agnès Martin-Lugand pour expliquer l’ambition démesurée et la soif de reconnaissance de Yaël . Son meilleur ami ayant disparu sans crier gare, la jeune femme se serait constituée une carapace en béton armé pour lutter contre la tristesse qui la submerge depuis qu’elle l’a perdu de vue. Tous ses proches ont compris depuis longtemps qu’elle était amoureuse de lui, exceptée la principale intéressée, et je n’arrive pas à me plonger dans le récit qui me semble un peu tiré par les cheveux.

Le roman est une réflexion sur la vie, l’épanouissement personnel et plus généralement sur l’investissement et les sacrifices que l’on peut faire pour réussir. Son sujet avait éveillé mon intérêt mais Agnès-Martin Lugand n’est pas parvenue à m’embarquer, me toucher et me faire réfléchir sur mes propres choix de vie. Je lui ai trouvé de nombreux points communs avec les romances de Marc Lévy et Guillaume Musso qui, sans m’avoir laissé de souvenirs impérissables (à l’exception de « Et si c’était vrai » et « Toutes les choses qu’on ne s’est pas dites » qui s’étaient révélés des coups de cœur à l’époque), ont toutefois eu le mérite de me faire passer d’agréables moments de lecture.

Threestars1

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