[Avis] Conjuring 2 : Le cas Enfield, James Wan

Les maisons hantées et les phénomènes paranormaux sont mes sujets de prédilection et je n’ai ainsi pas été surprise de tomber sous le charme de la filmographie de James Wan. Le cinéaste a prouvé qu’il excellait dans l’art de filmer les huis-clos et les espaces fermés. Il était donc tout à fait naturel qu’il poursuive son oeuvre en s’intéressant de prés aux maisons hantées et aux esprits frappeurs. En réalisant The Conjuring, James Wan s’est penché sur l’histoire soit-disant vraie de la famille Perron qui, en élisant domicile dans une vieille demeure à Rhode Island, s’est révélée la cible d’un esprit particulièrement malfaisant.

Le réalisateur n’a pas de style à proprement parler mais ses travellings aériens et mouvements de caméra acrobatiques, sans nul doute bourrés de références aux maîtres de l’horreur incontestés (Alfred Hitchcock, William Fredkin …), semblent donner vie à la maison au sein de laquelle la famille Perron est témoin de tant de phénomènes inexpliqués. Le cinéaste ne ressemble pourtant en rien à ceux dont ils s’inspirent puisqu’il est assez facile de reconnaître un film de James Wan au premier coup d’œil. Je ne m’étais pas attendue à être aussi enthousiaste en sortant de la projection de Conjuring parce j’avais non seulement été sensible à sa technique parfaitement maîtrisée mais j’étais également ravie de me plonger dans l’ambiance des années 70.

On se retrouve immergé au cœur de cette époque exaltante dès les premières minutes, sur une musique de Dead’s Man Bones, qui accompagne le plan-séquence de l’emménagement de la famille Perron dans la demeure qui leur réservera tant de mauvaises surprises. James Wan fait ensuite naître et croître chez ses spectateurs une tension qui joue exclusivement sur les effets classiques faisant l’apanage des films d’horreur des années 70. Ils ont été usés jusqu’à la corde au point de devenir définitivement ringards et si la recette ne fonctionne plus depuis longtemps sur les vrais amateurs du genre, James Wan parvient encore à en surprendre quelques-uns.

Qu’en est-il de Conjuring 2 ? Je redoutais d’être confrontée à un pur produit mercantile semblable à Annabelle (son spin-off), qui s’était révélée médiocre, sans toutefois être une catastrophe digne de ce nom. Conjuring avait, à mes yeux, rempli ses promesses mais je reconnais aussi volontiers qu’il n’était pas d’une grande originalité. J’ai pourtant été convaincue dans la mesure où James Wan avait pris son sujet au sérieux en soignant la forme et l’écriture et en ne comptant pas exclusivement sur les effets opportunistes. J’ai aussi beaucoup aimé Conjuring 2, peut-être même davantage que le précédent, mais je trouve dommage que le cinéaste ait « bâti » son film autour de la même structure. Annabelle, la poupée diabolique, servait d’introduction au premier opus et une fois encore, Conjuring 2 ne débute pas par l’affaire Enfield mais par un autre cas qui a fait la renommée publique du plus célèbre couple de chasseurs de fantômes. Les spectateurs retrouvent ainsi Ed et Lorraine Warren qui se sont envolés pour l’Angleterre afin de porter assistance à une famille aux prises avec un démon qui leur donnera bien du fil à retordre.

En réalisant Conjuring 2, James Wan ne révolutionne pas le genre et une fois encore, là ne semble pas être son but premier. Il a beau être, à mes yeux, l’un des maîtres de l’horreur les plus talentueux de la décennie, je reconnais toutefois qu’il n’a jamais brillé par sa capacité à mettre en scène des scénarios audacieux. Il excelle plutôt dans sa manière de créer des ambiances et de provoquer la peur à travers les images. Les amateurs les plus chevronnés ne crieront donc pas à la révolution, même si certaines séquences s’avèrent relativement spectaculaires. Je nuance effectivement mes propos puisque leur impact s’en trouvera amoindri pour ceux qui ont passé leur adolescence à ingurgiter les plus grands classiques du genre. Je n’ai pas bondi de mon fauteuil aussi souvent que je l’aurais souhaité mais cela ne m’a pas empêché de suivre avec intérêt le combat des époux Warren contre le fantôme d’Enfield.

L’ambiance y est naturellement pour beaucoup, tout comme la reconstitution une nouvelle fois minutieuse d’une époque qui prend vie grâce à des décors et une photographie soignés et une bande-son dynamique. Les acteurs contribuent aussi à la réussite du film, notamment le duo formé par Patrick Wilson et Vera Farmiga qui ne manque pas de faire des étincelles. Leur relation est à la fois intense et touchante dans la mesure où ils se soutiennent toujours avec autant d’amour, quels que soient les obstacles rencontrés. En effet, le couple Warren est confronté à un esprit maléfique particulièrement coriace mais se trouve également en proie aux doutes en ce qui concerne la tournure sans cesse plus dangereuse que prend leur carrière de chasseurs de fantômes.

Les Warren restent longtemps auprès de Peggy et de ses enfants pour enquêter sur cette troublante affaire et assister la famille dans ses taches quotidiennes (dans les faits, Ed et Lorraine Warren ne sont restés qu’une seule journée en Angleterre avant de rejoindre les Etats-Unis) et les liens qui se créent entre eux expliquent la raison pour laquelle l’émotion est au centre de ce deuxième volet. S’il s’étire parfois en longueur et table sur des effets qui ne réservent plus autant de surprise, il gagne toutefois du galon en jouant la carte de l’émotion. La séquence la plus mémorable du film ne met d’ailleurs pas en scène un démon animé par le désir de vengeance. Elle montre Ed Warren en train de jouer un morceau d’Elvis à la guitare devant les enfants et leur mère, visiblement émus par l’élan de générosité du couple qui a accepté de célébrer Noël en leur compagnie.

James Wan a beau ne pas avoir exploité la carte de l’innovation, il a néanmoins fait preuve de sensibilité en insérant une tragédie familiale au cœur d’un film d’épouvante. Les spectateurs ne sont pas dupes : cette suite a incontestablement des allures de produit mercantile. Seulement, nous sommes censés savoir à quoi nous attendre en regardant des productions horrifiques hollywoodiennes. Le cinéaste a montré qu’il était tout à fait possible de réaliser des films d’horreur commerciaux n’étant pas dignes d’être systématiquement associés à la médiocrité. Pari relevé haut la main.

fourstars1

Publicités

4 réflexions sur “[Avis] Conjuring 2 : Le cas Enfield, James Wan

    • mangoandshamallow dit :

      Si tu es une habituée des films d’horreur, tout devrait bien se passer 😉 Si ce n’est pas le cas, tu risques effectivement de flipper un peu. C’est grisant pourtant les montées d’adrénaline 🙂

      J'aime

  1. MarionRusty dit :

    Pour le coup je trouve au contraire que James Wan donne une vrai patte au film, notamment avec les travellings dont tu as parlé et surtout pour ce plan fixe incroyable qui m’a fait jubiler en tant que cinéphile dans la scène où Ed Warren interview la petite fille dans le fauteuil.

    Aimé par 1 personne

    • mangoandshamallow dit :

      James Wan n’a pas de style à proprement parler dans le sens où même s’il est excellent sur le plan technique, ses films demeurent commerciaux. Ce n’est pas un défaut puisque j’ai beaucoup apprécié les films que j’ai eu l’occasion de voir ( par contre, je me souviens que la fin de Dead Silence était bâclée et « tirée par les cheveux » …) 🙂 On ne parle pas des bouses commerciales qui ont seulement pour vocation de nous faire perdre notre temps et parfois, notre argent.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s