Miss Dumplin, Julie Murphy

Le lecteur fait la rencontre de Willowdean Dickson, une adolescente en surpoids, qui dotée d’un caractère bien trempé, semble totalement assumer ses rondeurs. Je ne pense pas que l’auteure ait choisi par hasard d’installer son personnage principal au Texas. L’obésité sévit sur l’Amérique comme un fléau mais la menace est surtout présente dans les Etats du Sud profond. Le physique de Willowdean ne devrait pas susciter de curiosité particulière dans un état américain où la grande majorité de ses habitants est touchée par l’obésité. Le regard de certains camarades de classe lui rappelle pourtant que son corps ne correspond en rien aux représentations de la beauté déterminées par une pression sociale n’ayant jamais été aussi oppressante qu’au cours de ces dernières années.

Elle ne veut pas ressembler à sa tante qui n’a jamais accepté son corps et fait abstraction des critiques malveillantes des autres. Elle ne supporte plus le regard de sa mère qui voit d’un mauvais œil qu’elle ait des rondeurs. Cette dernière était aussi en surpoids avant de participer au concours de beauté de Clover City et d’en devenir la dirigeante. Sa propre sœur étant décédée d’une crise cardiaque en raison de son obésité morbide, elle redoute sûrement que Willowdean connaisse un jour le même destin funeste. Je ne l’ai donc pas perçu comme un « monstre » superficiel mais plutôt comme une mère qui s’inquiète pour la santé de sa fille. On peut en revanche lui reprocher d’avoir fait preuve de maladresse en interpellant Willowdean par son surnom (Dumplin signifie « boulette ») devant le lycée, déclenchant ainsi la moquerie d’un camarade de classe immature qui s’est alors servi de cette marque d’affection pour blesser la jeune fille.

Il ne lui en fallait malheureusement pas davantage pour renforcer des complexes d’infériorité qu’elle avait cherché à enfouir au plus profond d’elle-même. Patrick n’a fait qu’enfoncer le clou puisque les faux-semblants ont soudainement volé en éclats, au moment où le séduisant collègue de travail de Willowdean n’a plus caché son attirance pour elle. Elle ne parvient pas à concevoir qu’un garçon comme lui puisse la trouver belle et imaginer que la société fasse preuve de tolérance envers leur couple. Elle se sert alors d’un faux prétexte pour se détourner de lui et ne pas risquer de se confronter aux moqueries de son entourage.

Certaines lectrices n’ont pas apprécié Willowdean parce qu’elle est pleine de contradictions. Seulement, l’attitude des personnes souffrant de complexes d’infériorité, est souvent paradoxale. Elle condamne Patrick qui passe son temps à se moquer des autres lycéens et à leur affluer d’horribles surnoms alors qu’elle ne peut s’empêcher de porter des jugements de valeur assez dégradants à l’encontre des jeunes filles qui ne lui ressemblent pas. Je ne me suis pas attachée à sa personnalité mais je comprends les raisons pour lesquelles elle est capable de se monter si paradoxale dans certaines situations.

En revanche, je trouve qu’elle ne se montre pas suffisamment honnête avec les gens qui l’aiment telle qu’elle est. Son cœur balance entre deux garçons mais elle utilise Mitch comme « bouche-trou » tout en se plaignant que Bo courtise une autre fille. Or, elle n’a cessé de repousser ses avances. Willowdean peut faire preuve d’un certain égocentrisme mais j’ai apprécié que Julie Murphy ait donné une dimension aussi humaine à la personnalité de la jeune fille. Si elle avait vraiment existé, je ne m’en serais probablement pas fait une amie mais elle n’est finalement pas si éloignée des personnes que l’on rencontre dans la vie réelle et qui suscite en nous des sentiments contradictoires.

J’ai néanmoins regretté la profusion de personnages caricaturaux dans « Miss Dumplin ». J’ai eu l’impression de lire le scénario d’une comédie romantique américaine. Je me suis accrochée pour connaître la fin de l’histoire que j’ai finalement trouvée bâclée et précipitée. Le concours en lui-même ne tient même pas sur 50 pages alors que Julie Murphy avait matière à exploiter le sujet de façon plus subtile et mordante. J’attendais beaucoup de ce roman qui n’a pas su retenir mon intérêt au fil des pages. Il m’est arrivé de lire plusieurs fois le même paragraphe tant je n’arrivais pas à fixer mon attention sur l’histoire qui, selon moi, manque de rythme et de piquant.

« Miss Dumplin » est indéniablement bien lisse alors qu’un tel sujet aurait mérité d’être exploité de manière non conventionnelle. En revanche, j’ai été sensible au fait que le roman ne se focalise pas que sur la difficulté pour les rondes d’accepter leur corps. Il traite effectivement de thèmes aussi variés que les liens mère-fille, l’amitié et le deuil. Je m’attendais à lire un récit plus profond et c’est la raison pour laquelle je vous recommande de considérer « Miss Dumplin » comme un roman digne d’être savouré sur la plage.

Twostars

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