Confessions intimes : Le snobisme culturel

Je prends le risque de vous avouer un lourd secret : j’ai longtemps été une snob littéraire. Je ne me suis pas retrouvée en licence de lettres modernes par le fruit du hasard. Mon amour pour les livres et la littérature est viscéral au point que si j’avais pu donner un virage différent à ma carrière en faisant taire la raison, je me serais certainement orientée vers le milieu microcosmique de l’édition. Au risque de surprendre, je peux vous garantir que ce ne sont pas mes études de lettres qui m’ont poussé à devenir snob. Au contraire, je dirais même que les heures passées à décrypter des pavés rédigés en ancien français et disserter sur les romans classiques ont manqué mettre en péril ma passion pour la lecture. Mon snobisme s’est plutôt déclaré au moment où je les ai terminées.

Je ne suis pas du genre à secouer la tête d’un air exaspéré lorsque je repère quelqu’un qui lit le dernier roman de Guillaume Musso dans le tramway. On a le droit de lire ce qu’on veut, peu importe l’auteur et le genre littéraire. Où est le problème tant qu’on prend du plaisir à lire ? Je ressens parfois l’envie de réfléchir, de sortir de ma zone de confort alors qu’à d’autres moments, j’éprouve plutôt le besoin de me plonger dans une histoire qui, en étant aussi légère qu’une bulle de champagne, sera aussitôt oubliée, une fois la dernière page tournée.

Je pars du principe que tout lecteur doit porter un regard bienveillant sur ses choix dans la mesure où lire reste un loisir. Quel intérêt d’être absolument productif dans une activité qui est censée nous procurer du plaisir ? En ce qui me concerne, je n’en vois aucun et il ne m’est d’ailleurs jamais venue à l’idée de regarder de travers une personne qui ne lit ni Flaubert ni Molière. Chacun fait ce qu’il veut pour la simple raison qu’on lit pour soi-même et non pour ce que l’on représente aux yeux des autres. Etre exigeant envers ce qu’on lit est tout à fait normal mais cela ne nous donne pas le droit de balancer notre mépris au visage des gens ayant adoré un livre qu’on n’a pas aimé. J’ai failli me rouler par terre en hurlant à la mort tellement j’ai déploré la médiocrité des Cinquante Nuances de Grey mais je ne me serais pas permis de critiquer les copines qui se sont passionnées pour les tribulations sexuelles de son héroïne ingénue.

En revanche, je reconnais qu’il m’a fallu du temps pour ne plus porter de jugement de valeur sur ceux qui ne lisent pas de romans. Au fil du temps, j’ai pris conscience que la lecture ne se réduisait pas qu’à un unique genre littéraire, après avoir longtemps considéré que les amateurs de bandes dessinées et comics ne pouvaient pas être de vrais lecteurs. Je me sens d’autant plus mal à l’aise aujourd’hui que je me suis récemment passionnée pour certains comics. Certaines personnes disent aussi qu’elles ne lisent pas alors qu’elles prennent plaisir à ouvrir un journal ou une revue spécialisée. Elles ont même souvent honte d’avouer qu’elles ne lisent pas de romans parce qu’elles sont jugées par un lectorat qui a tendance à placer ce genre sur un piédestal. Je ne m’estime pas légitime pour les critiquer puisque j’ai longtemps été une snob littéraire.

Qu’ai-je pensé des gens qui ne lisent pas du tout ? A l’époque, je n’arrivais pas à concevoir qu’on ne puisse même pas s’intéresser à un article en ligne car non seulement je portais un regard méprisant sur ceux qui ne lisent jamais de romans mais j’avais également une piètre opinion du support numérique. J’estimais qu’on passait déjà trop de temps devant les écrans. Mon avis est actuellement loin d’être aussi catégorique mais il n’en a pas toujours été ainsi. Je ne considère plus les gens qui ne lisent pas comme une caste de la misère intellectuelle, même si mon expérience professionnelle m’a fait constater qu’on peut assez souvent faire le lien entre ceux qui manquent cruellement de culture générale (certaines lacunes me donnent encore envie de sauter au plafond) et ceux qui éprouvent une réticence certaine à lire, quelque soit le support et le genre. Je ne blâme plus les personnes qui préfèrent se divertir autrement. En tant que passionnée, je ne passe pas non plus tout mon temps libre plongée dans les livres. Je consacre aussi beaucoup d’énergie à faire du sport et ne peux donc pas prétendre qu’il n’y a que la lecture dans la vie.

Mon snobisme littéraire s’est atténué au fil du temps au point de totalement disparaître mais je ne peux encore m’empêcher de porter un regard très critique sur la télévision. Je trouve que la plupart des programmes sont dénués d’intérêt et c’est une des raisons pour laquelle je me détourne de plus en plus du petit écran. Je ne supporte ni les téléfilms allemands diffusés en début d’après-midi ni les séries policières françaises à la mise en scène trop théâtrale. Les émissions de télé-réalité sont aussi dans mon collimateur. Je n’aime pas les valeurs qu’elles véhiculent auprès des spectateurs dans la mesure où leur « scénario » laisse croire qu’on ne peut réussir qu’en écrasant les autres.

Les amateurs de télé-réalité ont pour point commun d’aimer rire de la bêtise des candidats qui sont tous plus stéréotypés les uns que les autres (un choix pleinement revendiqué par les boites de production … ce n’est pas un scoop) mais certains pensent qu’il suffit de se déshabiller et de déblatérer des absurdités devant une caméra pour se sentir exister et réussir dans la vie, comme s’il n’existait pas d’autre moyen de se faire une place dans la société.Je pense que les émissions de télé réalité ont été conçues dans le but de rassurer le public sur sa propre intelligence mais avant elles, il en existait d’autres qui reposaient sur le même concept.

La télé-réalité n’est pas dangereuse tant que la personne est capable de prendre de la distance vis-à-vis des images et messages qui y sont véhiculés. Seulement, est-ce constructif de se valoriser soi-même en dévalorisant les autres ? Les avis sont partagés sur le sujet mais en ce qui me concerne, je suis convaincue qu’il n’est pas sain de bâtir son estime de soi autour du mépris et de la moquerie. Je n’aime pas la grande majorité des programmes diffusés à la télévision parce qu’ils ont le chic de m’ennuyer ou de m’exaspérer (quand ce n’est pas les deux à la fois) et c’est pour cette raison que je préfère consacrer mon temps libre à lire, faire du sport et regarder les films sortis sur grand écran qui retiennent mon intérêt. Mon petit doigt me dit d’ailleurs que ce n’est pas près de changer 😉

 

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