Les films d’horreur qui m’ont marquée : Evil Dead, Fede Alvarez #2

A l’annonce du tournage du remake d’Evil Dead, les amateurs de films d’horreur ont fait des bonds sur leur canapé. Il paraissait inconcevable de créer une nouvelle version qui puisse égaler ou surpasser celle de Sam Raimi, même si l’original était follement « cheap ». Le cinéaste avait lui-même avoué à l’époque qu’il avait réalisé les effets spéciaux avec les moyens du bord et le film ne datant pas d’hier (1981), les amateurs du genre lui pardonnent bien volontiers. Trente ans plus tard, l’original reste toujours aussi malsain et le fait que le scénario n’ait pas vieilli prouve qu’il n’avait pas spécialement besoin d’un lifting.

Seulement, je vais vous faire un aveu qui va sans doute donner envie aux fans de la première heure de me jeter des pierres par écran interposé. Je reconnais effectivement que j’ai préféré la nouvelle version à l’original. Certains disent qu’elle ressemble davantage à un Evil Dead 4 qu’à un remake mais peu importe, ce film m’a fait l’effet d’une claque dans la figure. La version de Fede Alvarez se paye déjà le luxe de trouver un vrai prétexte au carnage qui se trame dans les bois. Il ne se contente pas d’une réunion entre amis d’enfance, d’un week-end de beuverie ou d’une escapade entre étudiants surexcités (au sens sexuel du terme) mais nous plonge plutôt au cœur d’une macabre histoire de rehab sauvage.

Le personnage principal, Mia, est une jeune fille qui souffrant d’addiction à la drogue, décide de se reprendre sérieusement en main, sous peine de rester définitivement sur le carreau. La méthode douce n’a pas fait ses preuves et c’est pour la raison pour laquelle ses proches ont choisi de gérer la désintoxication de Mia loin de toute civilisation. Peu de temps après avoir emménagé dans la cabane familiale (la bicoque a tout de même pris un sacré coup de vieux !), un des membres du groupe a retrouvé le sinistre Livre des Morts et relâché des vieux démons dans la nature, provoquant ainsi une sacrée pagaille riche en flots d’hémoglobine.

Pourquoi est-ce que ce changement scénaristique est plutôt intelligent ? La possession de Mia peut être aisément confondue avec les effets secondaires de sa désintoxication et ses proches vont d’ailleurs mettre un certain temps avant de comprendre que le problème n’est pas lié à son état de santé mais à une cause bien plus grave. On déplore souvent que les personnages de films d’horreur réagissent trop tardivement face à une situation qui n’a pourtant cessé d’empirer. Or, j’ai été ravie de constater que Fede Alvarez ne s’est pas réfugié dans la facilité puisque les spectateurs savent exactement pourquoi personne ne s’inquiète outre mesure et les raisons pour lesquelles les proches de Mia persistent à rester dans cette cabane sinistre au lieu de prendre la poudre d’escampette au premier grincement de porte.

L’affiche d’Evil Dead nous promettait le scénario le plus effrayant de tous les temps, surpassant même celui où on se laisserait aller à cauchemarder que François Hollande puisse être réélu président de la République. Je suis néanmoins aux regrets de vous annoncer que ce n’est guère le cas. Je lui ai reproché son caractère trop prévisible (on a beau connaître l’histoire, on s’attend encore à être surpris) mais en étant visuellement impressionnant, bien ficelé et efficace, Evil Dead m’a tout de même donné l’impression de dévaler une piste noire sans que je sache skier.

Sam Raimi avait joué la carte de la dérision alors qu’Alvarez a opté pour le premier degré du début à la fin. Je ne peux lui reprocher d’avoir fait ce choix car la parodie fonctionne rarement sur moi. Lors de la promotion de son film, le réalisateur avait aussi insisté sur le fait qu’il n’avait pas utilisé les technologies les plus novatrices pour réaliser ses effets spéciaux et même s’il est parfois difficile de s’immerger totalement dans un combat livré entre un héros se battant contre une image de synthèse, j’ai été sensible au travail qui avait été effectué pour la photographie. Son résultat impeccable sert particulièrement bien l’atmosphère sinistre et glauque du film.

Je dirais même que cette nouvelle version est « poisseuse ». La cabane mériterait qu’on y passe un peu de temps pour faire le ménage (rangez vos lingettes désinfectantes les amis, il en faut bien plus que ça pour venir à bout de toute cette crasse), le sang gicle dans tous les sens et notre Mia possédée ne manque pas d’imagination pour faire souffrir (le mot est faible !) ses proches.

Je mentirai donc si j’écrivais que le film ne contient pas une bonne dose de violence et de gore mais l’ensemble n’est ni extrême ni injustifié. Pas de fractures ouvertes en gros plans avec des beuglements exagérés (même si ça doit faire mal 😉 ), pas d’œil retiré à la petite cuillère par un sadique qui aurait seulement sa place dans un hôpital psychiatrique … Tout a une raison d’exister, même si certains cinéphiles hurlent au scandale en disant que le remake d’Evil Dead relève davantage du « Torture Porn » que du film d’horreur.

Je n’ai pas fait d’études supérieures dans le cinéma (je me suis en effet arrêtée au niveau du bac pour me diriger vers une filière qui n’a rien à voir avec le monde du spectacle) mais il me semble bien que celui-ci est une sous-catégorie du genre et qu’Evil Dead ne peut être considéré comme tel. Il aurait fallu que Mia et ses proches soient victimes d’un psychopathe qui prend un malin plaisir à les torturer. Selon moi, Saw et Cannibal Holocaust relèvent par exemple du « Torture Porn » tandis qu’Evil Dead, en parlant de possession, se rapproche davantage du genre de L’Exorciste. Je ne vais cependant pas m’attarder sur cette polémique et revenir plutôt brièvement sur le sujet.

En tant qu’amatrice de films d’horreur depuis la pré-adolescence, je reconnais que j’ai souvent l’impression d’avoir fait le tour du genre. Le remake de Fede Alvarez m’a pourtant donné envie de croire que le Septième Art est encore capable d’innover, de nous offrir de bonnes raisons de se réjouir et de penser que le cinéma d’horreur n’est pas mort et enterré.

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