[Zoom] : Ma meilleure amie s’est fait embrigader, Dounia Bouzar

Dounia Bouzar sait de quoi elle parle : cette anthropologue du fait religieux a fondé le Centre de Prévention contre les Dérives Sectaires liées à l’Islam (CPDSI) dans lequel elle mène une lutte quotidienne contre la radicalisation des jeunes victimes de la propagande et des méthodes des rabatteurs de groupes djihadistes. Après avoir été soutenue par le gouvernement, Dounia Bouzar a pris la décision de ne pas renouveler son mandat avec l’Etat en tant que «Cellule Mobile d’Intervention» sur le territoire national à la disposition des Préfectures. La mission gouvernementale de Dounia Bouzar prendra fin en juin  en protestation contre la proposition de déchéance de nationalité mais elle assure que son combat ne s’arrêtera pas.

Dans le même temps, ses méthodes de déradicalisation ont été pointées du doigt par ses détracteurs quand on a appris qu’une jeune fille de 17 ans, prise en charge par le CPDSI, avait de nouveau tenté de rejoindre l’Etat islamique en Syrie. Dounia Bouzar et son équipe étaient attendus au tournant dans la mesure où l’association ayant été inondée de subventions, le gouvernement exigeait forcément des résultats probants. Seulement, le processus de désembrigadement n’est pas une science exacte et j’estime qu’il est « normal » que certains cas se soldent malheureusement par des échecs. On ne peut rien garantir lorsqu’on accompagne des individus à sortir de situations extrêmement délicates.

En tout cas, ce roman est le fruit d’un travail périlleux et d’utilité publique au cours duquel Dounia Bouzar et son équipe ont recueilli maintes faits réels et témoignages. ils ont inspiré l’anthropologue qui a alors souhaité nous délivrer un message de prévention contre la menace de radicalisation des jeunes. Elle en profite par la même occasion pour tordre le cou aux idées reçues, dans le but que les gens cessent de croire que ceux qui basculent vers Daesh sont issus de milieu défavorisé, dénués d’espoir social et manquent de ressources financières.

Le roman retrace effectivement la radicalisation de Camille, une lycéenne sans histoire qui n’est pas de confession musulmane. Donnant tour à tour la parole à la jeune fille et à sa meilleure amie Sarah qui, elle, pratique l’Islam, Dounia Bouzar offre la possibilité aux lecteurs de vivre le processus d’embrigadement de l’intérieur, comme s’ils lisaient le journal intime des deux adolescentes. La plume de l’anthropologue est d’ailleurs très fluide mais n’a rien de sensationnel. J’accepte de faire un peu abstraction du style d’écriture pour me concentrer sur le message fort qu’elle a voulu délivrer.

J’ai eu l’occasion d’assister à une conférence du cabinet Bouzar Expertises sur mon lieu de travail et j’avais été sensible à la façon dont le prestataire nous avait expliqué en détails le processus de radicalisation. En lisant le roman, j’ai fait aisément le rapprochement entre le parcours fictif de Camille et les témoignages vidéo que nous avions écoutées lors de cette journée consacrée à l’embrigadement des jeunes par les djihadistes. Je pense qu’il est nécessaire de remettre ce livre entre les mains des adolescents (pourquoi ne pas commencer à les initier à ces risques à partir de 13 ans ?) pour qu’ils puissent comprendre les mécanismes et les enjeux du processus de radicalisation. Dans le récit, Camille découvre par hasard des théories complotistes avant de tomber dans des réseaux djihadistes. Or, ces théories farfelues sont le point commun de tous les jeunes qui basculent. Le jeune qui s’y intéresse ressent des émotions anxiogènes, si bien qu’il n’a plus confiance en personne et se coupe du monde réel.

Le complotisme permet aux rabatteurs de resserrer leur emprise sur la victime pour qu’il ne s’adresse plus qu’au groupe radical. Il bascule dans la paranoïa où il a l’impression que tous les adultes lui mentent, d’abord sur des choses qui nous concernent directement comme la présence de produits chimiques dans la nourriture, les méfaits de certains médicaments sur l’organisme pour ensuite gagner des sujets de plus grande ampleur comme l’existence de mensonges provoquée par des sociétés secrètes comme les Illuminati. Il serait aussi trop facile si le jeune en voie de radicalisation avait le sentiment d’être embrigadé. Les rabatteurs lui font croire qu’il est « l’élu » parce qu’il voit des choses que les autres ne perçoivent pas. Au contraire, le jeune se croit libéré et estime que ce sont les autres qui sont endoctrinés.

Le processus de radicalisation est à priori plutôt classique mais son caractère vicieux s’exprime dans le fait que les rabatteurs s’adaptent aux opinions religieuses du jeune. S’il est musulman, ils se servent rapidement d’arguments théologiques mais s’il ne l’est pas, ils n’ont alors recours à l’Islam qu’au moment où il devient réceptif. La plupart du temps, les jeunes recrutés sont athées ou alors s’ils sont croyants, ne sont pas très pratiquants. Les statistiques montrent d’ailleurs que les jeunes qui pratiquent l’Islam et connaissent le Coran sont relativement protégés de l’emprise des rabatteurs. Le jeune ne pense progressivement plus par lui-même et n’existe qu’à travers le groupe mais contrairement aux idées reçues, les rabatteurs ne choisissent pas que les personnes les plus fragiles.

Tous les adolescents ont une part de vulnérabilité et les recruteurs profitent d’une période de malaise pour asseoir leur autorité. Au contraire, les adolescents embrigadés sont intelligents, sensibles, engagés et partent en Syrie dans l’intention de construire un monde plus juste. Les rabatteurs s’adaptent aux besoins du jeune et à n’importe quel malaise. A une jeune fille qui a subi une agression sexuelle, ils lui diront que toutes les femmes sont protégées en Syrie alors qu’à celle qui a pour ambition d’intégrer Sciences Po et de construire un capitalisme un peu plus égalitaire, ils lui raconteront que les soins et l’accès à l’éducation sont gratuits dans ce pays.

Une fois qu’ils ont détecté « le talon d’Achille » du jeune, ils appliquent alors des méthodes de radicalisation dévastatrices. Cette manipulation est d’autant plus dangereuse que n’importe quel jeune peut basculer un jour dans le djihadisme et c’est la raison pour laquelle j’ai l’intention de faire lire ce roman à la nièce de mon copain. Elle s’apprête à fêter son treizième anniversaire, commence à échanger sur les réseaux sociaux et peut malheureusement être une proie des rabatteurs. Cette tragédie n’arrive pas qu’aux autres …

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Revue de lectures : Mai #6

La revue de lectures du mois de mai est un peu spéciale car j’ai choisi de vous présenter que deux romans dans cet article. Pour quelles raisons ? J’ai préféré consacrer un billet entier à mes deux autres lectures qui traitent d’un thème me tenant particulièrement à cœur et d’un sujet d’actualité brûlant. La première qui raconte le parcours tragique d’un jeune homme illettré a déjà fait l’objet d’une chronique (ici). Je ne manquerai pas d’en rédiger une autre qui aborde un sujet ne pouvant être analysé en seulement quelques paragraphes. En attendant de publier ma prochaine chronique, j’ai décidé aujourd’hui de partager avec vous mes autres lectures qui se sont révélées excellentes.

  • Le roman de Boddah, Héloïse Guay de Bellissen

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment j’ai pu passer à côté de ce livre. « Le roman de Boddah » est effectivement une petite merveille, un concentré poignant d’amour, de désespoir et de haine. J’ai eu maintes fois l’occasion de lire des histoires émouvantes mais il n’empêche que je me suis prise celle-ci en pleine tête. Ce n’est pas une mince affaire d’être l’ami imaginaire d’une rock star. Vous n’avez qu’à demander à Boddah, qui fut celui de Kurt Cobain, cette icône du rock alternatif si torturée. Celui-ci a suivi le chanteur tout au long de sa courte vie alors que la durée moyenne des amis imaginaires est de quatre ans, les parents se chargeant toujours de les faire disparaître d’une façon ou d’une autre.

Kurt n’a cessé de s’adresser à Boddah, lui écrivant même une lettre avant de mettre fin à ses jours. On se doute que le chanteur de Nirvana ne croyait plus en son existence depuis déjà fort longtemps et pour l’avoir lu, je trouve qu’elle ressemble davantage à une lettre d’adieu destiné à ses proches qu’à un ultime message adressé à son ami imaginaire. En tout cas, Boddah a fait partie de la vie de l’icône grunge et la plume d’Héloïse Guay de Bellissen nous le présente comme un témoin des moments heureux mais aussi de l’addiction de Kurt Cobain à l’héroïne. On se doute encore que l’abus de drogue est dangereux pour la santé (sans blague !) mais Boddah nous explique que ce n’est pas le fruit du hasard si le chanteur de Nirvana était plus préoccupé à l’idée de se piquer les avant-bras que de se remplir l’estomac.

Si vous connaissez un tant soit peu la vie de Kurt Cobain, vous vous doutez sûrement que le roman n’est pas léger mais vous n’imaginez peut-être pas à quel point le personnage se détestait. L’amour que lui portait Courtney Love, ses talents de chanteur, l’immense succès de Nirvana et son compte en banque bien garni n’étaient pas assez puissants pour remédier au mal-être qu’il éprouvait depuis l’enfance. Il se considérait comme un moins que rien et n’avait pas encore grandi dans sa tête, malgré le fait qu’il ait largement dépassé le stade de l’adolescence. Son attitude puérile pouvait d’ailleurs être pathétique. Certains lecteurs ont trouvé cette facette de la personnalité de Kurt particulièrement attachante tandis que j’avais plutôt envie de mettre des claques à cette célébrité capricieuse qui gaspillait honteusement la nourriture dans ses loges et vandalisait les chambres d’hôtel en compagnie d’une épouse presque aussi déjantée et toxicomane que lui. Le comportement de Kurt me faisait parfois grincer des dents mais j’ai aussi été sincèrement émue par son histoire.

A travers mes lectures, j’ai rarement eu affaire à un personnage aussi torturé. Comment peut-on se détester à ce point ? Boddah nous donne bel et bien quelques explications au fil du récit mais ni la naissance de Frances ni l’omniprésence de cet ami imaginaire n’empêcheront le pire d’arriver en ce jour d’avril 1994. Après de multiples tentatives de désintoxication, le chanteur met fin à ses jours, laissant derrière lui une épouse éplorée, une petite fille et des millions de fans. En racontant l’histoire de Kurt Cobain du point de vue de son ami imaginaire, Héloïse Guay de Bellissen nous offre un récit original composé d’anecdotes réelles, de faits et de conversations inventés de toutes pièces et paradoxalement, c’est aussi là que le bât blesse. Kurt Cobain et Courtney Love étaient ravagés par la drogue et je pense que l’auteure a voulu rendre leur mariage plus idyllique qu’il ne l’était en réalité. Néanmoins, seuls les fans purs et durs sauront probablement démêler le vrai du faux.

Faut-il d’ailleurs aimer Nirvana pour apprécier le roman ? Je répondrai qu’il est préférable d’avoir un certain attrait pour leurs chansons, sans qu’il ne soit pour autant nécessaire d’être un fan absolu. J’ai découvert les titres de Nirvana à l’âge de 15 ans, même si j’ai connu l’existence du groupe quelques années auparavant. J’aime de temps en temps écouter leurs chansons mais si le groupe existait encore, je ne me serais pas précipitée pour acheter une place de concert. Il ne vaut mieux pas être complètement insensible à Nirvana mais on peut également lire l’histoire de Kurt Cobain comme la chute vertigineuse de n’importe quel jeune homme toxicomane et mal dans sa peau. Il n’y a malheureusement pas que les célébrités qui se droguent, plongent dans la dépression et décident d’en finir avec la vie.

L’auteure nous décrit aussi un Kurt Cobain hypersensible et émouvant en papa poule. Est-ce la réalité ou une idéalisation du chanteur torturé ? Je ne suis pas toujours capable de différencier les faits réels de la fiction (je pense d’ailleurs qu’il ne faut pas le lire comme une biographie) mais peu importe, ce roman m’a fait l’effet d’une claque dans la figure. Je le recommande naturellement à tous les fans de Kurt Cobain mais aussi aux lecteurs qui ne se sont pas encore lassés des parcours de vie auto-destructeurs. Quoiqu’il en soit, je vous promets que celui-ci a quelque chose d’atypique …

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  • L’Elite, Tome 1. Joëlle Charbonnier

Le premier tome de cette dystopie me tentait pour la simple raison qu’on ne cessait de la comparer à Hunger Games. J’avais dévoré les aventures de Katniss Everdeen quelques années auparavant mais ce n’est pas sans une certaine appréhension que je me suis lancée dans les péripéties de Malencia. Les maisons d’édition nous vendent souvent du rêve en promettant que certains récits ressemblent à ceux ayant déjà rencontré un immense succès. « Si vous avez aimé « Nos étoiles contraires », vous aimerez « Si je reste » de Gayle Forman »… Il s’avère que ce ne sont pas toujours des promesses en l’air pour « attirer le poisson » puisque je n’ai effectivement aimé ni l’un ni l’autre mais je continue de me méfier de ces comparaisons trop faciles.

Mon avis sur ce premier tome se révèle pourtant élogieux car le récit m’a réservé des surprises. Malencia, ou Cia pour les intimes, vient de fêter son seizième anniversaire et s’apprête à assister à une cérémonie visant à faire passer des tests à certains lycéens. Les plus brillants sont effectivement élus pour le Test, un passage obligé et périlleux pour pouvoir intégrer l’Université. Cia est sélectionnée au dernier moment pour passer le Test de l’Elite, accompagnée d’autres camarades de sa colonie des Cinq Lacs. Naturellement, seuls les meilleurs seront retenus. Rien n’est prévisible. On ne sait pas ce qui attend les candidats, hormis le fait que celui-ci est une succession d’épreuves ayant pour but d’évaluer leurs capacités physiques et intellectuelles. Certaines particulièrement dangereuses permettent aux membres du comité d’éliminer le plus grand nombre.

Je reconnais que le début est assez lent mais une fois la sélection du test commencée, j’ai été happée par le récit qui devient rapidement haletant. Son écriture très fluide a aussi contribué à ce que j’entre au cœur de l’action mais si l’enchaînement des événements constitue à mes yeux un des points forts du roman, il n’est pas le seul critère me permettant de hisser le premier tome au rang de coup de cœur. J’ai effectivement beaucoup apprécié le personnage de Malencia qui en étant non seulement intelligente et forte sur le plan physique et psychologique, garde la tête sur les épaules et ne déroge pas à ses valeurs. Je reconnais avoir un faible pour les héroïnes badass qui ont du plomb dans la cervelle et c’est sûrement une des raisons pour lesquelles j’aime tant les dystopies.

L’auteure n’a malheureusement pas accordé autant d’attention à la psychologie des autres personnages mais cette faiblesse ne m’a pas empêché d’éprouver de la sympathie pour Michal. Quant à Tomas, je ne saurai dire si je l’apprécie ou pas. Seuls les tomes suivants nous révéleront ses réelles intentions et quoiqu’il en arrive, je ne suis certaine que d’une chose aujourd’hui : j’ai vraiment hâte de lire la suite.

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What’s up ? :  Mon contrat au sein de la Mission Locale avait pris fin de manière inattendue en avril dernier. Pendant ma période de chômage, j’ai postulé pour être conseillère dans une entreprise d’insertion. Les missions consistant à recruter et accompagner les salariés les plus éloignés de l’emploi, je trouvais que le poste correspondait parfaitement à ma double compétence Ressources Humaines/Insertion Professionnelle. En revanche, j’ai appris au cours de l’entretien que l’entreprise est en plan de sauvegarde et cette nouvelle m’a beaucoup refroidie. Signer un CDD étant déjà une situation précaire, je n’avais pas envie de rajouter une dose d’incertitude. Je n’ai pas eu l’occasion de réfléchir bien longtemps puisque le lendemain, on m’a proposé de réintégrer la Mission Locale à partir du 1er juin pour une période de 6 mois. J’ai tellement aimé mon expérience là-bas que j’ai naturellement répondu … oui !  🙂

Training & Running : Quand la motivation n’est plus là

J’ai envie de vous parler aujourd’hui des périodes que chaque sportif rencontre un jour. Il s’agit du creux de la vague ou tout simplement de la baisse de motivation. Ne plus ressentir l’envie de s’entraîner est un phénomène tout à fait naturel sur lequel nous pouvons agir, sans toutefois garantir qu’il ne va plus se reproduire. Notre corps n’est pas une machine et je n’éprouve donc pas le même entrain tout au long de l’année. En règle générale, je traverse ce creux de la vague deux fois par an, autour de mars et novembre. Le changement de saison me fatigue et souvent à ces périodes, les courses clés de la saison sont passées et je n’ai ainsi plus de réel objectif avant deux à trois mois.

Je ne progresse pas autant que je le voudrais ou je ne ressens plus vraiment de plaisir quand je cours … Ces « symptômes » indiquent que la motivation n’est plus au rendez-vous et on ne peut plus se permettre d’en douter lorsqu’on commence à se dire qu’il faut se bouger les fesses pour aller courir ou se rendre à la salle de sport. C’est mauvais signe mais le manque de motivation est loin d’être une fatalité. Je dirais même qu’elle est un passage obligé, même pour ceux qui sont passionnés de sport. Si on parvient à trouver la motivation, il nous arrive de la perdre aussi. Au lieu de dramatiser ces moments de doute, de manque d’envie ou pire, de se laisser complètement aller, mieux vaut se demander pourquoi nous ne sommes plus aussi motivées et comment retrouver la flamme pour le sport.

Ressentez-vous une baisse de forme ? Avez-vous moins de temps à consacrer à l’activité physique ? Etes-vous trop préoccupées par les tracas du quotidien ? Le problème ne vient pas toujours du sport en lui-même (si vous vivez depuis plusieurs mois vos sorties de running comme des séances de torture psychologique , il est alors temps de se poser des questions …) mais de la conséquence. C’est l’hiver, il fait froid, votre corps est fatigué et vous avez des dossiers à traiter en sortant du travail. Dans ce cas, vous êtes tellement préoccupées que le sport ne vous soulage plus autant qu’auparavant et devient même un fardeau supplémentaire. Je pourrai vous citer d’autres exemples mais si vous vivez une situation à peu près similaire, je vous conseille alors de faire une pause.

L’activité physique ne doit pas vous dégoûter et si elle ne vous permet plus de vous défouler et de faire le vide avant de retourner dans le quotidien, il est nécessaire de l’arrêter pendant quelques temps. Quelques jours, une ou deux semaines ? Peu importe, du moment que le temps accordé vous est bénéfique pour faire le point et retrouver les raisons qui vous ont motivées à vous lancer dans cette activité. Si vous ne voulez pas laisser vos périodes difficiles empiéter sur votre plaisir de faire du sport, mieux vaut aussi se pencher sur les raisons qui ont entraîné votre baisse de motivation. En ce qui me concerne, j’ai eu un passage à vide de trois mois parce que je n’arrivais plus à m’entraîner aussi régulièrement à la course à pied. J’ai eu une tendinite en novembre dernier après m’être surentraînée en fin d’année alors que mon corps m’envoyait des signaux d’alerte m’annonçant qu’il était trop fatigué pour faire du sport quotidiennement.

J’ai été contrainte d’arrêter toute activité physique et quand je n’ai plus ressenti de douleur au genou, j’ai subitement craint de reprendre le running. Pour quelles raisons ? J’ai pris conscience que je n’avais pas suffisamment écouté mon corps et redoutant de commettre la même erreur, j’ai eu peur que ma tendinite se manifeste à nouveau et m’oblige encore à arrêter le sport. J’ai alors repris progressivement et le plaisir est revenu lorsque les craintes de se blesser se sont dissipées.

Je vous parle de mon expérience personnelle mais les raisons susceptibles d’entraîner une baisse de motivation sont très variées. Elle peut être tout simplement liée à un manque de résultat : on a beau faire des abdos pour avoir un ventre plus ferme, des fractionnés pour courir plus vite, les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances et le découragement nous gagne. Au risque de me répéter, le corps n’est pas une machine. Il a besoin de récupérer. J’aime encourager les gens à se dépasser mais le « no pain, no gain » a tout de même ses limites : on doit avant tout écouter son corps (je suis bien placée pour le dire puisqu’il en a fait les frais l’hiver dernier …).  La cause peut aussi être physiologique et c’est la raison pour laquelle il est souvent intéressant de se pencher sur l’ alimentation.

Vous n’avez peut-être pas assez d’apports en calorie pour faire face à vos dépenses énergétiques. Vous pouvez aussi souffrir d’anémie ou d’une carence en fer mais seul un bilan médical vous en apportera la preuve formelle. La fatigue voire l’épuisement total sont un des principaux symptômes d’un manque de fer mais une certaine pâleur, des difficultés de concentration, un manque d’énergie ou un essoufflement inhabituel peuvent également être des signaux d’alerte. Les femmes doivent surveiller une éventuelle carence en fer dans la mesure où elles en souffrent plus fréquemment que les hommes.

Il est aussi possible que ce ne soit ni votre quotidien, ni votre corps ni votre alimentation qui en soient la cause. La pratique de l’activité physique peut effectivement générer le manque de motivation. Je ne vous apprends rien mais l’ennui entraîne inévitablement la lassitude. La routine rassure mais prend généralement le dessus sur la motivation. Il est néanmoins facile de bousculer ses petites habitudes :

  • Modifiez votre planning sportif : Body Attack le lundi, Body Pump le mardi, RPM le vendredi … Vous suivez toujours les mêmes cours à la même heure et il serait donc étonnant que vous ne vous lassiez pas de cette routine. Si vous avez la possibilité de changer vos horaires et vos habitudes, n’hésitez pas à le faire. Je m’ennuie rapidement si je fais toujours la même chose et consciente que suivre à la lettre un planning bien rôdé ne fait pas partie de ma personnalité, je me suis lancée dans les GRIT Series ( ça y est, je vous ai dévoilé mon secret ==> ici) pour découvrir d’autres sensations et ne pas mettre en péril ma passion pour le fitness.
  • Aventurez-vous sur de nouveaux chemins pour vos sorties de running : Il est préférable de modifier ses parcours pour des raisons de sécurité mais c’est aussi amusant de changer totalement d’environnement.
  • Changez votre playlist de A à Z : Je m’ennuie à mourir si je m’entraîne toujours sur les mêmes musiques.  Renouveler assez régulièrement toutes les chansons donne un coup de fouet à la motivation et … à la performance.
  • Planifiez de nouveaux objectifs : La motivation n’est plus la même lorsque le but premier est atteint. Je sais que je ne trouve la niaque qu’en me fixant de nouveaux challenges. A vous d’en trouver d’autres 😉
  • Offrez-vous un cadeau : Si votre budget le permet, un nouveau short, une brassière ou une paire de baskets toute neuve peut flatter votre ego et vous donner envie de reprendre le chemin de la salle de sport. Je reconnais qu’une nouvelle fringue ou un accessoire flambant neuf ne vous motivera pas indéfiniment si d’autres facteurs entrent en ligne de compte mais il est évident que se faire plaisir en craquant sur un achat remonte le moral.

 

Le make-up et moi

Je constate aujourd’hui que plus le temps passe et moins je me maquille. Il m’arrive de sortir sans artifices alors que pendant des années, je n’ai pas supporté l’idée qu’on me voit sans maquillage. Les occasions sont rares mais je refuse par exemple de me maquiller pour faire du sport ou aller à la plage. Quand je vais à la salle de fitness après une journée de travail, je ne trouve malheureusement pas le temps de me démaquiller et n’ai pas d’autre choix que de laisser couler mon mascara. Le résultat n’est pas très glamour à la fin de la séance mais je me dis aussi qu’on est là pour transpirer et pas pour faire un défilé de mode. En revanche, je ne me maquille jamais lorsque je vais directement à la salle de sport. C’est une perte de temps et mieux vaut laisser les pores de la peau respirer à cause de tout le sébum qu’on produit pendant une séance. A la plage, se maquiller ne sert aussi strictement à rien. Cosmétiques et soleil ne font pas bon ménage et si le temps passé à nous farder les yeux nous empêchent de s’éclater dans les vagues salées, autant rester bronzer chez soi sur un transat.

Néanmoins, je ne serais pas honnête avec vous si j’écrivais que j’avais toujours pensé et agi de la sorte car sortir sans maquillage a été pendant longtemps inconcevable. Le constat était simple : je me trouvais moche et estimais que je n’ « étais pas moi » quand je n’avais ni le teint ni les yeux maquillés. A 27 ans, je me demande comment j’ai pu « ne pas me reconnaître » lorsque j’étais au naturel. Dix ans plus tôt, j’aurais dû au contraire hurler devant mon miroir à l’idée de sortir « peinturlurée » de cette façon. Je n’ai pas eu de sœur aînée pour me donner des conseils et ma mère ne m’a jamais montré comment il fallait que je procède pour éviter que les passants s’imaginent que je pouvais être la fille cachée de Casimir.

Mes premières expériences en termes de maquillage remontent à l’âge de 16 ans et je reconnais qu’elles ont été franchement catastrophiques. Je ne savais pas choisir le fond de teint adapté à ma carnation de peau. Il ne fallait pas que je prenne une teinte ivoire pour ne pas être aussi blanche qu’un cachet d’aspirine ou carmel pour ne pas ressembler à une mandarine bien mûre. Seulement, à l’époque, je ne prêtais pas attention à tous ces détails qui n’en sont pas vraiment si on ne veut pas avoir l’air ridicule. On voyait aussi la démarcation du fond de teint, dévoilant ainsi mon cou tout blanc au reste du monde. Je suis amusée quand je repense à cette époque où je ne savais pas encore me maquiller discrètement mais je le suis encore plus en constatant que ces erreurs se répètent au fil des générations.

A la sortie des lycées, je croise des jeunes filles qui seraient très mignonnes si le matin même, elles ne s’étaient pas tartinées d’épaisses couches de fond de teint trop foncées pour donner l’illusion d’être aussi hâlées pour un mois de novembre. Je n’ai néanmoins pas envie de me moquer d’elles parce que j’étais certainement motivée par les mêmes raisons : celles de vouloir dissimuler les boutons d’acné et d’avoir bonne mine.

Seulement, à cet âge-là, on ne sait pas encore que plus on s’applique des produits bourrés de silicone sur la peau et plus on a de boutons. Il faut la laisser respirer et penser à l’hydrater matin et soir. En l’exfoliant une fois par semaine avec un produit doux, on se débarrasse aussi des cellules mortes qui obstruent les pores et nous donnent un teint terne. J’ai appris à me maquiller le teint avec le temps mais je n’ai plus envie de le faire. ll y a deux ans, j’ai renoncé à acheter fond de teint, BB et CC Cream pour n’appliquer sur ma peau qu’un sérum et une crème hydratante. Je constate d’ailleurs que je n’ai jamais eu un teint aussi lumineux.

S’il n’est pas indispensable de se maquiller, il est plus délicat de faire l’impasse sur l’hydratation car on ne peut pas réussir son maquillage sur une peau qui n’est pas suffisamment nourrie. Dans ces conditions, celui-ci ne restera jamais intact toute la journée et votre peau étant déshydratée, le fond de teint risquera de provoquer des plaques sèches sur le visage. J’ai mis du temps avant de sortir sans avoir le teint maquillé et je me rappelle qu’au début, certaines personnes me faisaient remarquer que j’étais plus pâle que d’habitude. J’avais alors envie de leur répondre que c’était normal puisque je n’étais pas maquillée. Elles se sont pourtant rapidement habituées à me voir avec une peau blanche en hiver, bronzée en été et il n’y a finalement rien de plus naturel.

Je me suis donc désintoxiquée de cette habitude mais ne conçois pas de sortir de chez moi sans avoir les yeux maquillés. Ne faisant pas partie de ces filles qui maîtrisent l’art des pinceaux comme des professionnelles, je ne cherche pas à être sophistiquée pour ne pas prendre de risques. J’ai définitivement renoncé au smoky qui en fin de journée, me faisait davantage ressembler à un panda qu’à une actrice sélectionnée pour monter les marches du festival de Cannes. Un trait fin de crayon noir et un peu de mascara suffisent à me convaincre qu’ils mettent en valeur mes yeux verts. Je ne me maquille pas la bouche dans la mesure où je ne supporte pas la texture des rouges à lèvres, et encore moins celle des gloss. Ils ne tiennent jamais longtemps, nous obligent à en remettre plusieurs fois au cours de la journée et il n’en faut guère plus pour me faire renoncer à en porter, même pour les grandes occasions.

Qui est pour ou contre le maquillage ? Là n’est pas la question. Je pense qu’il faudrait plutôt se demander combien de femmes ne se sentent pas obligées de se maquiller pour avoir l’air « présentable » aux yeux des autres. Il ne s’agit pas de rejeter le maquillage en bloc car on peut juste aimer se maquiller en passant un moment agréable devant son miroir. C’est une façon de prendre soin de soi et le fait de s’accorder du temps pour se sentir belle est naturellement positif. En revanche, il est grand temps de s’accepter et d’assumer qu’on peut parfois ne pas avoir envie de se maquiller. Accepter d’avoir les yeux cernés, le teint brouillé, les paupières un peu gonflées après une nuit de sommeil agité. Ce n’est pas une insulte à l’humanité. Il s’agit seulement de soi, au naturel et tel qu’on devrait s’aimer aussi.

En ce qui me concerne, je continue à me trouver « bizarre » sans maquillage mais ne complexe plus. J’ai dépassé le stade où je n’arrivais pas à passer une journée entière sans être maquillée. Or, s’il pleut des cordes et qu’on n’a pas prévu de sortir, à quoi bon faire prendre l’air à son tube de rouge à lèvres et à son flacon de fond de teint ? Chéri m’aime aussi bien maquillée que sans artifices et c’est ce qui compte pour moi. Si ma voisine était amenée à me croiser dans les couloirs de la résidence sans maquillage, je ne me dirais pas non plus que je risque de mourir foudroyée sur le champ, tant que je devrais avoir honte de sortir « dans un état pareil ». Cette époque est définitivement derrière moi et j’en suis fière, même si je suis convaincue que plus on mûrit et plus on apprend à s’accepter tel que l’on est.

Pourquoi je ne bois plus de lait de vache

Les Petites Choses de Fanny

J’avais été interpellée sur la potentielle nocivité du lait il y a environ 10 ans et à cette époque, remettre en question un des piliers de l’alimentation occidentale était très mal vu. Le lait est bon pour la santé et quiconque racontait l’inverse était regardé de travers. Le phénomène inverse s’est ensuite produit : l’esprit du consommateur est actuellement matraqué par toute une série d’études dont certaines remettent sérieusement en cause les bienfaits du lait sur notre organisme. Des livres ont aussi disséqué le discours du lobby laitier mais toutes ces recherches ne nous ont pas beaucoup éclairées. Au contraire, le consommateur ne sait plus où donner de la tête tant les études sont contradictoires. En ce qui me concerne, j’ai pris le temps de me forger une opinion sur le sujet et d’adopter une posture qui ne regardent que moi (même si je vais la partager avec vous) : j’ai arrêté de consommer du lait de vache. Cependant, ce n’est pas mon intention de critiquer ceux qui continuent à en boire. Ils ne commettent pas de crimes contre l’humanité et je me sentirais donc déplacée de chercher à les culpabiliser.

Je fais partie de ceux qui pensent que cet aliment peut être mauvais pour la santé mais fais aussi clairement la différence entre le lait industriel et le lait « sain ». Le premier ne ressemble plus en rien à celui tout juste sorti du pis de la vache car il est effectivement bourré d’antibiotiques et de pesticides. Le procédé de stérilisation à haute température utilisé pour pouvoir conserver le lait en brique plusieurs mois a aussi altéré la qualité de l’aliment. Même sans être cru, le lait d’animaux sains élevés dans des pâturages n’équivaut en aucun cas à celui que l’on achète dans les rayons des grandes surfaces et c’est la raison pour laquelle je suis persuadée que la diabolisation de TOUS les laits reste une erreur. Le lait industriel est souvent écrémé, vidé de ses vitamines et acides gras. On y rajoute alors des vitamines de synthèse dont il n’est absolument pas prouvé que leur effet reproduit exactement celui des vitamines naturelles (l’inverse m’aurait beaucoup étonné).

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Pour quelle autre raison je fuis le lait industriel comme la peste ? Tout simplement parce qu’en consommer n’a rien d’éthique et d’écologique. La course à la rentabilité veut qu’une vache produise plusieurs dizaines de litres de lait par jour et toute l’année. Dame Nature ne l’ayant pas conçu pour donner autant de lait, l’animal est mis enceinte tous les ans avant de se voir retirer ses petits après l’accouchement. On relie une machine à ses pis afin de lui extorquer pas moins de 6000 litres de lait par an, causant des douleurs qui ne peuvent être apaisées qu’avec des antibiotiques.

Ces pratiques m’inspirent un profond dégoût et ne sont pas sans rappeler la cruelle réalité de la production de la viande où les bovins se font littéralement massacrer dans les abattoirs. Des images choquantes qui m’ont donné un temps envie de devenir végétarienne … Seulement, l’être humain est tellement habitué à voir l’horreur qu’il est outré avant de passer à autre chose. Je ne consommais déjà pas beaucoup de viande mais ce scandale m’a tellement refroidie que j’en mange encore moins régulièrement. Je serais néanmoins hypocrite si j’écrivais que j’ai renoncé à acheter de la viande, même si je me fournis exclusivement chez des producteurs locaux. Si on aborde maintenant l’aspect environnemental de la production du lait, sachez qu’elle a un impact écologique négatif loin d’être négligeable (affaiblissement des sols, pesticides, OGM … ). Le constat est affligeant.

Je ne bois plus de lait dans la mesure où j’ai besoin de savoir dans quelles conditions les vaches ont été nourries et élevées. Mes parents ont un couple d’amis qui ont été agriculteurs pendant des décennies et quand j’étais petite, je voyais les vaches paître dans le champ situé en face du chalet dans lequel on passait nos vacances. Je savais qu’elles étaient nourries sainement et ne voyais donc aucun inconvénient à consommer leur lait. Son goût est d’ailleurs incomparable à celui du lait industriel qui n’en a tout simplement pas.

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Ne connaissant aucun producteur local qui pourrait avoir ma totale confiance concernant la qualité de son lait, j’ai préféré arrêter d’en consommer. Je ne regrette pas d’avoir choisi une solution aussi radicale car ne plus boire de lait de vache ne me manque absolument pas. Pour des questions de goût, je préfère les laits végétaux (amande, coco et châtaigne) mais ce n’est pas la seule raison. Boire du lait de vache provoquait chez moi des sensations de ballonnements. Cette situation n’a en revanche rien d’alarmant puisqu’il est naturel pour la majorité des adultes de mal digérer le lait, ou plutôt son sucre, le lactose. Ce glucide doit être coupé par la lactase pour être absorbé mais cette enzyme n’étant plus aussi active après le sevrage pour la plupart d’entre nous, cet aliment n’est alors plus aussi bien digéré par notre organisme. Certains ont tendance à confondre mauvaise digestion et réelle intolérance au lactose. Les personnes intolérantes se disent aussi parfois allergiques alors que seuls 1 à 3% de la population des pays occidentaux  le sont vraiment.

En arrêtant de consommer du lait, certaines personnes de mon entourage m’ont demandé comment je procédais pour apporter du calcium à mon organisme. Il est effectivement indispensable au bon état de notre physiologique mais il faut savoir qu’on peut en trouver dans des aliments autres que le lait et ses produits dérivés. Certains d’entre eux sont même plus riches en calcium que le lait de vache et se révèlent même étonnants. Le riz, le chocolat, les légumes verts et certains fruits de mer détrônent le lait. Celui-ci n’est donc pas indispensable, d’autant plus que le calcium contenu dans les autres aliments est mieux assimilé par l’organisme.

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Certaines théories autour du lait ont été démantelées mais une fois encore, je ne sais pas trop quoi en penser tant les discours sont contradictoires. Je ne suis pas non plus experte en la matière et n’ai aucune légitimité pour contredire les arguments scientifiques des médecins. Il paraîtrait que son rôle dans la prévention de l’ostéoporose est plus modeste qu’on ne le pensait et qu’il favoriserait l’apparition du diabète de type 1. Il est accusé de bien des maux dans la mesure où on lui attribue aussi une part de responsabilité dans les problèmes articulaires chez les sportifs. Il n’est pas évident de s’y retrouver dans tout ce qu’on lit et entend et même si je prête une oreille relativement attentive aux détracteurs du lait de vache, je ne prends pas non plus tout ce qu’ils racontent pour argent comptant. L’industrie laitière se défend bec et ongles à coups d’arguments marketing mais les naturopathes ont également besoin de se faire entendre.

J’ai cessé de boire du lait mais je n’ai pas arrêté de consommer des produits laitiers. Il m’est difficile de renoncer au fromage, même si j’en mange très modérément. Hors de question d’en acheter en grandes surfaces. Je me fournis chez le même fromager depuis 3 ans et c’est lui et personne d’autre ! En revanche, je ne mange plus de yaourts à base de lait de vache pour des questions de goût (encore !). Je leur préfère les yaourts et desserts au lait végétal.

Chacun a sa propre opinion sur le sujet et ceux qui consomment du lait de vache ne doivent pas être stigmatisés. Certains n’ont pas le choix pour des raisons budgétaires car les laits végétaux bio ne sont pas à portée des bourses les plus modestes. D’autres y sont tout simplement insensibles.. et alors ? Je ne partage pas leur avis mais si on essaie de dicter la conduite des gens, la plupart d’entre eux n’auront qu’une envie : faire l’inverse, par pur esprit de contradiction.

Les films d’horreur qui m’ont marquée : Evil Dead, Fede Alvarez #2

A l’annonce du tournage du remake d’Evil Dead, les amateurs de films d’horreur ont fait des bonds sur leur canapé. Il paraissait inconcevable de créer une nouvelle version qui puisse égaler ou surpasser celle de Sam Raimi, même si l’original était follement « cheap ». Le cinéaste avait lui-même avoué à l’époque qu’il avait réalisé les effets spéciaux avec les moyens du bord et le film ne datant pas d’hier (1981), les amateurs du genre lui pardonnent bien volontiers. Trente ans plus tard, l’original reste toujours aussi malsain et le fait que le scénario n’ait pas vieilli prouve qu’il n’avait pas spécialement besoin d’un lifting.

Seulement, je vais vous faire un aveu qui va sans doute donner envie aux fans de la première heure de me jeter des pierres par écran interposé. Je reconnais effectivement que j’ai préféré la nouvelle version à l’original. Certains disent qu’elle ressemble davantage à un Evil Dead 4 qu’à un remake mais peu importe, ce film m’a fait l’effet d’une claque dans la figure. La version de Fede Alvarez se paye déjà le luxe de trouver un vrai prétexte au carnage qui se trame dans les bois. Il ne se contente pas d’une réunion entre amis d’enfance, d’un week-end de beuverie ou d’une escapade entre étudiants surexcités (au sens sexuel du terme) mais nous plonge plutôt au cœur d’une macabre histoire de rehab sauvage.

Le personnage principal, Mia, est une jeune fille qui souffrant d’addiction à la drogue, décide de se reprendre sérieusement en main, sous peine de rester définitivement sur le carreau. La méthode douce n’a pas fait ses preuves et c’est pour la raison pour laquelle ses proches ont choisi de gérer la désintoxication de Mia loin de toute civilisation. Peu de temps après avoir emménagé dans la cabane familiale (la bicoque a tout de même pris un sacré coup de vieux !), un des membres du groupe a retrouvé le sinistre Livre des Morts et relâché des vieux démons dans la nature, provoquant ainsi une sacrée pagaille riche en flots d’hémoglobine.

Pourquoi est-ce que ce changement scénaristique est plutôt intelligent ? La possession de Mia peut être aisément confondue avec les effets secondaires de sa désintoxication et ses proches vont d’ailleurs mettre un certain temps avant de comprendre que le problème n’est pas lié à son état de santé mais à une cause bien plus grave. On déplore souvent que les personnages de films d’horreur réagissent trop tardivement face à une situation qui n’a pourtant cessé d’empirer. Or, j’ai été ravie de constater que Fede Alvarez ne s’est pas réfugié dans la facilité puisque les spectateurs savent exactement pourquoi personne ne s’inquiète outre mesure et les raisons pour lesquelles les proches de Mia persistent à rester dans cette cabane sinistre au lieu de prendre la poudre d’escampette au premier grincement de porte.

L’affiche d’Evil Dead nous promettait le scénario le plus effrayant de tous les temps, surpassant même celui où on se laisserait aller à cauchemarder que François Hollande puisse être réélu président de la République. Je suis néanmoins aux regrets de vous annoncer que ce n’est guère le cas. Je lui ai reproché son caractère trop prévisible (on a beau connaître l’histoire, on s’attend encore à être surpris) mais en étant visuellement impressionnant, bien ficelé et efficace, Evil Dead m’a tout de même donné l’impression de dévaler une piste noire sans que je sache skier.

Sam Raimi avait joué la carte de la dérision alors qu’Alvarez a opté pour le premier degré du début à la fin. Je ne peux lui reprocher d’avoir fait ce choix car la parodie fonctionne rarement sur moi. Lors de la promotion de son film, le réalisateur avait aussi insisté sur le fait qu’il n’avait pas utilisé les technologies les plus novatrices pour réaliser ses effets spéciaux et même s’il est parfois difficile de s’immerger totalement dans un combat livré entre un héros se battant contre une image de synthèse, j’ai été sensible au travail qui avait été effectué pour la photographie. Son résultat impeccable sert particulièrement bien l’atmosphère sinistre et glauque du film.

Je dirais même que cette nouvelle version est « poisseuse ». La cabane mériterait qu’on y passe un peu de temps pour faire le ménage (rangez vos lingettes désinfectantes les amis, il en faut bien plus que ça pour venir à bout de toute cette crasse), le sang gicle dans tous les sens et notre Mia possédée ne manque pas d’imagination pour faire souffrir (le mot est faible !) ses proches.

Je mentirai donc si j’écrivais que le film ne contient pas une bonne dose de violence et de gore mais l’ensemble n’est ni extrême ni injustifié. Pas de fractures ouvertes en gros plans avec des beuglements exagérés (même si ça doit faire mal 😉 ), pas d’œil retiré à la petite cuillère par un sadique qui aurait seulement sa place dans un hôpital psychiatrique … Tout a une raison d’exister, même si certains cinéphiles hurlent au scandale en disant que le remake d’Evil Dead relève davantage du « Torture Porn » que du film d’horreur.

Je n’ai pas fait d’études supérieures dans le cinéma (je me suis en effet arrêtée au niveau du bac pour me diriger vers une filière qui n’a rien à voir avec le monde du spectacle) mais il me semble bien que celui-ci est une sous-catégorie du genre et qu’Evil Dead ne peut être considéré comme tel. Il aurait fallu que Mia et ses proches soient victimes d’un psychopathe qui prend un malin plaisir à les torturer. Selon moi, Saw et Cannibal Holocaust relèvent par exemple du « Torture Porn » tandis qu’Evil Dead, en parlant de possession, se rapproche davantage du genre de L’Exorciste. Je ne vais cependant pas m’attarder sur cette polémique et revenir plutôt brièvement sur le sujet.

En tant qu’amatrice de films d’horreur depuis la pré-adolescence, je reconnais que j’ai souvent l’impression d’avoir fait le tour du genre. Le remake de Fede Alvarez m’a pourtant donné envie de croire que le Septième Art est encore capable d’innover, de nous offrir de bonnes raisons de se réjouir et de penser que le cinéma d’horreur n’est pas mort et enterré.

[Zoom] : Illettré, Cécile Ladjali

4 février

L’année est loin d’être terminée mais ce roman fait pour le moment partie de ceux qui m’ont le plus bouleversée. Cécile Ladjali nous entraîne dans un récit fort en tous points, que ce soit sur le plan littéraire, sociologique, moral et humain. Sur le terrain de l’illettrisme, elle réussit à démontrer avec force de conviction à quel point ne pas savoir lire et écrire entrave toute forme de sociabilisation. Avant de vous expliquer en quoi consiste l’histoire de ce roman poignant et les raisons pour lesquelles j’ai été si touchée par le parcours de Léo, je souhaiterais faire un point sur l’illettrisme, un terme qui reste malheureusement très flou aux yeux de la plupart des gens.

J’avais abordé cette notion pendant ma première année de master en Ressources Humaines mais il a fallu attendre que j’y sois confrontée pour parvenir progressivement à en saisir le sens. L’illettrisme a beau être complexe, je suis toujours surprise de constater à quel point les idées reçues sur le sujet sont graves et persistantes. Au cours de certaines conversations, on peut palper la condescendance du lettré pour l’illettré, ce dernier étant souvent ramené au stéréotype de l’immigré analphabète, faisant alors sous-entendre qu’il ne s’agit pas d’ « un problème français ».

Ne pouvant m’empêcher de grincer des dents, je souhaiterais donc mettre une claque (à mon si modeste niveau) aux idées reçues, en essayant de rester aussi synthétique que possible. En premier lieu, il est important de ne pas confondre analphabétisme et illettrisme. Le premier terme renvoie aux personnes qui n’ont jamais été scolarisées alors que pour ce qui est de l’illettrisme, les individus concernés sont allés à l’école en France, ont appris à lire, écrire et compter mais qui progressivement, par manque de pratique et de bases suffisamment solides, ne peuvent plus mettre à profit ce qu’ils ont appris. Ils ont pu également avoir de telles difficultés d’apprentissage que toutes ces années passées sur les bancs de l’école ne leur ont pas permis de maîtriser les savoirs de base.

Aux notions d’illettrisme et d’analphabétisme vient également s’ajouter celle du FLE (France Langue Étrangère) qui concerne les personnes issues de nationalité étrangère ne maîtrisant pas encore la langue française. En somme, être illettré consiste à ne pas disposer des compétences de base suffisantes pour faire face de manière autonome à des situations de la vie courante. Ils sont par exemple incapables d’écrire ou déchiffrer une liste de courses, lire une notice de médicament, un panneau de signalisation, remplir un chèque …

Ces situations nous semblent tellement ordinaires alors qu’elles sont insurmontables pour les personnes ne sachant ni lire ni écrire. De plus, l’école ayant été rendue obligatoire par Jules Ferry, nous avons la fâcheuse tendance à penser que l’illettrisme ne peut pas exister dans notre pays. Il est malheureusement un problème de taille et les individus concernés ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Seulement 1 à 2% des français sont touchés par l’analphabétisme alors que le nombre des 16-65 ans souffrant d’illettrisme a de quoi faire pâlir d’effroi. 2,5 millions de français sont effectivement concernés.

Qui sont les illettrés en France ? Nous pouvons déjà commencer à tordre le cou aux clichés en constatant que plus de la moitié des individus concernés ont un emploi. L’agriculture, le BTP et l’agroalimentaire sont les secteurs d’activité qui concentrent le plus fort taux d’illettrés mais il existe un constat encore plus surprenant : toutes les personnes victimes d’illettrisme ne sont pas les ouvriers les moins qualifiés de l’Hexagone. L’illettrisme frappe aussi les cadres. Comment est-ce possible ? Je reconnais qu’au départ, j’ai eu beaucoup de mal à croire que ce cas puisse être possible mais le phénomène étant tabou, les individus concernés cachent judicieusement leurs fortes lacunes dans les compétences de base.

Toute personne illettrée met effectivement en place des stratégies de contournement. Sur le plan professionnel, elle ne rédige pas un dossier dans l’urgence. C’est un collège au courant de la situation qui s’en charge ou le salarié illettré peut prendre un temps fou à se corriger. Quand il doit animer une réunion, il passera la nuit à répéter pour ne pas commettre de fautes. Dans ce cas, la direction ne détectera pas l’illettrisme de son employé mais si des changements interviennent dans son environnement, cette personne en sera profondément chamboulée et ses fortes lacunes risqueront d’être révélées au grand jour.

Seulement, comment est-il possible d’atteindre un certain niveau de responsabilités sans disposer des compétences de base ? L’illettrisme chez les cadres relève souvent d’un blocage psychologique mais ce n’est pas la seule cause pouvant être à l’origine du phénomène. Dans l’enseignement supérieur, les cours de certaines filières étant exclusivement tournés vers la technique, les étudiants n’ont ainsi pas trop de difficultés à dissimuler leur illettrisme. Ils peuvent ensuite passer entre les mailles du filet lors du recrutement pour la simple raison qu’on estime en France que les compétences techniques et les diplômes restent des critères déterminants. Dans la vie de tous les jours, une personne illettrée invente des prétextes pour se tirer de situations délicates :  » Pouvez-vous le lire à ma place ? J’ai oublié mes lunettes. »; « Vous qui savez bien écrire, pouvez-vous remplir ce formulaire pour moi ? » ; « J’ai oublié le rendez-vous, je n’ai pas d’agenda »

Certains peuvent faire semblant de lire alors que d’autres expliquent à leurs interlocuteurs qu’ils ont mal au bras ou au poignet pour ne pas se retrouver en difficultés devant eux. Les illettrés font ainsi preuve d’une imagination sans faille. Contrairement aux idées reçues, l’illettrisme ne frappe pas en priorité les jeunes et les femmes. En réalité, la moitié d’entre eux ont plus de 45 ans, sont des hommes et vivent surtout en zones rurales. Nous sommes donc bien loin du cliché du jeune immigré de banlieue …

Il est finalement difficile d’être synthétique en parlant d’illettrisme tant le sujet est vaste et complexe mais après fait le point sur certains clichés, je souhaiterais désormais entrer dans le vif du sujet. Le roman de Cécile Ladjali m’a tout simplement déchirée le cœur. Elle raconte l’histoire de Léo, un jeune homme de 20 ans abandonné par ses parents et élevé par une grand-mère analphabète, qui a quitté très tôt l’école pour travailler dans une imprimerie (ne serait-ce pas de l’ironie tragique ?).

Je vous prie de ne pas vous attendre à un récit riche en rebondissements car l’auteure parle surtout du parcours et des sentiments de son personnage principal qui en étant illettré, souffre de ne pas être capable de décoder le monde qui l’entoure. Au moment où il est censé apprendre à lire et à écrire sur les bancs de l’école primaire, Léo est perturbé par la disparition de ses parents et leur absence entrave considérablement son apprentissage.

Une fois adulte, il manifeste la volonté de revenir vers les signes mais à chaque fois qu’il fait des efforts pour apprendre à lire et à écrire, il repasse sans cesse dans sa tête la période pendant laquelle ses parents ont quitté le domicile familial pour ne plus jamais y revenir. Cécile Ladjali a donc inventé des raisons psychologiques à son empêchement car Léo a aussi des tocs et semble être atteint du syndrome d’Asperger (elle ne l’énonce pas clairement mais le fait tout de même sous-entendre) puisqu’il prend effectivement de nombreuses expressions au pied de la lettre et éprouve certaines difficultés à s’exprimer à l’oral. Léo souffre donc d’un mal invisible pourtant très répandu dans notre pays et l’auteure ne fait d’ailleurs pas l’impasse sur les failles de notre système éducatif qui « fabriquent » des illettrés.

Léo vit dans une sorte de « ghetto linguistique » dans lequel ses fortes lacunes dans les compétences de base forment une barrière entre « ceux qui savent » et lui. Il est néanmoins entouré par la concierge de sa résidence qui l’aide parfois à lire ses courriers et surtout, Sybille, sa voisine infirmière dont il est secrètement amoureux. Cette dernière se propose de lui enseigner les savoirs de base car elle est aussi tombée sous le charme de ce jeune homme si attachant. A défaut de savoir déchiffrer, Léo s’enivre d’images et de musique (le nom qu’il a donné à son iguane n’est pas le fruit du hasard) mais n’en reste pas moins intelligent (illettré ne veut pas systématiquement dire idiot) et volontaire pour changer son destin. Point de happy ending dans le roman et je ne me remets toujours pas de cette fin d’une violence inouïe, bien que l’auteure traite des sujets les plus graves de manière poétique.

L’illettrisme est un sujet peu abordé dans la littérature et encore moins, sous la forme de romans. Cécile Ladjali a relevé haut la main le pari d’écrire une fiction grave, vraie, témoin de notre société impitoyable pour ceux qui ont le malheur d’être différents. Le récit peut se montrer si oppressant que je ressentais parfois le besoin d’interrompre ma lecture pour prendre une inspiration (c’est sans doute la raison pour laquelle il a frôlé le coup de cœur sans l’atteindre). Il nous interpelle sur la situation de l’illettrisme en France, celui de l’exception culturelle et qui n’hésite pas à laisser sur le bord de la route des classes entières de jeunes perdus, incapables de décoder une société qui ne fait pas grand-chose pour eux. Son livre appelle aussi les classes dirigeantes et enseignants à agir pour permettre aux personnes illettrées d’accéder à la liberté. Liberté de lire. Liberté d’écrire. Liberté d’aimer et être aimé. Liberté de vivre … tout simplement.

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