Revue de lectures : Avril #5

Je dresse un bilan littéraire du mois d’avril plus mitigé que le précédent. Ce dernier s’était effectivement révélé exceptionnel car tous les romans que j’ai lus en mars ont été des coups de cœur. J’avais même expliqué que « Il était une lettre » m’avait fait l’effet d’ « un uppercut dans le bas ventre ». Un coup de cœur, une très bonne lecture, une nettement plus mitigée et … un abandon. Voici comment je résumerais le mois d’avril si je devais le faire en une phrase. Seulement, je ne conçois pas de rester en surface quand il s’agit de donner mon avis sur un livre ou un film. Alors, c’est parti … 😉

  • Les décharnés, Paul Clément

Je suis une inconditionnelle de la série « The Walking Dead » et pourtant, je n’ai jamais lu de livres sur les zombies. J’ai adoré les réalisations de Romero, pouffé de rire devant « Shaun Of The Dead » mais ça s’arrête là. Si les morts-vivants arrivent à m’impressionner à l’écran, je craignais que mon imagination les rendent plus ridicules qu’effrayants avec le support papier. Je reconnais que je me suis trompée. L’histoire se déroule en France, plus particulièrement en Provence, où la canicule s’est bien installée. Alors qu’une journée se termine comme les autres qui l’ont précédées, une vague meurtrière frappe les hommes qui se transforment en zombies. Au départ amusé par la situation, un agriculteur un brin misanthrope nommé Patrick, prend rapidement conscience qu’elle dégénère et court se calfeutrer tant bien que mal dans sa ferme. Poursuivi par ces créatures, Patrick va devoir lutter pour survivre et surtout, prendre une fillette orpheline sous son aile.

« The Walking Dead » suscite encore chez moi un vif intérêt dans la mesure où la série nous amène à réfléchir sur la manière dont se comportent les gens confrontés à des situations extrêmes. On ne peut nier que l’intelligence collective est une arme redoutable pour contrer les attaques de zombies mais l’effet de groupe fait aussi émerger des personnalités qui se détachent assez rapidement du lot. Certains s’affirment en tant que leaders mais mettent à profit leur sens de l’initiative pour permettre au groupe de survivre tandis que d’autres ne cherchent qu’à satisfaire leurs propres intérêts. Ils ne font équipe qu’avec eux-mêmes et leurs décisions égoïstes peuvent mettre en péril la survie du groupe.

Qu’en est-il de notre personnage principal ? Le début du récit le décrit comme un vieil homme qui ne pense qu’à sa pomme. Des événements hors du commun lui tombent dessus, lui qui vivait seul depuis longtemps et avait pris ses petites habitudes de célibataire endurci. Il fait ce qu’il peut pour sauver sa carcasse un peu rouillée et protéger Emma, dans un monde devenu hostile aussi bien à cause des zombies que des survivants. A aucun moment, je n’ai trouvé le personnage antipathique. Il ne se prend pas pour un héros et lorsqu’il réalise qu’une situation le dépasse, il ne cherche pas à se placer au-dessus de tout le monde. Son âge l’empêche parfois de venir à bout des situations les plus délicates mais cette caractéristique le rend justement plus humain et attachant.

Je me suis également identifiée à ses sentiments : de sa tendresse paternelle envers Emma à la haine qu’il ressent pour un des survivants rencontrés plus loin dans le récit. J’ai apprécié les mêmes personnages que lui et je me suis méfiée des autres. Patrick est un solitaire et même s’il se prend d’affection pour sa petite protégée, il n’arrive pas à se lier aux membres du groupe. Il a beau être aussi sociable qu’un ours des cavernes, il ne se révèle pas moins perspicace pour cerner les gens.

Patrick met aussi du temps à apprivoiser Emma qui, traumatisée par la mort de sa famille, ne fait pas immédiatement confiance à son sauveur. La tendresse qui les unit est assez bouleversante mais je n’avais pas encore tout vu (ou lu). L’émotion se dégageant de cette relation père-fille (elle devient si forte qu’on pourrait la qualifier ainsi) atteint effectivement son paroxysme à la fin du récit. J’ai pleinement apprécié le déroulement de l’histoire, le caractère réaliste des personnages mais je n’ai néanmoins pas été surprise par la tournure des événements. Je ne suis pas experte en la matière mais entre la filmographie de Romero et les six saisons de « The Walking Dead », je pense plutôt bien maîtriser le schéma qui composent les films de zombies.

Paul Clément suit les codes du genre : calfeutrage, fuite, calfeutrage, rencontre avec d’autres survivants, organisation d’une micro-société, razzia dans les maisons et supermarchés pour s’approvisionner, et évidemment, l’histoire n’aurait guère de piment s’il n’y avait pas des combats violents et des pertes humaines plus ou moins déplorables. L’auteur suit à la lettre ce schéma classique mais la recette a fonctionné sur moi, même si les effets de surprises sont quasiment inexistants. Les scènes défilent sous nos yeux grâce à la plume bien maîtrisée de Paul Clément qui m’a fait vivre ce roman comme si je regardais un film d’horreur. En effet, il ne se contente pas de respecter les codes mais aussi le rythme du genre. Il est assez lent mais il faut laisser le temps à Patrick et Emma de se connaître, de rencontrer les autres survivants avant d’user collectivement de stratagèmes pour survivre.

Mon bilan du premier roman de Paul Clément paraît si idyllique qu’il semblerait que je ne lui ai trouvé aucun défaut. Détrompez-vous … Je regrette un peu de ne pas en avoir appris davantage sur les raisons pour lesquelles les humains se transforment en zombies. Je sais que cette absence de réponses est conventionnelle dans le genre mais ne pas détenir plus d’explications m’a tout de même un peu titillée. Vous allez peut-être trouver que je cherche « la petite bête » mais en refermant le livre, je me suis un peu « moquée » de l’auteur qui nous avait fait savoir sur la première de couverture, que l’histoire a lieu en Provence (tout le travail autour du livre vient de lui puisqu’il s’est auto édité). Elle a beau se dérouler sous une chaleur de plomb, il n’y a cependant ni chants de cigales ni odeur de romarin. « Les zombies débarquent en Provence  » … Je suis navrée mais je ne l’avais pas vraiment remarqué.

« Les décharnés » m’a fait vivre des moments de lecture très immersifs et m’a ému à plusieurs reprises, au point que je n’ai pu m’empêcher de verser une petite larme lors d’un passage du récit particulièrement prenant. Paul Clément travaille sur son deuxième roman -« Creuse la mort »- et je ne dissimule guère ma hâte de me replonger dans ses nouvelles aventures. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire « Les Décharnés » mais pour quelles raisons n’est-ce pas un coup de cœur ? Je considère un roman en tant que tel lorsque je me suis laissée embarquer dans un récit inattendu, une intrigue particulièrement bien ficelée ou encore quand j’ai été profondément émue par ce qui est arrivé aux personnages. Je n’ai pas vibré à ce point avec ce roman mais je vous recommande tout de même de le lire, surtout si vous êtes amateurs des récits de survie.

Fourstars1

  •  Palimpsestes. Tome 1 : Impressionnisme, Emmanuelle Nuncq

Je n’ai ni aimé ni détesté le roman et c’est la raison pour laquelle il m’a été difficile d’exposer clairement mes arguments à son sujet. Si vous êtes comme moi, son titre vous a intrigué. Une définition du Larousse décrit un palimpseste comme un « parchemin dont la première écriture, grattée ou lavée, a fait place à un nouveau texte ». Si vous n’êtes pas amateurs d’envolées lyriques, vous vous dîtes aussi que ce n’est ni plus ni moins qu’une feuille de brouillon.

La couverture a attiré mon regard mais l’apparence ne fait pas tout … L’histoire en elle-même est aussi très accrocheuse car celle-ci ayant lieu dans le Paris de la fin du XIXème siècle, nous suivons Samuel, un timide gardien du musée du Louvre et Clara, une artiste-peintre avant-gardiste pour son époque. Alors qu’il cherche en lui le courage d’aborder cette jeune femme qui lui plaît tant, d’étranges phénomènes se manifestent dans le musée. Les Parisiens assistent à des visions d’événements passés ou futurs, en lien semble-t-il avec la statue de la Pythie récemment arrivée dans la collection antique du Louvre.

Les deux jeunes gens, premiers témoins de ces manifestations surnaturelles, s’allient pour comprendre les origines de ces apparitions qui s’étendent rapidement dans la Capitale. En ce qui me concerne, la quatrième de couverture m’a fait rêver mais la réalité m’a vite rattrapée. Le récit manque cruellement d’actions et l’auteur prend tout son temps avant de formuler des hypothèses sur les événements se déroulant au Louvre. Elle nous embarque aussi à travers les siècles et les faits historiques qu’ont connus le musée, et Paris de façon plus générale. Les descriptions des visions sont très bien racontées et le travail de documentation rigoureux qu’a certainement effectué l’auteur pour nous les présenter nous donnent vraiment l’impression d’assister à ce que voient les personnages.

J’ai apprécié ce voyage dans le temps qui nous amène également à réfléchir sur la notion de libre-arbitre et de destin, du rôle que nous pouvons avoir sur les événements qui se produisent dans nos vies. Cette réflexion intéressante ne reste malheureusement qu’une amorce. J’ai regretté que l’histoire ne se focalise surtout qu’autour de la romance de Samuel et Clara. Je reconnais que leur histoire d’amour m’a un peu agacée. Les sentiments amoureux sont apparus très soudainement et en étant l’un avec l’autre, les deux jeunes gens sont trop fleur bleue à mon goût. Les déclarations enflammées (« Je t’aime comme tu es », « Tu es si belle » … ) sont mignonnes mais il ne faut pas que cela en devienne une habitude. Or, elles restent un peu trop présentes tout au long du récit.

Je ne me suis donc pas attachée au couple formé par Clara et Samuel alors qu’individuellement, je les ai appréciés. La jeune femme a un côté fantasque et résolument anti-conformiste qui m’a immédiatement séduite. J’ai aussi beaucoup apprécié ses réflexions féministes mais une fois encore, l’auteure s’est contentée de rester en surface. De son côté, Samuel est plus calme et réservé, osant à peine s’affirmer alors que ses suppositions sont souvent pertinentes. Son caractère et sa vision de la vie évoluent au contact de Clara et des visions déclenchées par la Pythie.

Son tempéramment m’a nettement moins marquée que celui de la jeune artiste mais je n’ai pas pu m’empêcher de le trouver attachant, hormis le fait qu’il peut devenir franchement niais lorsqu’il fait des déclarations d’amour à sa bien-aimée. La fin a été bâclée mais j’ai appris que ce roman n’était que le premier tome d’une trilogie. Je ne suis pas encore certaine de vouloir me plonger dans la suite car malgré sa quatrième de couverture prometteuse, le récit ne me laissera pas un souvenir impérissable. Il est divertissant mais mieux vaut ne pas en attendre davantage.

Twostars

  • Fog, James Herbert

Je ne vais pas être tendre avec ce livre mais si je peux vous épargner du temps et de l’argent, je ne vois pas l’intérêt de s’en priver. Je n’ai pas accroché à son histoire, au point d’avoir abandonné la lecture. Je n’ai que très rarement vécu cette situation car même si je n’aime pas un livre, je me force à le terminer. Pour quelles raisons ? Tout simplement parce qu’un roman a toujours été le fruit d’un long travail qu’on se doit de respecter. Abandonner un récit en cours de route est pour moi, synonyme d’échec mais je n’ai pas pu faire autrement avec celui-ci.

Son résumé ne m’avait pas laissé présager une expérience de lecture catastrophique. Un violent tremblement de terre fait surgir un mystérieux brouillard jaunâtre que le vent emporte vers la campagne anglaise. Des massacres inexplicables, des actes déments sont alors signalés sur le passage de la nappe de brouillard. Elle ne cesse aussi de croître vers des zones plus peuplées de l’Angleterre, entraînant sur son sillage une vague impressionnante de meurtres et de suicides collectifs. A travers ce scénario catastrophe, l’auteur dénonce les débordements de l’armée et les conséquences de leurs mystérieuses expériences. L’originalité du roman n’est pas son point fort mais s’il n’y avait que cela ! J’ignore si le style d’écriture médiocre est lié à la plume de l’auteur ou à la traduction mais c’était un supplice de lire chaque phrase. L’utilisation constante de l’imparfait m’a par exemple, quelque peu agacée.

Les scènes de massacre sont tellement décrites (épluchées ?) que James Herbert ne laisse pas de place pour notre imagination. J’étais exaspérée par certaines d’entres elles qui ne cachaient guère ses connotations sexuelles. J’oserais même parler de perversité. Mon agacement n’a jamais été aussi fort qu’au moment où j’ai lu le passage pendant lequel le professeur le plus tordu du lycée (le mot est faible) accepte de se livrer à une séance de torture SM par ses élèves. Il a un fort penchant pour la jeunesse, le sexe et la folie provoquée par la nappe de brouillard réveille en lui une certaine animalité. Tout est fait pour choquer, rien n’est subtil et je n’ai qu’une envie à ce moment-là : EN FINIR ! Je n’y suis pas parvenue parce que c’était tout simplement au-dessus de mes forces.

Certains osent comparer James Herbert à Stephen King mais d’après ce que j’en ai lu, c’est une HONTE ! Seulement, je me connais suffisamment bien pour savoir que j’accorderai une seconde chance à l’auteur. Je vais laisser passer un peu de temps pour « digérer » le désastre de cette lecture et je m’armerai de courage en choisissant un autre roman de James Herbert, en priant très fort (même si je ne suis pas croyante) pour que ce ne soit pas aussi catastrophique.

  • Juste avant le bonheur, Agnès Ledig

Il y a des livres dans lesquels on se plonge sans rien connaître du contenu. J’ai appris que l’histoire avait remporté un franc succès auprès des lecteurs et des médias. En revanche, tous ces avis positifs n’étaient pas LA garantie que j’allais aussi l’apprécier. J’ai remarqué qu’il était plein de fraîcheur mais ne m’attendais pas à ce qu’il me marque d’une pierre blanche. Le livre a beau être petit par la taille, il n’en est pas moins grand par l’émotion et la douceur qu’il dégage. Les personnages y sont pour beaucoup. Ils apportent tous une valeur ajoutée à l’histoire.

On y retrouve un peu de folie, beaucoup de mélancolie mais surtout une grande combativité face aux aléas de la vie. Dans cette société individualiste, Agnès Ledig dresse un portait optimiste des relations humaines où les personnages s’unissent pour lutter contre l’adversité, les obstacles qui jonchent le parcours de chacun. Tout le monde rêverait que d’autres nous tendent la main en cas de situations éprouvantes et on remarque souvent avec amertume que hormis certains membres de la famille (et encore, c’est loin d’être une généralité), rares sont ceux qui ont la générosité de nous porter dans les moments de souffrances.

Qu’il s’agisse de Paul, le quinquagénaire qui a le cœur sur la main ; de Julie, la jeune fille désillusionnée ; de Ludovic, le petit garçon débordant de vie ; de Jérôme, l’âme de sauveur ; de Caroline, le jeune médecin qui manque tellement de confiance en elle ou encore de Romain, l’homme idéal qui sait tendre la main … Tous m’ont touchée en plein cœur. La plume de l’auteur y est également pour quelque chose. Les dialogues sont drôles, piquants, émouvants, sarcastiques. La poésie d’Agnès Ledig m’a transportée dans l’histoire mais c’est surtout celle de Julie qui m’a bouleversée. Elle m’a même fait pleurer.

Son courage et sa détermination forcent l’admiration car quoiqu’il arrive, elle se relève. Elle est blessée mais ne laisse jamais le malheur dire le dernier mot. En réalité, ce roman est une ode à la vie, un hymne à l’espoir. J’ai vécu quelques désillusions (comme tout le monde) mais je suis de nature plutôt positive. Je refuse de sombrer dans les pensées négatives tout en restant pragmatique. Voici comment je caractériserais mon état d’esprit.

Seulement, en refermant ce livre, une violente bouffée d’optimisme m’a submergée. J’ai relevé quelques petites incohérences dans le récit mais peu importe … J’étais heureuse de pouvoir respirer, sentir mes membres bouger, prendre pleinement conscience que mes proches se portaient bien eux aussi. En ce qui me concerne, « Juste avant le bonheur » m’a fait encore plus Aimer la vie … avec un grand A.

FiveStars

Depuis que je me suis initiée à l’anglais avec les aventures de Julie, Dennis et Scruffy, leur fidèle ami à quatre pattes (la génération de la fin des années 80-début 90 reconnaîtra sûrement 😉), je rêve d’aller en Angleterre. Entre les études associées au manque d’argent, le travail et le manque de temps tout simplement, je n’avais pas eu l’occasion de mener à bien ce projet. Ce sera bientôt chose faite puisque je m’envolerai lundi pour Londres. A bientôt ! 

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3 réflexions sur “Revue de lectures : Avril #5

    • mangoandshamallow dit :

      Merci ! 🙂 Si tu aimes les thrillers (c’est mon genre préféré), je peux te donner des références que j’ai aimées. Sinon, je lis du Young Adult, du contemporain et j’aime bien aussi certaines relectures de contes. Je me suis remise aux BD & Comics, genre que j’avais complètement délaissé pendant quelques années au profit des romans. Bref, si ça t’intéresse, contacte-moi 😉

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