[Avis] : Le livre de la jungle, Jon Favreau

Il était une fois … Cette simple phrase nous replonge immédiatement dans des histoires de princesses, d’enfants innocents exposés à de grandes menaces et de monstres mythologiques. Elle est aussi devenue une ritournelle pour le cinéma hollywoodien qui s’est mis en tête de relever le défi de produire toute une série de remakes des plus grands classiques de Disney. Pour quelles raisons Hollywood s’est lancé dans ce challenge ? Serait-ce dû à un manque de créativité ? A une ambition démesurée de vouloir faire déborder les caisses d’une industrie déjà si colossale ? Nul ne sait, même s’il est probable que les deux options reflètent la réalité. Hollywood n’a jusqu’à présent pas hissé un de ses remakes au rang de chef d’oeuvre mais il en a tout de même réussi quelques uns. Il en a aussi massacré d’autres.

J’ai apprécié l’univers sombre de « Blanche-Neige et le chasseur », même si le film se situe à des années lumières du dessin animé de 1937. Sous la direction de Rupert Sanders, le spectateur ne rencontre ni princesse fragile ni nains adorant pousser la chansonnette en regagnant leur chaumière. Les petits êtres sont des mercenaires, l’héroïne une guerrière qui après avoir emprunté la panoplie de Jeanne d’Arc, chevauche avec son armée pour en découdre avec son odieuse belle-mère. Le prince n’est pas un jeune homme de bonne famille mais un chasseur bodybuildé qui n’a pas dû se laver les cheveux depuis plusieurs semaines. Le chevalier servant des frères Grimm pourrait même passer pour un efféminé. Le conte sert de prétexte scénaristique mais la magie a opéré sur moi, d’autant plus qu’en regardant l’affiche, j’avais déjà compris que le film serait fort éloigné de l’univers de Jacob et Wilhlem Grimm.

J’ai encore plus apprécié « La belle et la bête » de Christophe Gans parce qu’étrangement, son remake est assez proche du film de Cocteau. La plupart des adaptations de contes subissent de profondes mutations, transformant ainsi toute la symbolique par leur dimension contemporaine. Or, Gans a fait le choix d’un cinéma à l’ancienne. Les effets spéciaux remplacent heureusement le carton pâte mais le réalisateur s’est appliqué à respecter le monde imaginaire du conte en renonçant à lui donner une autre lecture ou un cadre narratif différent. En revanche, « Maléfique » a été un choc. Il s’est avéré agréable alors que je craignais tant, dès les premières séquences, de basculer dans l’absurdité. Certains le considèrent comme un préquel au conte de « La Belle au Bois Dormant » et même s’il l’est, ce n’est pas tout à fait exact. On remonte dans le passé de Maléfique mais on retrouve aussi la ligne du conte avec sa rencontre avec Aurore et la malédiction qu’elle lui jette. Je reconnais que le film n’a pas grand-chose à voir avec le conte mais il n’est pas non plus à des années lumières de l’histoire originale.

Je vous ai présenté les adaptations qui m’ont plu mais il y en a d’autres qui sont catastrophiques. La pire de toutes ? La version américaine de « Hansel et Gretel » où les héros ne sont pas des enfants mais un frère et une sœur qui ayant atteint l’âge adulte, veulent affronter la sorcière en étant armés jusqu’aux dents. « Le Petit Chaperon Rouge » de Catherine Hardwicke emprunte de vagues lignes du conte mais la réalisatrice nous propose surtout un film à gros budget qui n’est qu’un prétexte pour faire jouer une actrice bankable à souhait. Sa lecture est simpliste, puritaine et j’avais envie de sombrer comme la Belle au Bois Dormant dans un sommeil profond, jusqu’au générique de fin.

Qu’en est-il maintenant du Livre de la Jungle de Jon Favreau (enfin ! 😉 ) ? L’esthétique est à couper le souffle : les paysages sauvages sont magnifiques et les animaux tellement réalistes qu’on aurait presque envie de caresser le pelage du sympathique Baloo. Et encore, je ne l’ai pas vu en 3D … Il paraît que les images sont tellement travaillées qu’on pourrait compter les poils de l’ours. Quoiqu’il en soit, la beauté du film est quasiment surnaturelle. Qu’ai-je pensé de l’histoire ? Le réalisateur s’est rapproché de l’univers de Kipling pour nous offrir un récit plus sombre et violent. Disney avait effectivement atténué cet aspect en adoptant un style léger et drôle.

Dans le remake, ne vous attendez pas à voir Kaa souffrant de sinusite chronique, Shere Khan faisant de l’humour noir et Baloo se grattant énergiquement le dos sur le tronc d’un palmier. Que nenni ! Bienvenue dans la jungle où la violence règne. La lecture du film est à prendre au premier degré et reste ainsi fidèle au roman. L’histoire paraît simple aux yeux de beaucoup de spectateurs. Je ne peux nier qu’il n’est pas nécessaire de « se faire des nœuds au cerveau » pour en comprendre le sens. Néanmoins, « simple » ne s’associe pas systématiquement avec « simplet ».

La violence au sein de l’apprentissage est le thème principal de l’oeuvre de Kipling. Mowgli doit se plier à la loi de la jungle et à celle des loups (ses parents adoptifs) pour rester dans la meute. S’il ne le fait pas, il mourra. Baloo (Bagheera dans le film) apprendra aussi à l’enfant à distinguer une branche morte d’une branche saine, c’est-à-dire exercer son esprit critique en ne se fiant pas aux apparences. Le récit fait très souvent référence à l’éducation, à son chemin semé d’embûches pour devenir un adulte et s’affirmer en tant que tel.

A l’heure actuelle, cette vision de l’apprentissage peut sembler un peu dépassée (quoique…) mais il ne faut pas perdre de vue que Kipling a écrit son livre en 1894. L’autoritarisme, la soumission de l’enfant à l’adulte sont prégnants dans l’oeuvre originale tandis que de nos jours, nous prônons un mélange d’autorité et de liberté qui s’éloigne néanmoins petit à petit du laxisme des années passées. Certaines valeurs traditionnelles resurgissent après avoir été longtemps dominée par une « vision soixante-huitarde » qui n’a pas toujours fait ses preuves. Cet avis n’engage que moi et je me rends compte surtout que je m’éloigne du sujet 🙂

Pour en revenir au film, je vous conseille vivement de ne pas chercher à le comparer au dessin animé de Walt Disney. Sinon, vous risquerez d’être déçus par une histoire que vous trouverez trop sérieuse. Si vous ne vous préparez pas à entrer dans cet état d’esprit de comparaison, vous serez susceptibles d’apprécier le film. En ce qui me concerne, je m’attendais à être immergée dans un univers proche du roman. « Le livre de la jungle » n’est pas le long-métrage du siècle dans la mesure où l’histoire pourrait être retranscrite en trois lignes. Seulement, je ne pouvais pas non plus être insensible à sa puissance universelle et intemporelle qui fait bien évidemment la force du film.

Threestars1

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4 réflexions sur “[Avis] : Le livre de la jungle, Jon Favreau

    • mangoandshamallow dit :

      Si tu veux regarder un film superbe sur le plan esthétique et que tu ne pars pas dans l’idée de le comparer au dessin animé, je ne peux effectivement que t’encourager à aller le voir 🙂 Si tu as l’occasion, n’hésite pas à me dire ce que tu en as pensé.

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      • Madame Plus dit :

        Oui effectivement, j’avais eu l’occasion de voir la bande annonce au cinéma et elle annonçait direct la couleur, celle d’une ambiance plus sérieuse. Les images sont magnifiques, je pense que ce sera une bonne surprise. Merci en tout cas pour ton avis, je l’ai trouvé très constructif. Et au passage j’adore vraiment ton blog, où chaque article se veut réfléchi et intéressant. Bonne journée et bonne continuation.

        Aimé par 1 personne

      • mangoandshamallow dit :

        Merci ! Je suis touchée et j’aurais sûrement rougi comme une pivoine si tu me l’avais dit en face 😉 J’aime beaucoup échanger avec les personnes qui viennent visiter mon blog donc surtout, n’hésite pas à donner ton avis sur ce qui t’inspire. A bientôt, j’espère 😀

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