Revue de lectures : Mars #4

Mars s’est révélé être un mois littéraire de « grand cru » dans la mesure où j’y ai découvert trois romans qui sont devenus des coups de cœur (en principe, il y en a toujours un que je n’aime pas ou que j’apprécie moins que les autres ! Je n’en reviens toujours pas … 🙂 ) et c’est avec grand plaisir que je vous présente ces petits bijoux de genres très différents (ils ont néanmoins un point commun : devinez lequel ! 😉 ) qui m’ont fait vibrer à l’arrivée du printemps.

  • Si loin de toi, Tess Sharpe

« Si loin de toi » est un roman qui m’intriguait mais je ne savais pas à quoi m’attendre, si ce n’est que la blogosphère annonçait un récit aux allures de thriller. Après l’avoir posé, je ne vois toujours pas de réelles similitudes avec ce genre littéraire puisque même si le personnage principal recherche avec une détermination forçant l’admiration l’assassin de sa meilleure amie, le roman est avant tout l’histoire d’une amitié aussi magnifique par sa puissance que par sa grande complexité. Les lecteurs se retrouvent plongés au cœur des sentiments, des souvenirs et des regrets de Sophie car l’auteure nous fait ressentir ce que son personnage principal éprouve au fil de sa quête de la vérité. Quand Mina se fait froidement assassiner sous les yeux de Sophie, la jeune fille est dévastée et prête à tout pour identifier celui qui a ôté la vie à celle qu’elle considérait comme son « âme sœur ». Seulement, personne ne la croit car Sophie a longtemps été droguée aux anti-douleurs qu’elle prenait pour soulager les séquelles provoquées par un grave accident de voiture.

Le roman est aussi partagé entre flashbacks et moments présents, faisant ainsi monter la tension au fil de la lecture. A la manière des poupées russes, chaque secret en dissimule un autre et j’ai pris beaucoup de plaisir à les découvrir les uns après les autres. J’ai eu un pincement au cœur du début à la fin du récit car je redoutais ce qu’allait découvrir Sophie, à la fois sur elle-même et sur l’assassin de Mina. Elle s’est effectivement lancée dans une quête à la fois sur sa propre existence (assumer ses sentiments, comprendre les raisons pour lesquelles elle culpabilise autant …) et sur celle qui était sa meilleure amie alors que tout le monde, y compris sa famille, l’accuse d’être indirectement responsable de sa mort.

J’ai été bouleversée de voir Sophie « s’éveiller », la voir prendre conscience de ce qui s’est réellement passé et la voir enfin, nouer des alliances insolites qui ne lui ont jamais fait défaut. Je redoutais de découvrir la fin du roman mais je n’ai rien vu venir. J’ai même été littéralement stupéfaite de découvrir qui se cachait derrière le masque de l’assassin de Mina. Le côté thriller est long à se manifester et reste très mineur face à tous les autres genres que le roman a plutôt brillamment mélangé. On y découvre avant tout la quête d’identité d’une jeune fille malmenée par la vie qui fait aussi réfléchir sur des sujets très variés : la complexité (parfois l’ambiguïté) des relations adolescentes, les conséquences de la dépendance, le chemin semé d’embûches pour avoir confiance en soi … Tous ces thèmes s’imbriquent en une seule et même histoire qui nous emporte dans un récit bouleversant qui a aussi le mérite de ne jamais basculer dans le pathos. La dernière page m’a vraiment émue et il m’a fallu un peu de temps pour « digérer » les sentiments de Sophie dont l’expression est à la fois si brute et si sincère. J’espère que vous vibrerez avec elle autant que moi.

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  • La fille du train, Paula Hawkins 

Je ne peux pas nier qu’à mes yeux, ce roman est juste une perle (Waouh !). J’ai été immédiatement happée par le récit qui entrecroise les points de vue de trois femmes blessées par la vie qui cumulent bon nombre de défauts. Il n’y a d’ailleurs pas de véritable héros, au sens noble du terme. Elles cachent des vices et un passé trouble qui nous font traverser toutes sortes d’émotions. Elles peuvent aussi bien nous agacer que nous prendre en pitié car toutes ont de bonnes raisons d’être devenues ce qu’elles sont aujourd’hui (je n’en dis pas plus pour ne pas révéler l’intrigue ).

Rachel est peut-être le personnage le plus touchant. Elle vit sa vie par procuration (non, pas devant son poste de télévision 😉 ) en idéalisant celle des gens qui occupent les maisons qui défilent devant les vitres du train qu’elle prend tous les jours. Elle fait pitié (pas toujours dans le bon sens du terme), se complaît dans son existence pathétique et quand elle devient le témoin exclusif d’un éventuel assassinat (une jeune femme disparaît sans laisser de traces), ses témoignages ne sont pas pris au sérieux. Rachel a tellement abusé de la boisson pendant des années qu’elle parvient difficilement à distinguer la réalité de ses fantasmes. Il lui arrive d’imaginer des choses qui n’ont jamais existé. Je n’apportais pas toujours crédit aux propos de Rachel et pourtant, je me suis attachée à elle. J’ai titubé à ses côtés entre les hypothèses diverses et variées, oscillant au rythme de ses innombrables cuites et souvenirs épars.

Le constat dressé par l’auteur m’a aussi donné froid dans le dos, même s’il ne réserve pas franchement de surprise : on ne connaît jamais assez les gens alors qu’on peut avoir tendance à penser qu’ils n’ont plus de secrets pour nous. Elle nous livre aussi une vision pessimiste de la vie citadine : Rachel habite dans une ville, prend le train tous les jours, rencontrait des gens quand elle travaillait et pourtant, elle est désespérément seule face aux démons qui la hantent. Son existence est tellement terne qu’elle invente une vie aux personnes qui croisent son chemin. En idéalisant ce qu’elle n’a pas, Rachel se heurte de plein fouet à une réalité cruelle, se retrouvant aussi aspirée au cœur d’une histoire bien glauque.

Un certain nombre de lecteurs auraient découvert assez rapidement le dénouement final mais en ce qui me concerne, je n’ai encore une fois rien vu venir (devrais-je me poser des questions ? 😉 ). Après réflexions, je pense que je vivais tellement l’histoire aux côtés de Rachel que je n’ai pas pris suffisamment de recul pour comprendre ce qui se tramait. Je vis tellement le récit que je cultive depuis toujours une sorte de naïveté qui fait qu’à moins que ce soit très prévisible, je suis souvent surprise par le dénouement. C’est étrange dans la mesure où j’anticipe régulièrement les événements de la vie de tous les jours … Je referme néanmoins cette parenthèse pour conclure que j’ai été séduite par la dimension psychologique du roman.

J’ai été tenue en haleine du début à la fin (même les quelques longueurs ne m’ont pas lassé car je savais qu’elles étaient nécessaires pour suivre le déroulement du récit) et je reconnais qu’il n’y a pas de doute : Paula Hawkins mène tellement son intrigue d’une main de maître qu’elle nous livre un excellent page turner. Son écriture fluide contribue également à nous donner follement envie de découvrir ce qui se cache derrière tous ces terribles secrets et je reconnais volontiers que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un thriller aussi haletant.

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  • Il était une lettre, Kathryn Hugues 

« Il était une lettre » est un roman que j’attendais avec impatience et je suis vraiment heureuse de constater qu’il a été un grand coup de cœur. L’histoire raconte le destin croisé de deux jeunes femmes vivant à des époques différentes. Tina est mariée à un homme qui n’a aucun scrupule à la battre quand il a trop abusé de la boisson. Elle est la seule à travailler et tout son argent durement gagné passe dans l’addiction de son époux pour les paris de courses hippiques. Elle se réfugie dans son travail et son activité de bénévole au sein d’une boutique de vêtements caritative. En fouillant dans un vieux costume, Tina découvre une lettre qui, datant de septembre 1939, va profondément chambouler sa vie. La jeune femme décide alors de se lancer à corps perdu dans la quête des deux protagonistes concernés par la mystérieuse lettre.

En 1939, Chrissie est une jeune fille de 17 ans issue d’une famille aisée qui lui donne une éducation très stricte. Elle tombe follement amoureuse d’un garçon qui ne correspond pas du tout aux attentes de son père. Ne voyant pas cette relation amoureuse d’un bon œil, il fait tout pour l’empêcher de vivre sa vie. En plus de devoir se confronter à la cruauté paternelle, Chrissie va devoir également faire face à l’annonce de la guerre, où son grand amour risque d’être envoyé et à un événement qui va changer sa vie à jamais. Kathryn Hugues alterne entre passé et présent pour nous immerger dans chacune des histoires et révéler progressivement le fil conducteur qui unit le destin de ces deux jeunes femmes blessées par la vie.

Ce roman n’est pas seulement un coup de cœur. Il m’a aussi fait l’effet d’un uppercut dans le bas ventre. Le personnage de Tina a agacé certaines lectrices qui lui ont reproché sa passivité, sa lâcheté à ne pas quitter un mari qui lui fait tant de mal. En ce qui me concerne, elle ne m’a jamais énervée alors que paradoxalement, je ne la comprenais pas. Pour quelles raisons, me diriez-vous ? Son histoire m’a profondément touchée car j’ai identifié Tina à une amie qui m’est chère.

Elle ne subit pas de violence physique mais la torture psychologique que lui fait vivre son compagnon depuis quelques années me fait penser à celle vécue par le personnage. Mon amie est tombée amoureuse d’un homme qui a tous les signes du pervers narcissique et tous ses proches se sentent impuissants face au piège qui se referme progressivement sur elle. Les discussions sur le sujet ont beau être incessantes, elle lui trouve toujours des circonstances atténuantes. Elle sait qu’il lui fait du mal mais elle revient sans cesse parce qu’elle l’aime. En tant que témoin des souffrances qu’elle s’inflige au nom de l’amour ( NON ! Ce n’est pas ça l’Amour !), le roman me « parle », au sens littéral du terme.

Il n’est toutefois pas nécessaire d’être victime ou témoin de violences pour être bouleversé car même si l’effet est naturellement incomparable entre une personne qui « sait » et celle qui porte un regard plus extérieur, « Il était une lettre » fait vivre un véritable ascenseur émotionnel en réservant tantôt des moments déchirants, tantôt des moments très heureux. En dépit de mon expérience, c’est surtout l’histoire de Chrissie qui m’a fait vibrer mais je préfère ne pas vous en expliquer les raisons pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. Quoiqu’il en soit, ce roman est percutant de réalisme et réserve de magnifiques moments d’émotions.

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