Courir au féminin

A l’occasion de la journée de la femme (une « fête » que je n’aime pas spécialement puisque je fais partie de celles qui estiment qu’on n’a pas besoin de planifier une journée dans l’année pour penser à la gente féminine) , j’ai décidé de m’en servir comme prétexte afin de consacrer un article sur l’image qu’ont certaines personnes de la pratique de la course au féminin. Je tiens à préciser avant de débuter que je respecte l’opinion de chacun et qu’en réalité, j’ai plutôt hâte de connaître la vôtre après avoir exposé mon avis. Il est vrai que de plus en plus de femmes se tournent vers le sport et c’est génial. Seulement, quand quelque chose fonctionne, le marketing s’en empare et se lâche malheureusement sur le rose et tous les stéréotypes qui vont avec. Si je me fie aux discours des marques, j’ai l’impression d’entendre la chose suivante : « Tu es une fille donc tu ne veux pas transpirer mais tu veux porter du rose. Tu suis aussi sûrement un régime pour rentrer l’été prochain dans le maillot de bain qui te fait de l’œil depuis l’année dernière ». Au secours les amies … nous sommes à fond dans le machisme et le marketing de genre !

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Je me moque de tous ces messages qui assaillissent nos yeux et nos oreilles (notre cerveau, quoi !) mais reconnais aussi volontiers que j’aime bien porter de jolies tenues en les assortissant le plus souvent possible. Sans tomber dans l’extrême, je refuse de courir en tee-shirt large et jogging. Seulement, ce n’est pas parce que je suis un peu coquette (même quand je fais du sport) que je n’aime pas transpirer. Au contraire, j’adore sentir que mon corps a travaillé et NON, je ne fais pas de sport pour renforcer l’efficacité d’un régime (vous savez, ce concept de torture qui fait reprendre encore plus de kilos quelques mois seulement après l’avoir arrêté ?) et ça m’agace vraiment quand certains coachs (souvent des femmes !) martèlent nos neurones à coups de « Allez encore un effort les filles, c’est pour le bikini de cet été ! ». Cette phrase censée nous encourager ne part pas d’une mauvaise intention mais je ne peux m’empêcher de fulminer intérieurement : « Détrompe-toi ! La sueur coulera de mon front tous les mois de l’année ! » (je respecte les personnes qui le font mais en ce qui me concerne, je n’en ai plus fait un but depuis longtemps. En plus, ça me vexe un peu d’associer les femmes qui font du sport aux régimes amincissants).

Faire du sport permet de sculpter la silhouette et c’est évidemment l’avantage attractif de l’activité physique : on perd des calories, brûle des graisses, gagne en tonicité … Je ne vais pas vous me mentir en écrivant que ce n’est pas intéressant mais honnêtement et en adoptant un style plus cru : A quoi ça sert d’avoir le physique de Megan Fox ?

Je reconnais que c’est très joli et flatteur quand on bronze au bord de la plage pendant la saison estivale mais qu’en est-il de l’hiver ? Je suis plus heureuse depuis que je fais du sport pour le sport. Un ventre musclé n’a jamais généré du bonheur (ou alors je vous prie de témoigner du contraire le plus rapidement possible). Pourtant, j’ai commencé à pratiquer le fitness dans le but de maigrir. Après un an et demi d’efforts intensifs, je suis parvenue à perdre 20 kg. Aujourd’hui, j’en fais 53 (pour 1,72 m) et suis fière d’avoir atteint mon poids de forme. Vous allez peut-être penser que je suis hypocrite (et vous avez le droit !) de sous-estimer actuellement l’objectif de perdre du poids dans la pratique du sport. « Elle se permet de penser cela parce qu’elle a atteint son but et oublié ce qu’elle ressentait avant de faire 53 kg ».

Sans vouloir me justifier à tout prix, je pense au contraire que je m’en souviens trop bien … Il est vrai que je ne complexe plus autant mais je me rends compte aussi que je vivais moins bien mes séances de sport qu’aujourd’hui. Je me mettais effectivement beaucoup de pression pour perdre du poids et l’activité physique pouvait générer chez moi du stress et de l’angoisse si je n’atteignais pas assez rapidement l’objectif que je m’étais fixée. Certes, le résultat est là mais je vous souhaite tout de même de vivre plus sereinement votre pratique du sport.

Je souhaiterais tellement que les personnes qui chaussent leurs baskets ou poussent les portes d’un club de fitness ne le fassent pas uniquement pour avoir des abdos en béton et des cuisses toniques. J’aimerais encore plus entendre un coach encourager les participants de son cours en leur disant qu’ils vont s’éclater et progresser ensemble, le but n’étant pas de se sculpter un corps de rêve mais de dépasser ses limites.

Je ne peux que vous inviter à mettre de côté vos complexes (à moins d’être narcissique, on en a toutes) pour prendre du recul sur ce que votre corps est déjà capable de faire. Regardez aussi ce que vous pouvez atteindre grâce au sport. L’activité physique est un excellent moyen de percevoir son corps de façon positive, même s’il a des défauts. Seulement, ses qualités peuvent nous mener loin et nous aider à supporter nos efforts. En apprenant à s’aimer tel qu’on est, ces bouffées d’optimisme se répercutent inévitablement dans la vie de tous les jours.

Le running au féminin ne se limite néanmoins pas au rapport au corps dans la pratique sportive. Le sujet est d’ailleurs tellement vaste que je n’aurai pas le temps de tout aborder et c’est la raison pour laquelle je terminerai cet article en parlant des événements exclusivement féminins. Le marketing girly autour de ces courses m’agace mais je me dis aussi qu’elles ont le mérite d’exister, si elles permettent à certaines femmes de chausser leurs baskets. A quoi bon aussi se lancer dans une lutte inutile et injustifiée contre les hommes ? Après tout, en 2016, aucune femme ne se voit interdire de pratiquer la course à pied dans notre pays (contrairement à d’autres où elles ne sont pas libres de faire du sport comme elles l’entendent).

Cette activité a été pendant très longtemps exclusivement réservée aux hommes mais aujourd’hui, on peut heureusement parler d’égalité (même s’il a fallu faire preuve de pugnacité pour changer les mentalités !) . En réalité, je trouve ridicule aujourd’hui de comparer notre envie de nous affirmer à un combat.  » Je me bats pour courir et me faire respecter des hommes  » … il est temps d’atterrir car on ne vit pas sous la dictature. Battons-nous plutôt pour le harcèlement de rue, les remarques déplacées et les attouchements dans les transports en commun ( les égyptiennes peuvent se permettre de parler de combat !) parce qu’en ce qui me concerne, on ne m’a jamais regardé pour mes fesses et mes seins dans le contexte de la course à pied. Je souhaiterais bien entendu que le marketing soit moins douteux et surtout que le parcours dépasse 5 km. Il me semble effectivement que notre corps ne s’arrête pas de fonctionner au-delà des 5000 mètres 😉 Je ne dis pas qu’il ne faut pas adapter ces courses aux débutantes, bien au contraire, mais les organisateurs ne seraient pas accueillis à coups de marteau s’ils pensaient aussi à celles qui veulent (ou peuvent) aller plus loin.

Je conclurai l’article en encourageant chacune d’entre nous à pratiquer le sport comme elle l’entend, surtout que nous sommes libres de le faire. Les barrières sont surtout dans la tête alors que l’essentiel est de PRATIQUER sans (se) juger.

J’ai privilégié la légèreté mais je suis consciente qu’il existe des sujets beaucoup plus importants que celui de la pratique de la course à pied au féminin. J’ai d’ailleurs une pensée émue pour la lutte des femmes depuis des décennies. 

Comment vivez-vous le sport ? Que pensez-vous de ces événements exclusivement féminins ?

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