Revue de lectures : Février #3

  • Ce qui nous lie, Samantha Bailly

Alice a pour don de percevoir les liens entre les gens qui lui apparaissent sous forme de fils lumineux. Elle a appris à dissimuler ce phénomène inexplicable et à l’utiliser pour démasquer les hommes infidèles et révéler la vérité aux femmes qui sont victimes d’adultère. Au fil de l’histoire, on découvre une jeune femme blessée en quête d’identité qui s’est donnée pour mission de rétablir la vérité. Peu importe si la réalité fait mal au cœur, les femmes trompées doivent y être confrontées. Alice use alors de stratagèmes un peu douteux pour faire éclater la vérité au grand jour et c’est probablement pour cette raison que certaines lectrices ont trouvé le personnage antipathique. En ce qui me concerne, elle m’a plutôt inspirée de la tristesse et de la pitié. Au début du roman, je lui ai « reproché » de consacrer uniquement son existence à la mission qu’elle s’est confiée (elle n’a rien d’autre à faire Alice ? elle a 24 ans, terminé ses études depuis un certain temps et n’a encore jamais travaillé …) mais mon agacement s’est estompée quand j’ai découvert qu’elle aspirait finalement à vivre une vie normale.

J’ai aussi constaté que d’autres lectrices s’étaient attachées voire identifiées à Alice. Pour être honnête, je n’ai aucun point commun avec elle, hormis le fait que j’ai exercé en tant que chargée de recrutement (c’est un détail dans l’histoire). Dans la vie, j’ai tendance à ne pas me mêler des affaires des autres et ne prodigue des conseils que si on me demande mon avis. Je trouve ainsi Alice bien intrusive mais comprends aussi les raisons pour lesquelles elle se comporte de la sorte. Elle fait ce qu’elle aurait aimé qu’on lui fasse. Blessée par un homme qui lui a été infidèle, Alice pense rendre service en dévoilant la vérité aux femmes victimes d’adultère. N’accomplit-elle pas aussi un peu sa vengeance à travers ses actes ? Très probablement. Cependant, Alice prend conscience, au fil de l’histoire, qu’on s’épanouit davantage en créant des liens plutôt qu’en cherchant à les détruire. C’est justement cette facette optimiste de l’histoire qui en a fait à mes yeux un « roman doudou ». « Ce qui nous lie » est un excellent remède contre les coups de blues et je suis persuadée aussi que je l’ai bien aimé pour l’avoir lu au bon moment.

J’ai beaucoup apprécié la relation très ambiguë qu’elle entretient avec Raphael. Je m’emballe généralement pour les histoires d’amour qui finissent bien (à condition qu’elles ne soient pas trop prévisibles mais je reviendrai un de ces jours sur le sujet …) mais dans ce cas, je n’ai pas été dérangée par le fait que l »histoire ne se termine pas sur un « happy ending » attendu. Je pense même qu’une fin à l’eau de rose aurait gâché l’histoire. Peut-on d’ailleurs vraiment considérer la relation d’Alice et Raphael comme une histoire d’amour ? A mes yeux, il ne s’agit pas d’une romance au sens où on l’entend. Il s’agit davantage d’une attirance physique et d’une forte volonté commune de découvrir l’origine de leurs dons ( Raphael est lui aussi doté d’un pouvoir bien particulier …). A ce propos, j’ai trouvé que cette partie de l »histoire n’avait pas été suffisamment exploitée. Aucune réponse claire n’ayant été apportée, j’ai estimé que la recherche sur les origines de leurs pouvoirs prenait alors une place trop importante dans le récit.

J’aime finir mes critiques sur une note positive et c’est la raison pour laquelle je ne manque pas de souligner que j’ai beaucoup apprécié que l’auteure ait alterné le passé, le présent et le futur d’Alice. A travers les faits passés, on arrive mieux à comprendre pourquoi la jeune femme réagit de telle ou telle manière dans le présent. On parvient également à cerner plus facilement le personnage.

« Ce qui nous lie » est un roman introspectif qui nous fait partager des moments charnières de la vie d’Alice. Ses réflexions sur ses relations aux autres peuvent faire écho à notre vie personnelle (même si on ne s’identifie pas au personnage). Qui n’a pas souhaité un jour « détruire » des liens entre deux individus parce qu’on estimait que leur relation était toxique ? Dans la vie réelle, on peut avoir tendance à éprouver ce sentiment pour protéger des gens qui nous sont chers. Les petits moments de la vie quotidienne sont aussi dépeints avec beaucoup de justesse et laissent le lecteur sur une note finale pleine de sagesse et de douceur.

Fourstars1

 

  •  Fille des cauchemars, Tome 1 : Anna, Kendare Blake

Thésée Cassio Lowood a hérité de son père défunt le don d’éliminer les fantômes en les poignardant avec son athamé. Malgré son jeune âge, il a pris l’habitude de parcourir le monde avec sa sorcière de mère et son chat qui lui est bien utile pour repérer les spectres. Cas (c’est le surnom de notre personnage principal) débarque à Thunder Bay, une petite ville canadienne sinistre pour éliminer un fantôme particulièrement puissant. En effet, « Anna à la robe de sang » est enfermée dans une maison où quiconque osant en franchir le seuil, est sauvagement assassiné. Elle se révèle plus forte que Cas, tout aussi expérimenté qu’il soit du haut de ses 17 ans, et pourrait aisément le tuer. Pourtant, elle épargne le jeune chasseur de fantômes. Cas et ses nouveaux amis cherchent au début de l’histoire à savoir pourquoi Anna a décidé de lui laisser la vie sauve.

Je m’attendais à un contenu simple mais au final, j’ai été agréablement surprise que l’auteure ait fait le choix de mener plusieurs intrigues de front. J’ai surtout beaucoup apprécié les personnages qui sont la plus grande force de ce roman. Le personnage principal est un adolescent et quel plaisir (enfin !) d’avoir un point de vue masculin dans un récit Young Adult ! Il est aussi doté d’un grand courage, d’une intelligence et d’une détermination qui ne sont pas sans rappeler le caractère bien trempé de Dean Winchester ( j’ai aussi déniché une référence à une autre série puisque Gedeon me fait inévitablement penser à Rupert Giles, l’Observateur de Buffy) . Il n’est pas le seul personnage à avoir attirer mon attention car j’ai également apprécié Thomas qui tout en ayant ses parts de mystères, est surtout un ami en or (l’ami que tout le monde aimerait avoir) et Carmel, qui à ma grande surprise, ne s’est pas révélée être le cliché de la pom-pom girl. Il m’est enfin impossible de faire l’impasse sur le personnage d’Anna qui derrière les crimes atroces qu’elle commet depuis 60 ans, cache une grande fragilité. Son passé a fait d’elle un monstre qui ne nous parait plus aussi antipathique quand on découvre ce qu’on lui a fait subir.

Perpétuellement déraciné et endurci par ses missions, Cas va faire l’expérience d’un fantôme plus fort que lui mais aussi, pour la première fois de sa vie, de l’amitié et de l’amour. Seulement voilà, c’est là où le bât blesse. Je me serais effectivement bien passée de la romance entre Cas et Anna. Etant adepte de « Supernatural », je m’attendais à ce que le roman colle davantage à l’esprit de la série. Je pense savoir faire la part des choses mais ravie de constater au début de l’histoire, que de nombreux éléments du récit étaient communs avec la série, je m’attendais à ce que l’auteure soit allée plus loin dans la ressemblance.

En réalité, je trouve que certains rebondissements sont trop liés à l’esprit Young Adult. J’y ai retrouvé des stéréotypes des lycées américains qui m’ont parfois un peu agacés. Était-il aussi nécessaire que le chasseur de fantômes s’attache autant à sa proie ? Certes, ce sentiment donne plus d’humanité à un personnage si jeune et pourtant si endurci par ses expériences macabres mais je ne voulais pas que sa relation avec Anna bascule dans la dimension « fleur bleue ». Je souhaitais de la castagne et je l’assume totalement. Je n’ai pas non plus vraiment apprécié la façon dont l’auteure décrit l’horreur de certaines scènes. Elle en fait trop : les tripes sont à l’air, le sang gicle dans tous les sens. Les détails ne sont pas assez subtils pour faire froid dans le dos (ce n’est bien entendu que mon avis).

De manière générale, je reproche un peu à l’auteure d’avoir entretenu une ambiance trop « Young Adult » (au sens péjoratif du terme cette fois-ci car je tiens à préciser que j’ai apprécié de nombreux romans appartenant à ce genre littéraire). Certains détails peu ragoûtants contribuent à ne pas mettre ce livre à la portée des lecteurs de moins de 15 ans mais j’ai tout de même eu l’impression de lire un roman « jeunesse » (alors que ce n’était pas tout à fait ce à quoi je m’attendais …). La plume de Kendare Blake y participe aussi.

Ce premier tome reste agréable à lire mais je ne l’ai malheureusement considéré que sous l’angle de la distraction. Je m’attendais pourtant à ce que les aventures de Cas Lowood soient plus prometteuses, même si je reconnais volontiers qu’il est loin d’être exempt de qualités. Je suis désolée les amis mais je pense que je passerai mon chemin quand je verrai le tome 2 sur les étagères des librairies.

Threestars1

 

  • Arrêtez-moi là, Iain Levison 

Jeff Sutton, chauffeur de taxi dans la ville de Dallas, est accusé d’avoir enlevé et assassiné la fille d’une cliente qu’il a transporté la veille. Pris dans l’engrenage du système judiciaire, son quotidien tranquille bascule dans l’horreur. « Arrêtez-moi là » est un court roman que je pensais lire très rapidement mais les faits rapportés sont tellement poignants que je me suis sentie obligée d’entrecouper ma lecture pour reprendre mon souffle. La gravité du sujet prend une dimension encore plus dramatique quand on découvre que ce récit est inspiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée en 2002 aux Etats-Unis.

En lisant ce roman, j’ai très rapidement fait le rapprochement avec « Le Procès » de Kafka. L’auteur dissèque sans concession les travers, les dérives et les excès dévastateurs de la justice américaine, justice qui n’en a que le nom tant son cynisme broie l’existence de ses victimes. On est naturellement bien loin de l’image lisse et édulcorée transmise par le cinéma et la télévision car en réalité, trop d’innocents encourent des peines de prison pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. La police peut être prête à tout pour prouver à l’Amérique qu’elle a identifié et arrêté LE coupable. Peu importe si les méthodes utilisées sont au-dessus des lois. Falsifications de preuves, manipulations des témoins, sévices physiques et moraux … « Arrêtez-moi là » est donc un réel manifeste sur les dérives dangereuses d’un système judiciaire plus soucieux de créer et entretenir sa réputation que de dévoiler la vérité à ses citoyens.

Ce livre nourrit incontestablement la réflexion. La justice française a aussi commis des erreurs judiciaires. Je pense par exemple à l’affaire D’outreau qui a condamné à tort dix personnes pour abus sexuels sur enfants. La vie de ces individus a été littéralement broyée par l’incompétence du corps judiciaire. Peut-on alors avoir confiance en notre justice ? Les juges sont des personnes comme les autres mais ils n’ont en réalité pas le droit à l’erreur ! (c’est paradoxal mais l’enjeu est trop important). D’ailleurs, dans « Arrêtez-moi là », les professionnels de la justice sont tournés au ridicule à travers les portraits d’enquêteurs qui bâclent honteusement leur travail et de l’avocat commis d’office de Jeff qui, blasé par la machine judiciaire, n’a pas la niaque de défendre l’innocence de son client.

Alors que l’actualité dénonce régulièrement des bavures policières, notamment à l’encontre des Noirs américains, l’auteur nous prouve qu’il n’est pas nécessaire d’avoir la « mauvaise » couleur de peau pour être broyée par l’impitoyable machine judiciaire. « Arrêtez-moi là » a été adaptée au cinéma en France. Il est sorti dans les salles en janvier dernier mais je n’en avais malheureusement pas entendu parler. Je serais curieuse de le voir pour savoir comment l’histoire a été transposée au système judiciaire français.

Fourstars1

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