[Avis] : The Revenant, Alejandro Gonzales Inarritù

Je suis moi aussi allée voir le film qui permettra peut-être à Léo d’avoir un Oscar (il ne serait pas trop tôt !). Les cinéphiles croisent désormais les doigts pour qu’il ne reparte pas de la cérémonie les mains vides parce que disons-le, c’est le genre d’acteur qui constitue toujours une valeur sûre. Avant d’incarner le rôle de Jack Dawson qui a littéralement propulsé sa carrière au sommet, Leonardo Di Caprio avait déjà prouvé qu’il avait du talent en interprétant Roméo devant la caméra de Baz Luhrmann. Ce film est d’ailleurs assez étrange et burlesque pour mériter d’être vu mais il ne sera certainement pas le meilleur de sa carrière. La B.O est à couper le souffle mais « Romeo + Juliet » est réalisé comme un clip diffusé par MTV dans les années 90. Seulement, au fil du temps, les traits de son visage angélique se sont empâtés tandis que ses rôles ont gagné en profondeur et en complexité. Il a joué le connard de service dans « Le loup de Wall Street », le tortionnaire dans « Django Unchained », le séduisant et torturé Gatsby … Il sait tout faire mais on ne l’avait encore jamais vu en trappeur luttant pour survivre dans l’Ouest américain sauvage et hostile. Maintenant que c’est chose faite, voici le verdict …

« The Revenant » est une expérience cinématographique que je ne revivrai probablement pas cette année. Long de plus de 2h30 (j’espère que les fauteuils de votre salle de cinéma sont confortables !), on ne voit néanmoins pas le temps passé tant on est pris dans l’histoire et absorbé par les décors naturels époustouflants. Alejandro Gonzales Inarritù a fait de son petit dernier une merveille de maîtrise. Les scènes d’action, filmées au plus près, sont éprouvantes, notamment l’attaque des indiens en ouverture et celle de l’ours qui sont des moments de cinéma particulièrement forts. Je ne sais pas comment ils ont fait pour tourner cette séquence avec un animal si déchaîné mais le rendu est absolument bluffant. Le réalisateur a aussi eu recours aux sons naturels (la pluie, la neige, le vent soufflant dans les arbres …) pour apporter un peu de poésie à ce monde de brutes. La musique ne manque pas de sublimer les scènes d’action et d’émotion. Ce film est donc un bonheur de cinéphile.

Le scénario tient en haleine jusqu’au bout, jusqu’à l’accomplissement de la vengeance de Hugh Glass (Leonardo Di Caprio). Survivre dans l’environnement si hostile du Dakota du Nord n’est pas un but en soi pour le trappeur parce que résister à tant d’épreuves est la seule condition pour venger la mort de son fils. Glass a eu un enfant avec une indienne (qui a été assassinée sous ses yeux par l’ennemi) et a vécu suffisamment longtemps aux côtés des Pawnees pour éveiller l’hostilité de John Fitzgerald. En effet, ce dernier considère Glass comme un traître et son fils comme un sous-homme. Sa haine envers les Pawnees explique ainsi la raison pour laquelle il profite de l’extrême faiblesse (c’est le moins qu’on puisse dire !) de Glass pour éliminer son fils. Seulement, Hollywood s’est permis une certaine liberté sur la légende du célèbre trappeur. En effet, « The Revenant » s’est inspiré de la véritable histoire de Hugh Glass qui n’a cependant jamais eu de fils indien. Dans la réalité, la ténacité surhumaine de cet homme n’est pas vouée à une cause aussi héroïque. Il voulait « simplement » récupérer son précieux fusil, un Hawken de calibre 54 qui a été dérobé par John Fitzgerald. Le véritable John n’est ainsi pas si salaud que le personnage brillamment incarné par Tom Hardy. Que voulez-vous … Hollywood a voulu y laisser son empreinte (mais il faut admettre que le scénario original aurait certainement moins attiré les foules !).

On peut aussi se dire que la machine hollywoodienne a un peu trop sur-estimé la grande robustesse de Hugh Glass. Il survit aux attaques successives d’un ours féroce, aux températures extrêmes et dans des conditions d’hygiènes déplorables pour un homme aussi grièvement blessé. Les spectateurs sont impressionnés de voir le trappeur résister à tant d’épreuves, au risque parfois de ne pas trouver le scénario très crédible. Seulement, la véritable histoire de Hugh Glass est aussi spectaculaire et sanguinolente que la fiction réalisée par un Inarritù très inspiré (même si la magie d’Hollywood continue de s’en mêler puisque le trappeur n’aurait par exemple jamais fait de chute à cheval du haut d’une falaise pour échapper aux indiens avant d’éventrer le pauvre animal dans le seul but de survivre aux températures nocturnes extrêmes).

Le légende de Hugh Glass est donc comme toutes les autres puisqu’elle contient aussi sa part de fantasmes et d’interprétations. Inarritù a certes magnifié ou occulté certains faits pour des raisons scénaristiques mais « The Revenant » est un film qu’il faut pouvoir encaisser. Ce n’était pas le cas de ma voisine qui, malgré ses 50 printemps (d’après mes estimations), grinçait souvent des dents face à certaines séquences particulièrement violentes. Le film est radical parce qu’il va jusqu’au bout de son leitmotiv et le spectateur doit effectivement avoir le cœur bien accroché pour assister aux excès de violence qui filmés avec une certaine frontalité, nous ramène à ce que l’être humain a de plus primitif. « The Revenant » est à mes yeux un superbe mélange de brutalité et de poésie, porté par l’immense talent d’un Di Caprio qui vit son personnage. Si le film et son acteur principal repartaient sans un Oscar, je serais presque révoltée de l’apprendre.

FiveStars

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2 réflexions sur “[Avis] : The Revenant, Alejandro Gonzales Inarritù

  1. Sweet Judas dit :

    J’ai l’impression de chercher avec avidité toutes les critiques que je peux trouver sur ce film tellement j’ai l’impression d’être passée à côté. Je ne le trouve pas complètement naze mais je ne pige pas à comment les spectateurs ont pu s’identifier à Hugh Glass, parangon de loyauté et d’honnêteté face à Fitzgerald, incarnation du Mâaaal avec un grand M. Le principal problème vient de là pour moi : une histoire trop simpliste, trop dégoulinante de bons sentiments, trop peu crédible et carrément trop manichéenne.

    Egalement, je trouve la résolution du film là encore simplette et bien gentille mais mortelle à avaler. Glass ne se venge pas, il comprend 8 ans après tout le monde la phrase posée en suspens par son poto Pawnee (pendu par les… québécois ?) qui lui susurrait que la vengeance n’était réservée qu’à Dieu. J’ai juste envie de hurler « Tout ça pour ça ? » face à l’écran de cinéma et Tom Hardy qui partait se faire scalper une deuxième fois par des Indiens, histoire que Glass se salisse pas trop les mains, alors que le capitaine roux vient lui-même de perdre la vie pour l’accompagner dans sa vendetta meurtrière. Paie ton ironie.

    Certes, je suis d’accord, cela reste un tableau magnifique (les images et les couleurs qu’elles font défiler sont vraiment très belles). Mais ça n’en fait pas un « grand » film. Il manque un souffle véritablement épique, une âme romanesque pour que je puisse m’intéresser vraiment à ce qui arrive à M. Dicaprio (parce que là, disons-le clairement, je m’en foutais de savoir s’il allait y laisser sa peau ou non).

    Limite si je m’inquiétais pas davantage du sort de Fitzgerald, qui est le seul avec un tant soit peu de profondeur)(et encore, Tom Hardy bricole avec les moyens du bord). Alejandro s’est un peu (beaucoup)(trop) regardé filmer, en mode « zoome-moi sur ces aiguilles de sapin pendant 20 minutes, ça va être TROP DAR » et ça rend le film long, lent et surtout très lourd, à mes yeux.

    Pour tout dire, je n’ai même pas vu la scène du cheval vidé de ses organes puisque j’étais sortie aux toilettes, vu qu’il ne se passait rien depuis plus d’une heure et que j’étais à deux doigts de l’ennui…

    Dommage qu’il ait eu l’Oscar pour ce film. Leonardo était autrement plus brillant et convaincant dans The Wolf of Wall Street, je trouve 🙂

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  2. mangoandshamallow dit :

    Le film est un peu lent mais ça ne m’a pas dérangé. J’ai justement aimé la façon dont le réalisateur avait filmé car elle a quelque chose de contemplatif et il faut avouer que les paysages sont magnifiques 🙂 Di Caprio aurait pu largement remporter un Oscar avant ce film mais son interprétation est d’autant plus géniale qu’elle s’est déroulée dans des conditions assez extrêmes. The Revenant a été adapté à la sauce hollywoodienne mais il s’inspire tout de même d’une histoire vraie. Tu n’es pas la seule à être passée à côté parce que je connais beaucoup de personnes qui n’ont pas aimé. Trop lent, trop « trash » … ce sont les principaux reproches que j’ai entendus à son sujet. En réalité, j’ai l’impression qu’on aime ou qu’on déteste.

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