Revue de lectures : Janvier #2

Le début de l’année s’est révélé mouvementé sur le plan professionnel. Le réseau des missions locales connaît de profondes mutations qui nous amènent à remettre en question nos pratiques. Je suis ravie de voir notre métier évoluer et en règle générale, je ne suis pas réfractaire aux changements. J’ai aussi appris que mon CDD était renouvelé jusqu’à mai 2017. Je travaille à la mission locale depuis janvier 2015 et j’aurais naturellement préféré décrocher un CDI. J’ai eu raison de ne pas me faire d’illusions mais je vois aussi le bon côté des choses en me disant souvent que j’ai de la chance de pouvoir continuer à exercer un métier que j’aime. A la mission locale, j’ai également fait de magnifiques rencontres et partir aurait provoqué chez moi bien plus qu’un pincement au cœur.

Une très belle découverte, une déception inattendue et un grand coup de cœur : voilà de quoi auront été composées mes lectures du mois de janvier. Si vous les avez déjà lus, je serais d’ailleurs ravie que vous partagiez vos avis en commentaires.

  • Au Bois Dormant, Christine Féret-Fleury

Résumé : « On l’appelle le Rouet. En référence au « rouet » sur la pointe duquel la Belle au Bois Dormant se pique le doigt dans le conte de Perrault. Car le Rouet est un tueur en série, un criminel qui traque ses victimes dès leur naissance, promettant à leurs parents qu’il leur dérobera la vie le jour de leur seizième anniversaire. Ariane aura seize ans dans quelques mois. Elle décide de s’enfuir plutôt que d’attendre cette mort annoncée. En chemin, elle rencontre Lara, une jeune fille qui lui ressemble comme une sœur. Mais un terrible accident emporte Lara. Elle aurait eu ses seize ans quelques jours plus tard. Dans la précipitation des évènements, on confond Ariane et Lara. Et si changer d’identité était la solution pour échapper au tueur ? Ariane décide de se faire passer pour la défunte et continue sa fuite. Mais le tueur est bien plus proche qu’elle ne le croit… »

Mon avis : Je ne m’attendais pas à lire une réécriture fidèle du conte de Perrault (même si les allusions sont assez nombreuses) et n’ai donc pas été déçue de découvrir une enquête policière aux allures de thriller. L’intrigue est bien menée et je n’ai rien vu venir. L’auteure a construit son récit comme un jeu d’échecs et joue avec ses protagonistes comme elle le ferait avec des pions. Elle nous réserve un dénouement final angoissant voire malsain qui m’a vraiment ravie mais je reconnais que j’ai été déçue d’attendre la fin pour ressentir de telles émotions. En revanche, elle ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer car l’action est omniprésente. Ariane, qui se sent sans cesse traquée, va prendre la fuite et faire la rencontre de personnages qui vont lui permettre d’identifier l’identité de son potentiel tueur.

Le rythme rend la lecture du roman addictive, en raison des nombreux rebondissements et de l’alternance des points de vue des personnages. Je brûlais d’envie de découvrir qui se cachait sous le nom très symbolique du Rouet. Ma curiosité a aussi contribué à ce que je dévore cette intrigante histoire policière mais paradoxalement, je ne peux pas dire que j’ai adoré le roman. Il n’est pas un coup de cœur parce je ne me suis pas attachée au personnage d’Ariane. Je l’ai trouvée fade.

Je n’ai pas non plus compris pourquoi elle parlait à une personne défunte (je ne veux pas en dire trop non plus …). Cela avait pourtant du sens puisque la jeune fille semblait être entendue par son interlocutrice « spectrale ». Ce n’est peut-être qu’un détail mais j’ai trouvé cela inapproprié, en comparaison avec le reste du roman qui est bel et bien ancré dans la réalité. En revanche, j’ai été sensible au caractère torturé de l’inspecteur Jude Beauvoir. Il est étroitement lié aux meurtres du Rouet et c’est pour cette raison qu’il ne vit que pour son enquête, au risque de se perdre. L’intrigue est bien ficelée mais j’ai surtout été séduite par sa fin très surprenante. J’ai passé un agréable moment de lecture, même si je reconnais volontiers que ce roman n’est pas un des meilleurs thrillers que j’ai lus.

Fourstars1

 

  • J’étais là, Gayle Forman

Résumé : « Après le suicide de sa meilleure amie Meg, Cody est sous le choc. Elle était là. Même si Meg et elle s’étaient éloignées depuis quelque temps, elle avait toujours été là pour son amie. Comment avait-elle pu ne pas s’apercevoir que Meg allait si mal ? Pourquoi Meg ne lui avait-elle rien dit ? Quand elle se rend à Seattle à la fac de Meg pour récupérer les affaires de Meg, Cody découvre qu’il y a beaucoup de choses d’elle qu’elle ignorait. Beaucoup de choses qu’elle aurait aimé savoir. Au sujet de ses colocataires, par exemple, le genre de filles que Cody ne rencontrerait certainement pas dans sa petite ville paumée dans l’état de Washington. Ou encore de Ben McAllister, le garçon à la guitare et au sourire narquois qui a brisé le cœur de Meg. Mais surtout, Cody trouve un fichier informatique crypté qui transforme toutes ses certitudes au sujet de la mort de Meg en insupportables questions… »

Mon avis : Je n’avais encore jamais lu de romans de Gayle Forman et mes attentes vis-à-vis du livre ne faisaient que croître au regard des avis très enthousiastes que j’avais repérés sur la toile. En réalité, j’ai eu du mal à m’immerger dans l’histoire, au point d’avoir eu l’impression d’avoir un peu forcé ma lecture. Dès les premières pages, le récit m’a semblé très lent alors que le style de l’auteure ne s’embarrasse pas de fioritures. A vrai dire, je n’ai pas aimé la plume de Gayle Forman qui est certes très fluide mais trop directe à mon goût. Vous avez apparemment été nombreuses à éprouver des émotions fortes à la lecture de ce roman mais en ce qui me concerne, son style a contribué à ce que je ne sois pas particulièrement touchée par la quête de vérité de Cody. Cette dernière est aussi trop froide pour être attachante.

Je n’ai pas pu cacher ma déception en refermant le roman car j’attends d’un livre traitant de sujets aussi poignants, qu’il me fasse vibrer avec les personnages. Je déteste néanmoins que les auteurs fassent basculer les récits dans le pathos et je ne peux pas reprocher cela à Gayle Forman qui ne tombe (presque) jamais dans la facilité. A une exception près. En effet, je n’ai pas été convaincue par la romance entre Cody et un des personnages principaux car on y retrouve le cliché des-deux-personnes-qui-ne-peuvent-pas-se-voir-au-début-et-qui-réalisent-enfin-qu’elles-sont-faites-l’un-pour-l’autre. La magie du Young Adult a réuni deux individus qui n’avaient aucun point en commun. Sans entrer dans les détails, le couple est aussi assez « dérangeant » au regard du passif respectif de chacun … Je reconnais que je suis blasée de ces histoires d’amour si prévisibles.

Le roman est porté par une belle intention de Gayle Forman qui l’a dédié à une jeune fille qui a mis fin à ses jours mais je n’ai été séduite ni par l’histoire ni par les personnages principaux. A mes yeux, seul le petit frère de Meg tire son épingle du jeu en se révélant le plus touchant. Il veut comprendre les raisons pour lesquelles sa sœur est passée à l’acte mais reste aussi trop jeune pour saisir toute l’horreur de cette réalité. J’ai aussi trouvé le dénouement trop fade et simpliste.

Je n’ai pas vraiment apprécié ce roman mais en prenant en compte tous les avis positifs à son égard, il paraît évident que les points de vue aussi mitigés que les miens restent marginaux. Je ne peux donc que vous inviter à le lire pour vous forger votre propre opinion. En ce qui me concerne, j’ai l’intention de découvrir d’autres romans de Gayle Forman car ce serait réducteur d’émettre un avis définitif sur cette auteure en ayant lu un seul de ces livres.

Twostars

  • Le diable sur les épaules, Christian Carayon

Ce roman est un immense coup de cœur. L’histoire se déroule dans le microcosme d’un village perdu dans le Sud-Ouest, encore traumatisé par les évènements récents de la Première Guerre Mondiale et s’il y a bien une chose que je retiens en premier de ce polar historique, c’est l’ambiance. En effet, le récit est ancré dans la campagne des années 20, plus précisément à Vitarelle, où règnent croyances et superstitions. Elles trouvent d’ailleurs leurs origines dans le spectre terrifiant de la Grande Guerre qui rôde à chaque page du roman. Des crimes atroces sont commis dans ce petit village du Tarn. L’histoire pourrait être relativement simple alors qu’il est en réalité difficile de résumer une intrigue aussi complexe, d’autant que pour bien s’en imprégner et en saisir tous les tenants et aboutissants, il est nécessaire que les premiers chapitres retracent le récit de Martial de la Boissière, le personnage principal, de son ancien instituteur devenu mentor et de la fille unique de ce dernier qui vont par la suite jouer un rôle déterminant.

Les meurtres visent surtout la famille Gresse qui vit de sa grande exploitation agricole. Martial appartient à un cercle de criminologues ayant pour mission de reprendre les enquêtes non résolues sur lesquelles planent des explications qui n’ont en apparence, rien de rationnelles. Il est aussi l’ami d’enfance de l’institutrice du village dont le père a été son professeur et son mentor. Seulement, alors qu’il vient d’arriver sur place, les vagues de crimes ne font que commencer et l’auteur nous plonge dans une enquête caractérisée par une atmosphère oppressante où la plupart des protagonistes font figure tour à tour de suspects. L’intrigue est un peu complexe, à l’image des relations qu’entretiennent les personnages entre eux, mais on parvient tout de même à suivre le fil d’un récit passionnant. Si j’avais vu venir une partie du dénouement final, je n’avais pas réussi à identifier l’identité du coupable. Il faisait seulement partie de ma longue liste de suspects car ils sont nombreux à avoir de bonnes raisons de s’en prendre à la famille Gresse.

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur a dépeint ses personnages. Ils sont terriblement aigris par leurs souffrances et la dureté de la vie à la campagne. Leurs portraits reflètent ainsi parfaitement la vie rurale de cette époque si singulière qui a suivi le premier conflit mondial. Ajoutons à cela une intrigue remarquablement ficelée (c’est le critère le plus important pour apprécier un roman policier), un personnage principal fort sympathique et attachant et nous obtenons une lecture captivante, parfaite pour la saison et que je vous recommande donc vivement.

FiveStars

Publicités

3 réflexions sur “Revue de lectures : Janvier #2

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s