Romans graphiques : mes derniers coups de cœur [janvier 2016]

 Ce n’est pas toi que j’attendais, Fabien Toulmé

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Et si après 9 mois d’attente et d’espoir, votre enfant naissait trisomique ? « Ce n’est pas toi que j’attendais » est le récit intime et sincère de Fabien Toulmé, un père qui ose raconter. Se raconter. En effet, la petite Julia n’est autre que la représentation graphique de son enfant. Julia, c’est leur petite dernière. Un malencontreux concours de circonstance dissimule sa trisomie pendant toute la durée de la grossesse. Sa maladie échappe aux batteries de tests réalisées pour Patricia [l’épouse de Fabien] et à la vigilance des médecins. A sa naissance, c’est le choc pour son père qui détecte immédiatement la trisomie de Julia. Le monde s’écroule. Stupeur, incompréhension, déni. Patricia accepte assez rapidement la fatalité tandis que Fabien ne parvient pas à s’y résoudre. Le désespoir, la honte et la peur prennent le dessus sur les sentiments qu’il est censé éprouver pour sa fille. Il ressent aussi un fort sentiment d’injustice : pourquoi ce malheur a frappé leur couple ? Est-ce de leur faute si Julia est trisomique ? Au fil du temps, le charme de la petite Julia opère et Fabien vient finalement à bout de ses préjugés pour éprouver progressivement un amour inconditionnel pour sa fille.

Fabien assume dans son livre chacune de ses réactions et émotions. Il en parle avec justesse et sincérité dans la mesure où il ne cache pas que l’éducation de Julia sera semée d’embûches et que leur rôle de parents ne sera jamais simple à  endosser. « Ce n’est pas toi que j’attendais » est le récit attendrissant de la rencontre d’un père maladroit et émotif et d’une petite fille différente. Le couple apprend à aimer leur enfant, même s’il n’avait jamais imaginé que la vie leur réserverait un jour une telle surprise. Le récit de leur apprivoisement m’a beaucoup émue, même je ne suis pas encore mère de famille. J’ai ressenti pour Fabien une telle empathie que je n’ai pas pu m’empêcher de me projeter. Comment je réagirais si j’apprenais que mon enfant était trisomique ? Combien de temps me faudrait-il pour accepter cette réalité ? En effet, cette histoire n’arrive pas qu’aux autres, contrairement à ce que pensait Fabien avant que sa fille ne vienne au monde.

« Ce n’est pas toi que j’attendais » m’a bouleversé pour sa simplicité, son authenticité et je l’ai refermé, les yeux baignés de larmes. Si vous souhaitez vivre plein d’émotions à travers la lecture, je ne peux que vous conseiller ce roman graphique qui a été pour moi, une très belle découverte.

extrait p96

FiveStars

 

Carnets de thèse, Tiphaine Rivière 

Je n’ai pas pour projet de faire une thèse, même si j’ai hésité à choisir cette voie à la fin de ma première année de master. Au bout de quelques mois de réflexion et d’investigation auprès de doctorants, j’ai finalement renoncé à cette idée mais si je m’étais lancée, j’aurais sûrement réalisé une thèse sur la santé au travail. En revanche, mon copain a poursuivi ses études jusqu’au doctorat en se spécialisant dans un domaine assez pointu de l’électronique. Il a passé sa soutenance de thèse en 2012 pour être embauché deux mois plus tard dans un laboratoire de recherches rattaché à une école d’ingénieurs de Grenoble. Mon copain a eu la chance de ne pas galérer pour s’insérer dans la vie active mais c’est malheureusement loin d’être le cas de tous les thésards.

« Carnets de thèse » esquisse pourtant avec humour le quotidien houleux d’une thésarde en littérature et l’auteure sait de quoi elle parle pour avoir elle-même tenté l’expérience. L’aventure commence lorsque Jeanne Dargan, lasse d’enseigner en tant que professeur de français dans un collège de ZEP, jette l’éponge pour se lancer dans le grand bain du doctorat. Sans financement et livrée à elle-même, Jeanne doit lutter contre vents et marées. Elle n’est pas soutenue par son directeur de thèse, passe son temps à jongler entre la bibliothèque et la fac et pense d’abord pouvoir subvenir à ses besoins en donnant des cours à des étudiants inscrits en licence.

Découvrant qu’elle ne peut être rémunérée par l’université en raison de son faible volume d’heures de cours dispensées, Jeanne travaille aussi en tant qu’assistante d’une secrétaire administrative plutôt blasée. Elle tient le cap malgré les tempêtes qui s’annoncent avec ses proches car ses parents considèrent sa thèse comme un caprice d’adolescente attardée et son copain se sentant délaissé, ne supporte plus qu’elle ne vive qu’au travers de son projet. L’auteure se sert de l’expérience de Jeanne pour traiter avec réalisme des problèmes de fond rencontrés par les doctorants : le manque de reconnaissance des thésards en lettres et sciences humaines, la préparation chronophage des cours, les enseignements payés « au lance-pierres » (lorsqu’ils le sont !),  l’appréhension face aux vieux loups de mer du colloque quand il s’agit de présenter ses travaux …

Jeanne ne connaît pas de répit et enchaîne les écueils. Les recherches s’affinent mais son couple chavire et ses amitiés prennent l’eau. Sa famille ne la soutient pas autant qu’elle le souhaiterait car elle ne cherche pas vraiment à comprendre ce qu’elle fait. Après cinq années d’études bien agitées, Jeanne va enfin récolter les lauriers de son dur labeur. «  Et après ? » comme le répètent souvent ses proches. La thèse est reléguée au rang de souvenir mais Jeanne est consciente qu’elle doit encore faire face à un avenir incertain. En ayant pour projet de devenir maître de conférences, elle se prépare à parcourir un long chemin semé d’embûches. Sa pugnacité force d’ailleurs l’admiration.

J’ai adoré suivre les péripéties de Jeanne dans la mesure où j’y ai reconnu les nombreuses failles du système universitaire français qui brille pour sa désorganisation et son élitisme excessif. Je connais tout des anciens déboires administratifs de mon copain que j’ai rencontré alors qu’il entamait sa deuxième année de thèse et des galères successives d’une amie qui s’est lancée dans l’aventure. J’ai ri de certaines situations grotesques et soupiré en me rendant à l’évidence qu’un nombre impressionnant de thésards vivent dans la précarité et l’angoisse de ne pas venir à bout de leurs projets. Je conseille donc ce roman graphique à ceux qui sont actuellement en doctorat mais surtout aux personnes qui ont des préjugés tenaces sur les thésards ou souhaitent découvrir toute la complexité de notre système universitaire.

 FiveStars

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