[Avis] : Les 8 salopards, Quentin Tarantino

Je reconnais que je ne savais pas quoi penser du film en sortant de la salle tant mes impressions à chaud étaient mitigées. Après les avoir laissées mijoter un peu, j’en ai conclu que j’avais aimé le film. Pourtant, ce n’était pas gagné … Explications.

Avec Les 8 salopards, Quentin Tarantino était sérieusement attendu au tournant et se devait donc de faire parler la poudre autrement que dans l’excellent Django Unchained, tout en personnalisant son hommage très appuyé au western. Le pari était risqué. La deuxième incursion dans le Far West n’a malheureusement pas la fougue de Django mais les fans de Quentin Tarantino reconnaîtront sans peine le huit-clos de Reservoir Dog, la verve de Pulp Fiction et le flot d’hémoglobine de Kill Bill.

Les 8 salopards fait sûrement partie des films les plus maîtrisées, les plus politiques et historiques du cinéaste mais le scénario n’est pas exempt de défauts. Le principal écueil ? Son amorce très lente. Quentin Tarantino prend tout son temps pour planter le décor. La première heure est soporifique, rebute au premier coup d’oeil mais nous ne savons pas encore qu’elle s’avère de la plus haute nécessité pour la suite des événements. Si Tarantino était comparé à un cow-boy, on pourrait dire qu’il attend seulement la deuxième heure pour appuyer sur la détente de son colt avant de réaliser un final à 6 coups. 50 minutes haletantes pour 2h47 de film. Le constat peut en effrayer plus d’un, à juste titre.

Les amateurs de western qui associent systématiquement le genre aux grands espaces peuvent passer leur chemin car la quasi-totalité du film se déroule dans le huit clos d’une auberge. Adieu les plaines arides, bonjour les dialogues crus et échauffés par la politique ( la tension entre sudistes et nordistes est palpable pendant l’époque cruelle de la Guerre de Sécession) ! En effet, Les 8 salopards traduit autant de points de vue qu’il existe de personnages forcés de cohabiter dans cette sinistre cabane. Les dialogues sont tellement travaillés qu’il ne faudrait pas moins de deux visionnages pour en saisir toute la densité. Ils apportent aussi une dimension intellectuelle contribuant fortement à faire des 8 salopards, le long-métrage le plus construit et le plus théâtral de la filmographie de Quentin Tarantino.

Les 8 salopards est également une réussite esthétique. En optant pour la pellicule 70 mm, le cinéaste nous offre une image d’une netteté saisissante qui se répercute à l’écran par des mouvements de caméra lents, parfaitement adaptés à la narration. Néanmoins, la bande-son du huitième film de Tarantino ne sera pas aussi mémorable que celle de Django. La presse n’a pas été tendre avec Les 8 salopards en reprochant entre autres aux personnages de « parler pour ne rien dire ». Pourtant, le réalisateur n’avait encore jamais donné autant de profondeur à ses dialogues. La dimension historique y est omniprésente et complexifie les personnages. Le Major Marquis Warren a été corrompu par le racisme ambiant aux Etats-Unis en s’avérant être aussi salopard que les autres. Dans le roman d’Agatha Christie, dix petits nègres (qui n’en étaient pas …) réglaient leurs comptes dans une maison luxueuse située sur une île coupée du monde. Avec Les 8 salopards, c’est plutôt sept blancs et un noir qui, isolés du reste du monde par un blizzard, se livrent une guerre psychologique sans merci. Comment le Noir restera à jamais un nègre aux yeux de l’Amérique frappée par la ségrégation. Comment la femme est maltraitée par une gente masculine si sexiste. Comment chacun se méfie de son voisin et cherche à l’éliminer. 

Fourstars1

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2 réflexions sur “[Avis] : Les 8 salopards, Quentin Tarantino

  1. Sweet Judas dit :

    Succinct mais très intéressant 🙂

    Je suis sortie également mitigée de la séance. J’avais quand même trouvé ça long, et effectivement, la première partie ne prend tout son sens qu’une fois arrivée à la fin du film, ou presque. Ça fait un peu long pour une introduction, du coup.
    J’ai néanmoins l’impression de mieux apprécier le film au fur et à mesure que le temps s’écoule depuis mon visionnage au cinéma. C’est étrange parce que je n’ai bizarrement pas l’envie de le voir une deuxième fois… Un peu mitigé comme bilan quoi !

    Bon par contre, les tirades de Samuel Lee Jackson qui durent trente minutes et qui parlent nécessairement de braquemard dans la bouche de quelqu’un d’autre de pas vraiment consentent, j’en ai marre. Un peu de renouveau, flûte!

    Aimé par 1 personne

  2. mangoandshamallow dit :

    OK, le film est très bavard, l’introduction se traîne aussi un peu trop à mon goût mais les dialogues sont à tomber 😀 Je pense que je serai capable de le regarder à nouveau mais en laissant passer un peu de temps.

    J'aime

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